‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 5)Chapitre 60 sur 231 · PRÉFECTURE DU DÉPARTEMENT DE LA SEINE · texte numérisé non relu

PRÉFECTURE DU DÉPARTEMENT DE LA SEINE

« Le 5 septembre 1830.

» Monsieur le colonel Bûchez-Hilton, » Les droits des hommes qui ont COMBATTU pour la liberté., et que vous X. 10

commandez, ne sont pas méconnus, et mon premier soin, dès mon arrivée à la Préfecture, a été de les faire constater; soyez bien convaincu que moi, qui ne me suis pas plus caché que vous dans les journées des 27, 28 et 29, je ne permettrai jamais que les secours destinés aux braves soient appliqués aux INTRIGANTS et aux LACHKS ; mais il m'a paru que ce serait peu faire pour vos hommes que de leur donner un secours momentané qui, après qu'il serait épuisé, les laisserait dans la même position où ils sont; c'est pourquoi j'ai proposé des mesures qui pourraient assurer leur sort pour l'avenir. J'espère les faire adopter par le ministre de la guerre; que si vos besoins sont trop pressants, et si vous ne pouvez pas attendre l'accomplissement de mes mesures, je prendrai sur moi de faire délivrer, à titre d'urgence, la somme rigoureusement nécessaire à ces besoins.

» Vous ne perdrez pas de vue que nos charges sont énormes ; nos ressources s'épuisent, et il ne nous est pas permis de toucher aux fonds des blessés, qui ont une destination spéciale. Je recevrai, au reste, toutes vos communications sur les moyens d'assurer l'avenir de nos braves concitoyens, et si je ne réussis pas dans cette tâche, ce ne sera pas défaut de bonne volonté, mais impuissance. Quant à votre projet d'aller trouver le roi avec un appareil de force, vous êtes trop bon citoyen pour ne pas sentir que de pareilles démarches ne tendent qu'à enti'eteuir l'inquiétude des esprits et à justifier les calomnies de nos ennemis, qui font tout pour nous représenter livrés à l'anarchie.

» Recevez, colonel, l'assurance bien sincère de mon dévoûraent et de ma considération.

» Signé : ODILON BARKOT. »

Ecoutez maintenant M. Guizot :

« Il a fallu que la tyrannie vînt en personne et le front découvert, qu'elle attaquât nos libertés au cœur, qu'elle compromît tout notre ordre social ; il a fallu que son présent fût troublé et son avenir compromis cruellement, pour que la France fit une révolution ; elle l'a faite en trois jours, parce qu'elle s'est levée en masse. Rappelez-vous que jusque-là il n'y avait eu que des mouvements partiels, que je ne veux pas blâmer, mais que personne aujourd'hui n'a le droit d'appeler des mouvements nationaux.

» Aussi, bien loin de blâmer notre révolution, de déserter aucun des principes et des faits sur lesquels elle repose, je dis que nous ne sommes pas les seuls à avouer ces principes, à reconnaître la légitimité de ces faits; que l'Europe tout entière, soit qu'elle le dise, soit qu'elle le taise (et par l'Europe j'entends le fond des cabinets comme les places publiques), l'Europe entière pense que nous avons eu raison. Et c'est parce que l'Europe porte un tel jugement sur ces événements, qu'on peut les regarder comme

consommés. »

ouizoT, 25 septembre 1830.

« Je suis donc aussi engagé, aussi compromis que personne dans la ré

volutîon de juillet; sa cause est la mienne^ et personne, quand j'en parle, personne n'a le droit d'avoir le moindre doute sur ma fidélité à sa cause. » C'est la plus nécessaire, c'est la plus légitime, à coup sûr, des révolutions qui se soient accomplies dans le monde. »

GuizoT, 19 février 1831.

