L'UNIVERS
12 juin 1832.
En août 1848, M. Eugène Veuillol, représentant VUnivers et répondant h l'appel de M. Emile de Girardin, qui représentait la Presse, s'assceiait à la protestation des journalistes ; il faisaitphis,il concourait avec M. de La Valette à la rédaction de cette pièce, et était l'un des cinq membres désignés à cet effet, ainsi que le constate le procès-verbal se terminant ainsi :
« M. EMILE DE GIRARDIN Commence pai- dire que si tous les journaux étaient représentés à la réunion, il n'y aurait pas à hésiter sur le parti à. prendre. Pour l'honneur de la presse, pour sa propre dignité, plus encore peut-être que pour sa liberté, il n'y en a qu'un : la suspension volontaire, le silence absolu !
» Les mêmes objections s'opposent à l'adoption de la seconde proposition, bien qu'elle ait l'avantage de concilier la dignité de la presse avec le respect dû aux engagements contractés envers le public et les tiers.
» En conséquence, il se rallie à la troisième proposition, sans toutefois se faire illusion sur le sort d'une pi-ote,-tation. Ce qu'il veut, c'est que, pour la dignité de la presse devant l'histoire, au revers de la page qui proscrit, se trouve la page qui proteste.
» La clôture a été prononcée. Il a été décidé à l'unanimité qu une protestation allait être rédigée par une commission composée des membres du bureau définitif et de cinq membres de la réunion, qui sont : mm. capo
DE FEUILLIUE. DK T,.V V\I,r.TTr., AT-KICnTMATRlN, PAUL VÉVAT,. EUGÈNE VEUIIXOT. »
LA PRESSE SANS LA LIIJLIITE. (iLi
En 1849, en 1830 et 1831, la liberté de la presse nVivait pas d'adversaires plus déclarés que MM. Veuillot et de La Valette. Eux qui l'avaient si inti'épidement défendue, en août 1848, quand elle avait été scandaleusement abandonnée, désertée, trahie par le National^ le Siècle, le Bien purhlic, VUnion, le Journal des Débats et le Constitutionnel, ils avaient, dès le lendemain du 10 décembre 1848, tourné leurs armes contre elle. Sous tant de coups réunis et redoublés, la liberté de la presse devrait succomber; elle a succombé, en effet. Qu'est-ce que la liberté de la presse quand ce n'est plus la liberté des opinions et la guerre aux abus ?— C'est ce qu'on voit. Les journaux ne sont plus que des tombeaux ; les partis ne sont plus que des fantômes.
Après avoir ainsi répudié la liberté, VUnivers vient d'encourir la censure de M. l'évoque d'Orléans, qui a publié le mandement dont voici le dispositif :
« Attendu que le journal VUnicers et d'autres journaux, en attaquant nommément et directement les lustruetions données par nous aux bupél'ieurs, directeurs et professeurs de nos petits séminaires, ont commis un acte manifeste d'agi-ession et d'usurpation contre notre autorité ;
» Attendu que tolérer une pareille agression et usurpation, ce serait, eu ce qui nous concerne, admettre et reconnaître, dans l'Eglise, une sorte de gouvernement eu dehors du Saint-Siège et de l'Épiscopat, un gouvernement laïque ou presbytérien, ce qui serait le renversement des principes les plus certains et des règles les plus incontestées de la biérarcliie;
» Attendu, en particulier, qu'il est de notre devoir épiscopal de préserver nos séminaires diocésains de l'influence d'un enseignement illégitime et dangereux ;
» Le saint nom Je Dieu invoqué, et ayant présentes à l'esprit ces graves et fortes paroles du pape saint Célestin aux évêques des Gaules (1) :
« Si des esprits novateurs sèment la dissension dans vos églises, en soulevant » des questions indiscrètes, et «i dogmatisant, au mépris de votre autorité, sans !• que vous y mettiez obstacle, c'est à vous que nous devrons en faire un juste re- I' proche. 11 est écrit que le disciple n'est pas au-dessus du maître , c'est-à-dire " que personne ne doit s'arroger le droit d'enseigner, contre le droit de eaux a qui >i l'enseignement appartient. Je crains que se taire, en pareil cas, ce ne soit conni- " ver. Timeo ne connivere sil hoc tacere... « '
(1) Célest.pap., 1. Epist. ad Episc. GuU. Concil. Gall. édit. BB. Paris, 1789, col. 427. Cité dans la lettre des archevêques et évêques de France au pape Grégoire XVI, au sujet dis erreurs de M. de Lamennais et de ses entreprises confre l'épiïcopat,
*> Avons arrêté et arri-toiis ce qui suit :
ARTICLE FKEMIKK.
