‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 5)Chapitre 192 sur 231 · L'UNITÉ · texte numérisé non relu

L'UNITÉ

16 juillet 1852.

L'unilé d'impôt amènera, par la suppression des octrois, l'unité de salaire et plus tard l'unité d'intérêt.

L'unité, sous toutes les formes cl en tous lieux, tend à se faire et à devenir universalité.

Unité de Dieu. .

Unité de droit.

Unité de justice.

Unité de jurisprudence.

Unité de langue.

Unité de méridien.

Unité de rails.

Unité de poids et mesures.

Unité d'impôt.

Unité de salaire.

Unité d'intérêt.

Unité de collège électoral.

Unité d'administration publique.

Ainsi lèvent la science, cette économie du temps, cet art d'accroître indirectement la vie humaine , inventé par l'homme impuissant à l'accroître directement.

Le premier et le plus grand des progrès fut Tunité de Dieu, célébrée en ces termes par Chateaubriand :

(( Le concile de Nicce a fait ces choses immenses; il a proclamé Vunilé

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de Dieu. L'esprit luimuin se dégagea de ses langes : la haute civilisation, la civilisation intellectuelle sortie du concile de Nicëe, n'est plus retombée au-dessous de ce point de lumière. Vunilé de Dieu est devenue une croyance populaire ; de cette seule vérité reconnue date une révolution radicale dans la législation européenne. »

Ailleurs Chateaubriand annonce ainsi l'unité de nation :

a L'ère des peuples est venue : reste à savoir comment elle sera remplie. Il faudra d'abord que l'Europe se nivelle dans une même existence. »

Avant Chateaubriand, Mirabeau avait dit :

« Laissons le commerce aller et venir à l'aise : d'homme à homme, il a fondé les familles ; de famille à famille, il a fondé les peuples ; de peuple

à peuple il fondera Vwiité du monde. »

La même pensée d'unité, sous ses formes diverses, se reproduit partout; elle se trouve ainsi dans Joseph de Maistre :

B II faut nous tenir prêts, disait-il, pour un événement immense dans l'ordre divin vers lequel nous marchons avec une vitesse accélérée qui doit frapper tous les observateurs. Il n'y a plus de religion sur la terre, le genre humain ne peut rester en cet état. Mais attendez que l'affinité naturelle de la religion et de la science les réunisse dans la tête d'un seul homme de génie. . . L'apparition de cet homme ne saurait être éloignée, et peut-être même existe-t-il déjà. Celui-là sera fameux et mettra fin au dix-huitième siècle, qui dure toujours ; car les siècles intellectuels ne se règlent pas sur le calendrier comme les siècles proprement dits. Tout annonce je ne sais quelle grande unité vers laquelle nous marchons à grands pas. B

Dans Ballanche :

« Un grand ressort des temps anciens, qui fut nécessaire à l'organisation primitive de la société, et qui ne peut plus être pour nous qu'une grande erreur, le soutien de la nationalité, doit disparaître. Il ne peut tenir devant les hauts sentiments de l'humanité. Le patriotisme a quelque chose d'injuste et de factice, outre qu'il est intolérant, terrible, et trop souvent cruel. >>

Dans Guillaume de Humboldt :

« Une idée qui se révèle à travers l'histoire, en étendant chaque jour son salutaire empire, une idée mieux que toute autre, prouve le fait si souvent contesté, mais plus souvent encore mal compris, delà perfectibilité générale de l'espèce : c'est l'humanité. C'est elle qui tend à faire tomber les barrières que des préjugés et des vues intéressées de toute sorte ont

élevées entre les hommes, et à faire envisager riiumanité dans son ensemble, sans distinction de religion, de nation, de couleur, comme une grande famille de frères, comme un corps unique, marchant vers un seul et même but, le libre développement des forces morales. Ce but est le but final, le but suprême de la sociabilité, et en même temps la direction imposée à l'homme par sa propre nature, par l'agrandissement indéfini de son existence (!}. »

Dans les économistes, dans M. Blanqui :

« Les barrières dont l'économie politique déplore encore l'existence, la législation et les institutions qui gênent les mouvements du commerce et de l'industrie, les intérêts divers qui séparent les peuples et les tiennent dans un état perpétuel d'hostilité et de convoitise, tous ces obstacles entin, dus à l'espi'it de nationalité et des erreurs d'économie politique, ne disparaîtront pas inopinément à la seule voix de la science.

» La famille humaine, dans les deux mondes, est en travail pour se rapprocher et se réunir. On veut franchir les barrières et les espaces avec la rapidité delà pensée. La vapeur, les rails de fer, suffisent à peine à transporter assez promptement les peuples, qui semblent impatients d'échanger et de confondre leurs produits, leurs jouissances et leurs destinées. La terre, les éléments, les capitaux, interrogés chaque jour par la science et l'industrie, répondent et révèlent des attributs secrets ou des richesses ignorées (2). »

Dans M. Michel Chevalier :

a Les inventions les plus merveilleuses font disparaître les distances et amènent les hommes des climats les plus éloignés à se traiter en amis, à abjurer leurs préjugés et leurs haines, à se jeter dans les bras les uns des autres. Les montagnes élevant des barrières insurmontables entre les territoii-es, le génie de l'homme les perce de part en part.

» La mer qui séparait les contrées les réunit désormais. L'ultîma Thule est à nos portée ; le peuple que le poète représentait comme relégué du reste du monde par la mer {toto divisas orbe) est celui qui, à la faveur de la mer elle-même, a le plus de relations avec toutes les parties de la terre, dont les essaims se répandent le plus facilement sur tous les continents, sur tous les archipels.

» Chaque jour, une découverte nouvelle vient relier davantage les États. La célérité qu'avait donnée la vapeur pour franchir l'Océan et pour voler sur la surface de la terre est dtjà dépassée dans une proportion

(1) GUILLAUME DE HUMBOLDT. Diversité de la Structure dcs Imiijurs ^ cité par M. A. de Humboldt dans le l^r vol. du Cosmos^ p. 540.

(2) A. BLANQUI. Histoire de V Économie politique^ t. 2, ch. 22, p. 422.

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