‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 5)Chapitre 27 sur 231 · L'HEROTSME DF JOURNAL DES DÉBATS · texte numérisé non relu

L'HEROTSME DF JOURNAL DES DÉBATS

24 mm 1851.

Je lis dans le Journal des Débats :

« En voyant monter M. Emile de Girardin ii la tribune, nous étion* bien sûrs qu'il s'y distinguerait à sa manière. M. Emile de Girardiu n'a pas trompé notre attente; il a été ce qu'il est toujours, dans la presse et à la tribune : il a été lui-même, c'est tout dire. Sait-on le reproche que M. Emile de Girardiu est venu faire au parti de l'ordre ? C'est que les hommes qui composent le parti de l'ordre ne descendent pas dans la rue ; c'est qu'ils n'y sont jamais descendus pour défendre leur drapeau. Sur un point, l'orateur delà Montagne a raison ; non, les hommes d'ordre ne sont jamais descendus dans la rue pour attaquer un gouvernement établi ; mais ils y sont descendus jilus d'une fois pour défendre la société quand elle a été menacée, attaquée par les nouveaux amis de M. Emile de Girardin. Le 15 mai 1848, ils y sont descendus pour délivrer la représentation nationale et chasser les nouveaux amis de M. Emile de Girardin. Dans les journées de juin, il y sont descendus pour attaquer et renverser les barricades élevées par les nouveaux amis de M. Emile de Girardin. Les hommes d'ordre son! encore prêts à descendre dans la rue le jour où, suivant la menace qu'il en a faite à la tribune, il pourra convenir à M. Emile de Girardin d'y descendre il la tête de ces factieux qu'il prend sous sa protection, et dont il ne faut pas médire. Cet audacieux appel à la force, cette provocation ouverte il la guerre civile, ont produit dans les rangs de la majorité Témotion qu'il est aisé de concevoir. »

C'est le cas de s'écrier, après avoir lu ces lignes : Malheureux Journal des Débats ! malheureux Berlin !

Feu de joiu's avanl la l'évoIuUon du 24 février 1848, le Jownat des D('f)ats s'exfirimait comme il s'exprime le 24

L'Héroïsme du journal des débats.

mai 1851, non moins fièrement. Il s'écriait : « Marchez aw le fantôme, il s'évanouira ! »

Et le 24 février, le fantôme qui s'évanouissait avait pris, le drôle! les traits de M. Armand Berlin.

Se sauver de France en Belgique et de Belgique enPrusse. c'est la manière de M. Berlin de descendre dans la rue.

Voilà comment M. Berlin y est descendu le 24 février, en si grande hàle qu'il n'avait pas même laissé à ses rédacteurs un mot d'instruction, et que le seul qui n'eût pas perdu la tête, parce qu'il était fort de ses sympathies pour les souffrances du peuple, M. Michel Chevalier, accourait le 25 février à la Presse, dans mon cabinet, où il put s'y rencontrer avec bon nombre de riches banquiers qui se balaient de venir ouvrir un(> souscription en faveur des « factieux. »

Il est vrai que, celle fois encore, les factieux étaient vainqueurs.

Mais c'est trop longtemps m'arréter au coin de M. Berlin, ce tambour-major de toutes les révolutions; oui, tambourmajor est le mot, car il a précédé celle de 1830, provoqué celle de 1848, et le bâton qu'il fait tourner si galamment en l'air est de sinistre augure.

Pour toute réponse à ce que dit le Journal des Débats., de l'empressement que les hommes d'ordre ont mis, en juin 1848, à descendre dans la rue, je le renvoie à la lettre de M. Clément Thomas, commandant général de la garde nationale de Paris, publiée le 2 décembre 1848 dans le National, lettre où se trouve le passage suivant :

« Une force approximative de 50,000 liommeô au moins était convoquée AVANT qu'aucune tentative de barricade eût été faite. Non, ce n'est ni un chef, ni des ordres qui ont manqué ; mais, ce qui est vrai, ce qu'on est forcé de dire, c'est qu'une partie de la garde nationale avait mis le premier jour peu d'empressement à répondre à Vappel.

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