» Nous protestons, autant qu'il est en nous, contre les témérités, agressions et usurpations de certains journaux reiiijieux, principalement du journal VUnivers, en ce qui touche les choses de la religion, les affaires de l'Église et l'autorité des évêques.
AKTICLE LeDXIÈME.
)' Nous défendons à tous les supérieurs, directeurs et prolesseurs de nos séminaires diocésains de s'abonner au journal VUnii-ers, et leur enjoignons de cesser, dès ce jour, la continuation des abonnements déjà laits.
M Dieu sait avec quelle tristesse de cœur nous avons fait ce que nous >enous de faire, et combien il nous en a coûté pour prononcer, avec une si douloureuse sévérité, des noms que nous aurions été heureux de ne redire jamais qu'avec l'accent de la louange et de l'amitié. Mais il n'a pas dépendu de nous qu'il en fût autrement! On nous a réduit à la triste nécessité de défendre des droits sacrés et l'autorité même de notre ministère, outragé dans ce qui tient le plus à notre cœur sur la terre : l'éducation de la jeunesse. Puissent du moins ceux qui nous ont attristé ne pas fermer l'oreille à tant et de si graves avertissements!
» Seigneur Jésus ! vous qui êtes le prince de la paix et le Chef suprême et immortel de votre Eglise, pacifiez les cœurs, rapprochez les esprits, inspirez-leur la modération, la sagesse, l'humilité chrétienne, qui sont les conditions essentielles du vrai zèle, et qui seules peuvent rendre le dévoûment à l'Eglise utile et glorieux !
» Sera notre présent Mandement transmis par notre vicaire-général, archidiacre d'Orléans, à MM. les supérieurs, directeurs et professeurs de nos séminaires, et à MM. les rédacteurs en chef du journal VUnivers et du journal le Mesmijer du Midi.
» Donné à Orléans, en notre palais épiscopal, sous notre seing, notre sceau et le contre-seing de notre secrétaire-général, le 30 mai 1852, saint jour de la Pentecôte.
>i FÉLIX, évêque d'Orléans.
» Par mandement de monseigneur,
» RABOTIN, chanoine honoraire, secrétaire-général.»
VUnivcrs no publie pus le mandemenl (pii le rr;i|)pe. Il n'en dit l'ien. 11 répond à la eensure qui le eondainue \n\v le silence, (|ui est la eensure delà censure. Il a raison.
Ce mandement atteste que M. Tévèque d'Orléans est en dissentiment formel avec M. le cardinal Gousset, archevè(|ue de Reims. De ce dissentiment qui éclate comme la foudre entre deux prélats et qui retombe comme elle sur
LA PRESSE SANS LA LIliEllTE. (jlo
i'i'niccrs. (iiicile coiiclusiuii l'auL-il tirer? — Nous eu lirons celle conclusion que M. I'é\èque d'Orléans eût mieux fait (le rél'uler VUuicos que de l'interdire. Gela eût été plus conforme à ce précepte de Jésus-Christ :
« SI j'ai mal PAKLÉ, KIÎPONDKZ-MOI ; si j'ai BJli.N PAULK, rOCUQCOI ME KUAFl'JÎZ-VOUS V >^
Toute la loi de la liberté de la presse est dans cet admirable précepte.
Liberté pour tous 1
LUiERTÉ pour VUnicers de tuli duxu. puistpie .\L l'évè(iue dOrléans a la liberté de tout cotredire.
Ce principe s'applique à tout, et en toutes circonstances sa supériorité se manifeste sur le principe contraire.
13 juin 1852.
