‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 5)Chapitre 217 sur 231 · LA LIBERTÉ DÉFINIE PAR MONTESQUIEU · texte numérisé non relu

LA LIBERTÉ DÉFINIE PAR MONTESQUIEU

» Il a pu recevoir par la poste, comme tant d'autres, des articles de journaux étrangers (ce qui, ce me semble, ne constitue pas un délit), il ne s'en est point établi l'intermédiaire, ce qui est fort différent.

» Quant à moi, je n'ai point eu à déclarer que j'étais la personne désignée dans le mandat ; on s'est borné à me le présenter à la lueur d'une bougie; et, réveillé eu sursaut, croyant qu'il ne s'agissait que d'une perquisition dans mes papiers, j'y ai à peine jeté les yeux.

» Ce n'est que plus tard et dans le cabinet de M. le commissaire de police, qu'en lisant plus attentivement ce mandat au grand jour, j'y ai vu que jV. de Saint -Priest (Charles) élait accusé rfe complot contre la SXJ- EETÉ DE l'état. Ignorant alors que cette grave accusation s'appliquât à des articles de journaux reçus de l'étranger, et ne sachant pas de quoi il s'agissait, on comprendra facilement que je n'aie point réclamé.

» A Mazas seulement, et pour la première fois, on m'a demandé à deux reprises mes noms, âge et profession; je les ai immédiatement déclarés sans la moindre réticence, les registres en font foi,

» A quatre heures, j'ai été mis en liberté, et je n'ai eu, du reste, comme vous le dites, qu'à me louer des égards qu'on a eus pour moi.

» Voilà, monsieur, l'exacte vérité sur toute cette affaire.

» Veuillez bien agréer l'assurance de ma considération distinguée. » Le général DE saint-priest. »

La Patrie ne contredit aucun des termes de cette lettre. On lit dans VAssemblée nationale :

A Monsieur le rédacteur de /'Assemblée nationale.

« Paris, le 12 février 1853.

» Monsieur,

)j Les motifs de mon arrestation ayant été diversement interprétés, ^ je tiens à rétablir les faits.

» Je dînais tranquillement, dimanche dernier , et pour la' seconde fois depuis un an, chez un de mes amis , en compagnie de plusieurs pei'sonnes estimables, lorsque, vers le milieu du dessert, un commissaire se présenta, escorté de ses agents.

M Le commissaire de police procéda, séance tenante, à une perquisition minutieuse.

» Il trouva chez notre ami deux pistolets en mauvais état, un fusil sans batterie, des brochures politiques, — et une statuette de la Liberté, petit module. D'ailleurs, pas autre chose.

n Lorsque des personnes, que je connais pour être parfaitement honorables m'invitent à dîner, je n'ai pas l'habitude de m'enquérir de leurs opinions, si elles sont ou ne sont pas bonapartistes. On m'a prouvé que c'était un tort.

» En dépit du mince résultat de la saisie, nous fûmes conduits à la préfecture de police ; nous y passâmes la nuit dans un parloir dallé.

» Le lendemain matin, il. Bouclrot , commissaire des délégations, me conduisit en voiture à mon domicile, afin que j'y fusse témoin des recherches qu'on voulait y faire. Décidément, moi l'auteur de dix ouvrages réactionnaires, j'étais suspecté de démagogie.

» Les premiers objets qui frappèrent la vue du commissaire furent une copie du Dernier appel des victimes de la Terreur de Charles Muller, et le portrait de Grétry.

» Sur le bureau, étaient éparpillées mes épreuves de VHiHoire du Tribunal re'volutionnaire, et les lecteurs de V Assemblée nationale savent l'esprit qui a dicté cette histoire.

» Cela n'empêcha pas M. le commissaire des délégations de se livrer à des recherches qui amenèrent la découverte d'une lettre de M. de Lamartine, me remerciant d'un article publié par moi dans la Revue de Paris, et d'une foule d'autres lettres autographes signées Cuvillier-Fleury, Sainte- Beuve, Arsène Houssaye, Philarète Chasles, etc., etc.

» Ces deux heures de remue-ménage passées, je crus à ma mise en liberté immédiate, d'autant plus que j'avais écrit le matin à M. le préfet de police pour me réclamer de sa bienveillance très-connue, et lui offrir les plus honorables cautions.

» Il faut croire que la bienveillance de M. le préfet de police a été empêchée dans cette circonstance; car, incarcéré le dimanche, je ne suis sorti que le vendredi soir de la Conciergerie, après une instruction de cinq minutes.

» J'ai appris que les conspirateurs, mes co-accusés, avaient été également mis en liberté le même jour.

» Je n'ai rien à ajouter, monsieur, à la narration de cet événement singulier auquel j'accorderais volontiers la qualification de mystification, si les temps prêtaient davantage à la plaisanterie.

XI Recevez, monsieur le rédacteur, mes compliments empressés,

» CH.\RLES MONSELET. »

On lit dans le Journal des Débats :

il Le secret auquel M. Tanski avait été soumis jusqu'à ce jour a été levé aujourd'hui. Il lui est permis de communiquer avec le dehors, et il pourra recevoir la visite des personnes qui se présenteront à la prison Mazas munies d'une autorisation du préfet de police ou de M. Bro, juge d'instruction. »

19 octobre 1853.

On lit dans le Siècle :

« Ce matin, à quatre heures un quart, un commissaire de police, accompagné de trois agents, s'est présenté au domicile de M. Michel Goudchaus, ancien ministre des finances de la République, pour y opérer une

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visite domiciliaire. Le mandat portait : « Accusé de détention d'armes de » guerre et d'aiîiliation à des sociétés secrètes. »

» La perquisition a duré jusqu'à huit heures. Aucune arme ni indice d'affiliation à des sociétés secrètes n'ont été trouvés chez I\L Goudchaus. Le commissaire de police a cru devoir saisir environ cent quarante pièces qui étaient toutes ou presque toutes des quittances de sommes payées par M. Goudchaux à de malheureux proscrits ou à leur famille. Chacun sait que, depuis près de vingt mois, ]\L Goudchaux s'occupe, avec un dévouement que l'on ne saurait trop louer, de réunir des secours pour subvenir aux premiers besoins de la vie de celles des familles nécessiteuses qui ont été frappées par suite des événements politiques de ces derniers temps. Après cette longue perquisition, M. Goudchaux a été conduit à la préfecture de police, oii il est i-esté sous la garde d'agents jusqu'à dix heures. Le commissaire qui avait procédé à son arrestation est venu alors lui annoiiçer qu'il était rendu à la liberté, et que M. le préfet de police conservait les pièces saisies. »

On lit clans VUnion :

« Arrêté le mardi 11 octobre 1853 au matin, à mon domicile, après une perquisition infructueuse de trois heures, j'ai été conduit au dépôt de la Préfecture, oii je suis resté quatre jours sans subir aucun interrogatoire. Ma mise en liberté, de même que mon incarcération , ont été faites sur mandat du préfet de police, par ordre du ministre de l'intérieur.

» J'ignore absolument les motifs de cette mesure rigoureuse.

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