‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 5)Chapitre 200 sur 231 · COMMENT ON ENTEND LA LIBERTÉ RÉCIPROQUE · texte numérisé non relu

COMMENT ON ENTEND LA LIBERTÉ RÉCIPROQUE

8 novembre iBôi.

En noveniJjro I80I, une discussion aviiil lieu entre les défenseurs de la Répul)lique expirante et les partisans des deux royautés déchues. Ceux-ci soutenaient qu'ils avaient le droit de revendiquer, sous la République, le rétablissement de la Monarchie, mais que sous la Monarchie ses adversaires n'auraient pas le droit de revendiquer le rétablissement de la République. C'est ainsi que les royalistes entendaient la réciprocité en novembre 1851, alors qu'ils qualifiaient de « disposition monstrueuse et d'attentat à la » liberté nationale » l'ait. 111 de la Constitution de 1 84 8, qui exigeait pour la réviï^ion 500 votants au moins, et les trois quarts des voix du noiubre des votants !

Eh bien! VUnivers et M. Gondon entendent, en novembre 1852. la liberté récipro(|ue des croyances religieuses exactement comme VOpi)uon publique et M. Nettement entendaient, en novembre iSol. la libellé des ci'oyances politiques.

On lit dans VUniveis :

0 La nouvelle Conférence formôe à DuLlin pour revendiquer, au nom de l'Irlande, l'égalité de cultes contre le monopole anglican, est surtout en butte aux sarcasmes du protejtautisu.e, t\m a fait de la cause de Madiaï sa propre cause. O.a cherche des analogies entre la position des catholiques irlandais et celle de? rares protestants qui peuvent se trouver en Italie. De quel droit les Ii landais di-mandL'raient ils l'égalité des cultes,

quand cette éga]ité n'existe ni en Toscane, ni à Naples, ni dans les Etats romains?

» Pourquoi les catholiques d'Irlande ne répondraient-ils pas à leurs adversaires : « Nous demandons l'égalité religieuse, parce que nos lois poli- » tiques ne permettent pas de nous la refuser sans injustice ; nous la de- » mandons, parce que les principes religieux de nos adversaires nous au- » torisentà gloritier Dieu selon l'inspiration de notre conscience et comme » nous l'entendons. En Toscane, au contraire, la loi politique et la loi reï ligieuse s'opposent à ce que le gouvernement reconnaisse l'égalité que B nous pouvons revendiquer comme droit. Il y a entre les deux pays cette » différence, que vous ne pouvez, sans blesser vos principes politiques et » religieux, nous refuser ce que nous demandons, tandis que le gouverne- » ment toscan ne peut pas, sans violer ces mêmes principes, vous concé- )) der ces mêmes libertés. »

» Là est toute la question. Quand les catholiques invoquent la liberté de conscience, ils ne font qu'emprunter les armes que leurs adversaires leur fournissent ; car l'Église n'admet pas et ne peut pas admettre cette liberté comme l'entendent les protestants, et elle ne saurait consacrer l'égalité des cultes sans se renier elle-même. C'est pourquoi les gouvernements qui tiennent à rester liés à l'Église maintiennent leurs constitutions politiques en harmonie avec les lois de la religion professée par le peuple et lesouverain du pays.

» Défendre les lois toscanes n'implique pas que ces lois doivent et puissent être appliquées à des pays qui sont dans des conditions diamétralement opposées. Un homme dont les protestants ne contesteront pas l'autorité a mis en relief ces différences avec une élévation de vues et une netteté de perception que nous nous plaisons à rappeler. Le commissaire du roi, lors de la discussion de la loi sur la liberté de la presse du 17 mai 1819, l'illustre Cuvier, siégeant à côté de M. Guizot, dans la séance de la chambre des députés du 15 avril, s'exprimait ainsi sur l'état de la France :

i< L'unité n'existe plus chez nous; le doute s'est fait entendre. L'incrédulité même a élevé la voix. Quand des lois sévères ont voulu"le réprimer, des troubles civils, des guerres sanglantes en ont été le résultat, et quand des lois plus douces leur ont succédé, elles ont été éludées. Le mal est consommé ; les ouvrages publiés contre les plus saines doctrines sont entre les mains de tout le monde; aucune action de la loi ne peut les détruire. La discussion, le raisonnement sont les seules armes qui nous restent pour le triomphe de la vérité.

>i Je ne crois pas qu'il existe parmi nous , messieurs, quelqu'un qui doute du bonheur d'un pays oii régneraient la même croyance, la même religion, les mêmes lois spirituelles et temporelles, et par conséquent les mêmes sentiments. Si cet État existait, ce serait un grand criminel que celui qui tenterait de le troubler, et, s'il était possible de le maintenir, on serait tenté de pardonner à saint Louis et à d'autres monarques, ses successeurs, leurs actes pour maintenir une telle union, n

\\) Moniteur du 16 :,vril 1819.

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