L'Univers prend parti pour le Peuple fribourgeois contre le Couvernemenl cantonal, pour la Souveraineté contre le Pouvoir; il est vrai qu'à Fribourg, derrièi'c le peuple, il y a les jésuites. Peu nous importe, à nous, quelle forme et quelle couleur de robe porte la lil)erté, si elle est coiffée d'un bonnet phrygien ou d'une calotte! Est-elle, oui ou non, la liberté mutuelle ? — Cela nous suffit ; (lu'elle passe ! Liberté en tout et partout, pour tous et conti'c tous.
30 août 1852.
VUnivers dit, en parlant d'un ouvrage de M. Nicolas, intitulé : Du protestantisme et de toutes les hérésies dans leur rapiwrt avec le socialisme, précédé de Vexamen d'un écrit de M. Guizot :
« L'cfril de M- (jiuii^ot iloiu il est ici c^ucstion est la préface de» Mcdi-
talions et Éludes momies, daus laquelle l'émineut historien, préoccupé du péril de la société, invite tous les chrétiens, catholiques et protestants, à réunir tous leurs efforts contre les erreurs dont l'ensembleforme la grande hérésie politique et religieuse connue aujourd'hui sous le nom de socialisme. Mais M. Guizot peut prendre avec sa foi des libertés que nous ne saurions nous permettre avec la nôtre, et l'accord, ou pour mieux dire la fusion qu'il propose aux catlioliques, loin d'opposer une barrière aux erreurs qui l'épouvantent, ne ferait que leur ouvrir entièrement le chemin. »
Ces réflexions de M. Veuillut sont suivies de cette citalion de M. Nicolas ;
(( Le socialhme n'est que le protestantisme contre la société, comme le protestantisme n'est que le socialisme contre l'Eglise.
» M. Guizot dit, avec un grand sens, que ce n'est que par la soumission à l'ordre surnaturel que la société pourra être refaite. C'est là une de ces hautes et simples vérités dont la profession fait d'autant plus honneur à l'âme et au caractère de M. Guizot qu'il les proclame au péril de la logique de sa doctrine.
» Le protestantisme, en effet, n'est que Tinsoumission à l'ordre surnaturel, puisqu'il en fait dépendre la notion de cette raison humaine qui doit s'y soumettre ; il en est, par suite, la négation ; et il devait aboutir au naturalisme, qui est un des deux grands affluents du socialisme. I,'exposition de cette vérité fait l'objet de la première partie de mon travail. Mais il ne dépend pas de l'homme de se .soustraire à l'ordre surnaturel et de le supprimer. Cet ordre existe ; quoi qu'il fasse, il en est enveoppé, il le porte au dedans de lui-même, il le respire, il s'y ment, il en vit ; en le niant, il ne peut faire qu'une chose : c'est d'en pervertir le rapport avec sa nature, et, pour se refuser à correspondre avec lui par le christianisme, qui en a seul le secret, d'y être pi-écipité par le panthéisme et le fatalisme; le panthéisme, qni est le second affluent du socialisme, et qui a été le premier comme il est le dernier mot du protestantisme.
» En cola même j'ai été amené à reconnaître et à montrer que le protestantisme comme hérésie, et par conséquent toute hérésie, était voué, dès sa naissance et par sa naissance même, au panthéisme et par conséquent au COMMUNISME, qui n'est qu'un panthéisme social, comme,le panthéisme n'est qu'un communisme religieux ; ce que j'ai démonti'é en fait par l'examen des principales hérésies qui ont paru dans le monde, et ce qui s'explique théoriquement de la manière la plus admirable par cette glorieuse prérogative de la foi catholique d'être la seule voie de communiation avec l'intiui, le seul pont jeté sur l'abime. »
Voilà donc M. Guiz)t accusé cl convaincu de pantiiéisnic. que disons-nous ?— De socialisme; que disons-nous encore ? — De communisme.
LA PU ESSE SANS LA LIBERTÉ. (il 7
Que répundra-l-il ? Que pouria-l-il répondre? Qui j)rélend limiter aux autres leur part de liberté ne saurait se plaindre que les autrcs Iui limitent la sienne Sous le régime où chacun se croit infaillible et s'érige en pape, chacun s'expose au risque d"ètre excommunié par un pape rival, usant du même droit d'infaillibilité.