LE DROIT DE LA LOGIQUE
30 mars 1853.
VAssemblée nationale, répondant au Siècle, reconnaît en ces termes le droit de la logique :
« Le Siècle fait à la proposition de M. Sauzet, sur le mariage, l'honneur de la combattre. Le journal commence en disant :
M Les réactions ne s'arrêtent jamais à mi-chemin; elles ont une logique impitoyable. 11
» C'est vrai, et les révolutions sont sur ce point tout à fait semblables aux réactions. Cela peut contrarier les habiles ; mais la logique, avec laquelle ils n'avaient pas compté, et qui est plus forte qu'eux, entre malgré eux dans les événements, ou plutôt les domine et les dirige, et déjoue tous les calculs faits sans elle. Nous savons des révolutionnaires, par exemple, très partisans de la République, de la démocratie et d'un socialisme mi tige qui a l'incomparable mérite d'être le leur, mais qui ne voudraient point d'un certain autre socialisme plus avancé qui serait appliqué par d'autres que par eux-mêmes, et qui serait appliqué contre eux. Eh bien! ils ont pu faire triompher leur République, leur démocratie et leur socialisme, mais ils n'ont pas pu les maintenir. Un peu plus, et bien malgré eux, ils nous faisaient glisser dans le socialisme dont ils ne veulent point. Et nous y serions tombés infailliblement si nous n'étions pas sortis de la République, et nous y tomberons si nous ne sortons pas de la démocratie.
» Qu'il serait commode de pouvoir se débarrasser de la logique, prendre les principes sous bénéfice d'inventaire, accepter les conséquences qui font nos affaires, rejeter celles qui nous gênent, nous faire ainsi un doux oreiller et nous y endormir ! Mais cet oreiller-là n'est appuyé sur rien, et quand nous voulons nous y appuyer nous-mêmes, nous tombons. »
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Sortir de la démocratie, ce sera rétablir le droit d'aînesse, les trois ordres : la noblesse, le clergé, le tiers-Etat, l'inégalité devant l'impôt, l'inégalité devant la loi, la taille, la corvée, les justices seigneuriales, la servitude, l'unité de religion sous peine d'extermination des personnes et de confiscation des biens ; en moins de mots, tout ce qui existait en France sous la royauté avant 1789. Ainsi le veut inexorablement la logique : il faut opter entre le privilège et l'égalité, entre l'autorité et la liberté! Point d'autorité si elle est divisée ; point de liberté si elle n'est indivisible. L'autorité et la liberté qui ne sont pas absolues ne sont ni la liberté ni l'autorité ; c'est l'inconséquence.