‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 5)Chapitre 183 sur 231 · F. AE.\GO · texte numérisé non relu

F. AE.\GO

Celte lettre est une preuve nouvelle que la Politique a des limites d'où elle doit se garder de sortir, et qu'elle ne doit pas plus empiéter sur la Science que sur la Justice et la Foi.

Cette lettre nous a rappelé celle qui se trouve en tète du 3® volume des oeuvres de m. l.-n. boaparïe, et qui porte la date du 6 décemi^re 1842.

Elle est adressée à M. ïhayer, et précédée de ces lignes :

« M. Arago ayant fait demander au prisonnier de Ham, par M.Tliayer, son collègue au conseil municipal de Paris, des renseignements sur les études mathématiques de Napoléon, le prince Napoléon-Louis écrivit à M. Tbayer la lettre suivante... »

Dans cette lettre se trouve ce passage :

« Ce qui distinguo, je crois, les grands hommes , ce qui enflamme leur amliition, ce qui les rend absolus dans kurs volontés, c"est l'amour de la vérité qu'eux seuls ci'oient connaître ; aussi l'empsreur devait-il dans son jeune'âge préférer aux autres sciences celle qui donne toujours des résultats incontestables et inaccessibles à la chicane et à la mauvaise foi. Mais son esprit tout poétique avait dès le principe retenu surtout cette portion de math(»matiques qui sert à résoudre tous les problèmes d'un usage général. Dans la science comme en politique, il repoussait les théories ou les principes dont i! ne voyait pas une application immédiate, et c'est peutêti'e pour cela qu'il préférait le génie pratique de Monge au génie transcendant de Laplace. Il estimait, certes, beaucoup le second ; mais il n'aimait pas qu'un savant se renfermât toujours en lui-même et ne fût abordabl'^ ([u'aux initiés. Faire avancer la science était sans doute un grand mérite, mais la répandre dans le peuple était à ses yeux un mérite plus grand encore. Aussi, combien n'eût-il pas apprécié M. Arago, votre illustre collègue, qui possède à un si haut degré ces deux facultés si difficiles à rencontrer dans le même homme : être le grand-prêtre de la science et savoir initier le vulgaire à ses mystères. »

Cette lettre, extrêmement remarquable, comme presque tout ce qui se trouve dans les trois volumes intitulés œuvRES DE Louis-NAVOLÉON bon.AlParte, 86 termine par ces mots :

'< Si cette lettre ne répond pas entièrement aux questions que vous m'avez adressée', vous y verrez cependant, je l'espère, un désir de faire quelque chose qui soit agréable avons et à M. Arago, dont personne pins que moi n'admire le génie scientifique. »

LE RETABLISSEMENT DU SERMENT. 6j3

Ou nous nous trompons fort, ou M. Arago ne déménagera pas de l'Observatoire. L'exception se justifiera par l'exception même.

in.

Le Moniteur publie la lettre suivante :

« Monsieur,

« En vous excusant, le 9 mai, rur l'état de votre snnté, de ne pouvoir vous rendre, avec vos confrères du bureau des longitudes, à la convocation que j'avais faite pour la prestation du serment, vous m'aviez autorisé à penser que vous ne déclineriez pis raie obligation imposée par la Constitution à tous les fonctionnaires publics.

)> Votre seconde lettre, qni porte la même date, et que j'ai reçue postérieurement, ne me laisse pas cette esp^M'nnce. Sans m'arrêter au changement de langage qu'il m'est impossible de n'y pas remarquer, et ^ux termes peu mesurés que j':ii été surpris de rencontrer cette l'ois sous votre plume, j'ai dû prendre les ordres du prince avant d'accepter votre démission. Le président de la République m'a autorisé à admettre une exception en faveur d'un savant dont les travaux ont illustré la France et dont son gouvernement ne veut point attrister l'existence. La publicité donnée à votre lettre ne change rien à la résolution que je m'honore de vous transmettre.

» Recevez, monsieur, l'assurance do ma considération distinguée.

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