LA LIBERTE ET LES BONAPARTE
» Le nouveau roi d'Angleterre a uu grand devoir à remplir, celui de laver son règne de l'opprobre dont se sont couverts les geôliers ministériels de Sainte-Hélène : les sentiments de l'empereur d'Autriche ne sauraient être douteux ; ceux du peuple français sont pour Napoléon IL
» La liberté de la presse est le triomphe de la vérité ; c'est elle qui doit porter la lumière dans toutes les consciences; qu'elle parle, et que la volonté de la grande nation s'accomplisse, j'y souscris de cœur et d'âme. » Signé : joseph-kapoléon Bonaparte , Comte de Survilliers. »
Anciens membres et président de la Société Aide-toi, le ciel Vaidera, moquez-vous, moquez-vous bien de ceux qui revendiquent et revendiqueront toujours la liberté pour tous simultanément, contre tous successivement, et qui croient fermement, comme moi, que la lilierté aJjsolue et le pouvoii' absolu peuvent coexister aussi facilement que deux astres se mouvant chacun dans son orbite ! J'oppose à vos méprisables railleries, d'abord ces mémorables paroles d'un souverain qui régna sur deux grands pays :
« La justice, pour les nations, repose sur la liberté reli- » gieuse, politique, civile. Nulle lumière persévéï^anle, éclai- » rant tous les recoins d'un vaste empire, sans la liberté » ABSOLUE, sans limite, de la presse. La liberté de la presse » est le triomphe de la vérité; c'est elle qui doit porter la » lumière dans toutes les consciences. »
Puis celte parole suprême d'un auguste mourant à sa dernière heure :
« Dites à mon fils... qu'il donne à la nation autant de li- » BERTÉ que je lui ai donné (I'éCiALIté. »
30 octobre 1852.
Nous avons rappelé et cité deux mémorables lettres du roi Joseph Bonaparte ; l'extrait suivant ne le fera pas moins bien juger :
«Joseph, doué d'une vaste érudition littéraire, exercé de bonne heure aux combats de la parole, sachant par cœur les plus beaux morceaux des auteurs classiques de France et d'Italie, était fait pour vivre dans un gouvernement constitutionnel, où des opinions patriotiques éloquemment énoncée?.
l'aflabilité des manières, la pureté du caractère, sont les prinoipnles qualités qui distinguent les hommes. Quoiqu'il se conduisît toujours avec honneur et habileté dans les différentes circonstances de sa vie, s'il ne brillii pas de tout l'éclat que lui donnaient ses facultés, c'est que, homme de paix, de constitution, de liberté, le hasard le lit naître à une époque de bouleversement qui l'obligea à devenir un des principaux instruments d'une politique de guerre, d'indépendance, de pouvoir absolu.
» Mais ce qui, à nos yeux, nous paraît être un des principaux mérites de Joseph, c'est qu'il resta toujours, jusqu'à sa dernière heure, un véritable patriote de 89. La lutte du peuple contre l'ancien régime avait vivement impressionné son âme ; et ces impressions de jeunesse restent toujours quand on leur a dû des années de gloire et de bonheur. Les couronnes de Naples et d'Espagne, qu'il avait successivement portées, n'étaient pour Ini que des événements accessoires; l'Empire n'était pour lui qu'un épisode au milieu du grand drame révolutionnaire qui avait remué tout son être et pour lequel il avait conservé toutes ses sympathies. Les adulations, les honneurs, les délices mêmes du pouvoir, dont il avait joui comme tant d'autres, avaient glissé sur lui sans atteindre, sans entamer son cœur; et, sous la pourpre comme sous le manteau de l'exil, l'homme était resté le même, adversaire violent de toute oppression, de tout privilège, de tout abus, avocat passionné de l'égalité et de la liberté des peuples.
» Joseph, comme tous les acteurs retirc'S de la scène, comme tous les hommes qui ont un long passé et uu court avenir, aimait à rappeler les événements dont il avait été témoin , et les épisodes qu'il racontait avec charme émouvaient par leur touchante simplicité ou par leur palpitant intérêt.
