A0 PEUPLE
« Citoyens,
» Lorsque nos pères, il y a près de cinquante ans, laissèrent monter au irône le soldat d' Aréole et de Toulon, en un seul vote ils consommèrent tous les crimes contre la patrie, plus tard souillée par deux invasions : crime contre l'humanité qu'ils jetèrent dans les crises et dans le sang ; crime contre la pensée libre qu'ils livrèrent à la force insolente ; crime contre leurs* enfants, par eux dépouillés, et dont le patrimoine à reprendre a coûté deux révolutions; crime, enfin , contre eux-mêmes et contre leur mémoire, car ils se suicidèrent eu se déshonorant.
» Aujourd'hui, citoyens, on vous invite à renouveler ce bail infâme de la servitude; on vous convie au second empire, et ce n'est pas la victoire, cette fois, qui lui sert de marraine, c'est la police ; et ses campagnes d'Italie s'appellent Mazas, Cayenne, Lambessa.
» Si la France, éblouie par les éclairs d'une grande épée, se déshonora pourtant et se perdit aux calendes de l'an 4, que dira-t-on de vous par toute la terre, de votis, citoyens majeurs, c'nevronnés par deux révolutions, et venant aujourd'hui, comparses de la police, couronner le César du guet-apens ?
» La conscience n'a qu'un nom pour un pareil suicide : lâcheté , et l'histoire n'aurait qu'une place pour un tel peuple : les gémonies ! » Citoyens,
» L exercice de la souveraineté n'est qu'une abominable trahison et la plus triste des comédies humaines quand la liberté ne tient pas les urnes ; or, qui les tient aujourd'hui? la dictature de rasr>assinat, le 2 décembre !
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» Le vote au scrutin, même secret, n'est que le vol organisé, quand c'est le mensonge qui dépouille, sous les auspices et sous les faisceaux de la force. Or, qui les dépouille aujourd'hui, ces bulletins effacés, tombés dans l'urne sous l'œil des gendarmes ? Le mensonge incarné, le parjure hypocrite et sanglant, le système du 2 décembre !
» Un peuple peut voter pour ou contre, sur l'impôt, sur la paix, sur la guerre et sur les formes relatives de la souveraineté, quand elles n'engagent pas le fond ; mais sur l'existence elle-même de cette souveraineté, sur le droit inaltérable, éternel, sur le principe et l'essence de la vie, tout vote est un crime ; on ne doit répondre que par les armes !
» Quelle est, aujourd'hui, la question posée ? L'empire, l'emp're héréditaire! c'est-à dire l'abdication de la souveraineté se couchant dans la servitude éternelle, comme un soleil éteint dans la mer ; l'aliénation à perpétuité de soi-même et da ses enfants, la mort volontaire, sans réveil et déshonorée.
» Citoyens, vous ne commettrez pas cet attentat horrible : vous n'étendrez pas, comme un suaire, sur la tombe de la République scellée par vous, la pourpre souillée d'un César de carrefour ; vous ne porterez pas une main impie sur vos révolutions, sur vos trophées, sur vos espérances, sur la civilisation qui ne vit que de liberté, sur vos enfants et sur vous-mêmes.
» Vous ne consommerez pas ce grand meurtre de l'honneur et du devoir : vous ne voterez pas !
» Laissez la police et les parasites de tous les temps travailler à la guirlande impériale, et vous, préparez le chanvre vengeur !
» Oui, la nuit, le jour, au milieu des foules comme dans l'ombre, reconnaissez-vous, organisez-vous, fortitiez-vous : que chacun vive dans tous et tous dans chacun; une foi commune vous anime, la foi révolutionnaire , implacable , persévérante, hardie comme celle de nos pères de 92, et toujours prête à se lever, à frapper.
» Citoyens, devant un tj'ran, un parjure, un assassin des libertés publiques, voilà le seul grand devoir à remplir.
» La Société la Révolution. »