‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 5)Chapitre 218 sur 231 · LES DEUX ÉCOLES · texte numérisé non relu

LES DEUX ÉCOLES

« Nous voulons, pour nous et pour tous, la liberté franche et entière. La liberté de conscience et des cultes, la liberté de réunion et d'association, la liberté d'éducation et d'enseignement, la liberté de la presse et de la parole; toutes les libertés sur les plus larges bases, l'inviolabilité de domicile, l'amélioration du sort des classes ouvrières : voila le programme que devra souscrire tout candidat. »

siBOUR, évêque de Tulle. Avril 1848.

2 mars 1853.

Il existe en matière de liberté deux écoles rivales : Premièrement, l'école de ceux qui veulent la liberté pour eux, mais qui ne la veulent pas pour les autres. Deux poids et deux mesures. C'est l'école de la liberté légalement limitée, de la liberté relative, de la liberté inégale. Parmi ses chefs figure M. Guizot faisant condamner, pour un petit livre, M. Lamennais à un an de prison, et, pour une mince brochure , M. Laity à vingt années de détention.

Deuxièmement, Técole de ceux qui veulent la liberté pour les autres autant que pour eux. Mêmes poids et mêmes mesures. C'est l'école de la liberté naturellement limitée, de la liberté absolue , de la liberté réciproque. Parmi ses soldats , malheureusement en petit nombre , elle n'en compte pas de pkis fermement dévoués que les écrivains bloqués dans ce journal. M. Lamennais et M. Laity en ont reçu les preuves.

LKS DEUX ECOLES. 775

Pour la première de ces deux écoles, la liberté n'est qu'un fait^ pour la seconde elle est un droit.

Si la liberté n'est pas un droite si elle n'est qu'un fait^ de quoi se plaint V Assemblée nationale ?

VAssemblée nationale se plaint qu'on lui ait « fermé la bouche, » VAssemblée nationale oublie qu'on lui a permis de l'ouvrir! N'est-ce donc rien? L'ingrate ! Elle ne voit que le peu de liberté qu'on lui ôte ; elle ne voit pas toute la liberté qu'on lui laisse. ^N'est-ce donc pas assez? L'inconséquente ! Ah! la Presse n'aura pas à se reprocher ni cet excès d'inconséquence ni cet excès d'ingratitude. Elle sait que le Pouvoir qui l'avertit aurait pu, tout aussi justement, la supprimer. Il ne l'a pas fait. Elle le déclare donc hautement et publiquement modéré.

Aussi ne ferons-nous pas ce que fait VAssemblée nationale.

Nous ne bouderons pas.

VAssemblée nationale déclare renoncer à sa discussion ; nous avons continué la nôtre. Bouder contre ses idées est une étrange façon de défendre son drapeau ! A l'armée, se retirer ainsi a un nom ; cela s'appelle déserter, et pour ce cas il existe un châtiment; ce châtiment consiste à être fusillé.

Question d'école ? l'/lssewi6/ee nationale ^])\iimi le drapeau blanc de la légitimité, aime mieux déserter que combattre; la Presse, dépliant le linceul de la liberté, aime mieux combattre que déserter.

Que peut-il arriver à la Presse en mettant toutes choses au pis ? — Il peut lui arriver ;

D'être avertie une seconde fois ;

D'être suspendue pendant deux mois ;

D'être supprimée, et de perdre ainsi deux millions.

Soit.

Elle y est préparée : ce n'est pas d'hier que son bilan est dressé et que son parti est pris. Chaque matin, elle s'attend à disparaître le soir; tout ce que peut faire la Presse, c'est de tâcher que ce soit le plus tard possible.

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