» Il rappelait avec plaisir l'origine plébéienne et la pauvreté de cette tamille, qui devait compter tant de rois parmi ses membres. Un jour, il racontait que son frère Louis, pour lequel il avait eu, dès l'enfance, tous les soins et la tendresse d'un père, devait partir de Marseille pour aller faire ses études à Paris : Joseph le conduisit jusqu'à la diligence, et, au moment de le quitter, s'aperçut qu'il faisait froid et que son frère n'avait [iiiint de manteau. Alors, n'ayant pas les moyens de lui en acheter un, mais ne voulant pas cependant exposer son jeune frère à l'intempérie de l'air, il se dépouilla do son propre vêtement et en vêtit Louis au moment du départ. Cette action, qu'ils se rappelèrent mutuellement alors qu'ils étaient rois, était toujours restée gravée dans leur cœur comme un tendre souvenir de leur constante iutinu'té. »
Signé : NAI'OI.KON-LODIS lîOK.VrAllTK.
Entre les B (luipnrlcs cl la I.iljcrlr il a pu y avoir niépriso, il n'y a pas iiH'()in|)atil)ililr. Ils peuvent n'ètrcî pas le chemin le [)lus court jxMir arriver ii elle, mais ils y citnduiscnl cerlainemciil.
LA PROMDENGE.
Aide-toi, le ciel t'aideva.
30 septembre 1852.
Si la branche aînée des Bourbons est à Frohsdorfl', au lieu de régner aux Tuileries; si la branche cadette de la famille royale est à Clai'emont, au lieu derégner à Saint-Cloud; si la Monarchie de 1830 s'est assise, le 9 août, sur le Irène de la Restauration de 1815; si la République a pris, le 24 février, la place de la Royauté ; si l'Empire est sur le point de prendre la place de la République, c'est que la Pi'ovidence l'a voulu ainsi ; c'est elle qui a tout préparé et tout accompli. En douter un seul instant, c'est destituer Dieu!
Ainsi parlent les partis déchus, croyant se justifier.
Plutôt que de convenir qu'ils se sont fourvoyés et qu'ils ne savent plus que dire, ils aiment mieux calomnier la Providence, ils aiment mieux lui faire porter le poids de toutes leurs erreurs, de toutes leui's fautes, de tous leurs excès.
Ils se retranchent deriière ces paroles de Bossuet : <i L'homme s'agite et Dieu le mène. »
Dieu mène l'homme! Est-ce à diie que l'homme n'a plus son libre arbitre et qu'il peut décliner la responsabilité de ses œuvres ■? Est-ce h dire qu'il lui a été donné des yeux pour ne pas voir, des oreilles pour ne pas entendre, l'intelligence pour ne pas comprendre, la réllexion pour ne pas
rédéchir. In mémoire pour ne passe souvenir, la prévoyance pour ne pas prévoir, le génie pour ne pas découvrir, l'initiative pour ne pas agir, le courage pour ne pas oser? Est-ce à dire, enfin, que Thomme n'est pas coupable du crime dont il a profité? Non; cela veut dire que l'homme n'est qu'un point dans l'immensité, et que, si grandes qu'il estime ses actions^ elles ne pèsent dans la balance universelle que le poids de la poussière qu'emporte le vent.
Non, l'homme qui veille ne condamne pas Dieu au sommeil ; non, l'homme qui s'aide ne destitue pas la Providence ; l'homme qui la méconnaît, c'est celui qui ne s'aide pas.
11 y a dans ce qu'on appelle « les Événements ^> infiniment moins d'inconnue que l'on ne se plaît à l'imaginer. L'Imprévoyance humaine, pour faire sa part de l'esponsabililé plus petite, a imaginé d'élendre démesurément celle de la Providence divine. C'est ingénieux, mais ce n'est pas vrai.
La Providence se mêle beaucoup moins des affaires terrestres que l'Imprévoyance n'essaie de le faire croire. Si les Républicains de la veille n'avaient pas joué leur liberté et leur vie, il y a lieu de croire que la Providence ne serait pas descendue sur le l)alcon de l'Hôtel-de-Ville pour y proclamer, le 24 février, la République.
Ce n'est pas en se bornant à médire de la Monarchie que les républicains ont institué la République ; ce n'est pas en se bornant à médire de la République que les royalistes blan es ou tricolores renverseront la République
Si elle doit disparaître nominalement, ce sera uniquement par la faute des républicains qui l'auront mal assise.
Cependant, les avertissements ne leur ont pas manqué, car dès le 23 octobre 1848, le jour même où la Constitution était votée après cinquante jours de discussion, la P)'e!^se s'exprimait ainsi :
« Au lieu J'uu président reponsuhle. qu'a-t on fait? — On a fait un roi temporaire, une royauté de troisième degré. Ce qu'une telle royauté durera, on le ver\ia. »
Connue le monde jdiysiciue, le monde {)oliti(|ue a ses lois que nul n'enlVeiiil impunémenl. L'arme à (eu (jui éclate