La parole est à M. de Broglie :

a Messieurs, le 29 juillet 1830 s'est accomplie dans Paris, et grâce au courage des habitants de cette grande cité, une révolution mémorable entre toutes celles dont l'histoire gardera le souvenir. Jamais crime plus odieux n'avait marché le front plus haut; jamais châtiment plus exemplaire ne suivit le crime de plus près. Chose sans exemple, peut-être, la légitimation de cette révolution pourrait être plaidée devant un tribunal, la table de la loi à la main. La gloire a été pure, parce que la cause était juste. La Providence a béni le bon droit en lui donnant la victoire, et, ce qu'il faut mettre à un plus haut prix encore, en le préservant de la violence et de la vengeance qui le dégrade. »

DE BROGLIE, 9 avril 1831,

« Passons au gouvernement actuel.

» IL existe apparemment, il est établi, il est reconnu sur tous les points de la France. Nul, dans l'histoire du monde, ne s'est établi plus facilement ; nul n'a été plus spontanément, plus universellement reconnu.

)) L'entreprise de renverser de vive force la Constitution du pays dépouille celui qui s'en rend coupable de toute légitimité, ou, en d'autres termes, rend légitime la résistance des citoyens.

» L'événement qui l'a produit a été juste; juste à tel point qu'il pourrait être plaidé devant un tribunal, les tables de la loi à la main.

» L'avénemeut des Cent-Jours a été un grand crime, un crime de lèsenation ; c'était, de plus, une folie monstrueuse. C'a été l'œuvre d'une ambition effrénée, mettant à profit un aveugle enthousiasme. »

DE BROGLIE, 14 octobrc 1831.

Au tour de M. Duchàtel :

« Avant 1830, ceux qui prêtaient serment à la restauration n'étaient pas liés vis-à-vis d'un principe de légitimité absolue. Ils étaient, comme aujourd'hui, liés par un contrat, et le jour où la légimité, où le pouvoir absolu, qui prétendait au droit divin, a violé son propre serment, la France a été déliée du sien. (Vivement : Oui ! oui !)

» Non, la France n'a pas violé son serment en 1830. Elle a été déliée le jour où le pouvoir qui se prétendait légitime a violé la Charte.

» Ce sont là les vrais principes constitutionnels. (Très bien !)

» Eh bien, je n'hésite pas à le dire, et je puis faire cette supposition, car elle ne se réalisera pas, si aujourd'hui le pouvoir royal se conduisait vis-à-vis de la Constitution du pays comme le pouvoir royal en 1830, nous serions tous déliés de notre serment.

» Ce qu'il faudrait donc, ce que je demauderais, c'est que l'honorable M. Berryer eût reconnu que le serment ne donnait pas une liberté illimitée, que le serment prêté après 1830 ne permet pas de travailler au renversement de la dynastie et de la Constitution, et de chercher à amener un autre ordre de choses que celui que nous avons fondé ; c'est que ce serment ne permet pas de reconnaître deux rois à la fois. »

BUCHATEL, 2H janvier 1844.

De M. de Rémusat :

n La révolution de juillet, celle de 1G88, celle d'Amérique, la révolution française elle-même tout entière, ne sont, après tout, que des victoires de la liberté publique sur le pouvoir absolu, que de glorieuses querelles nationales entre deux principes de gouvernement intérieur. »

DE BÉMUSAT, 18 mai 1833.

De M. Dupin :

« Ne croyez pas que les immortelles journées de juillet doivent être uniquement concentrées à cette date. Si d'un côté l'oppression, l'avilissement, le mensonge n'avaient pas excité toutes les âmes généreuses à secouer un pareil joug, vous n'auriez pas été victorieux ces jours-là. C'est par tous les antécédents, par tous, par nos orateurs, par nos écrivains, qu'ont été préparés les événements de juillet ; ne soyons ingrats envers personne, et ne croyez pas que la force ait tout fait. »

DUPIN , 30 août 1830.

« ]^a France était opprimée au-dedans par un gouvernement qui avait méconnu ses droits; elle s'est relevée avec toute sa dignité; elle a saisi, non pas seulement les armes pour s'en servir, je ne sais quand, mais elle a saisi le code de ses droits ; elle s'est rassise sur elle-même.

)j La gloire solide est celle qui pi'oduit le bien des États. Ainsi, un peuple est attaqué dans ses libertés, dans son territoire ; il se lève pour les défendre, soldat contre les ennemis du dehors, il reste citoyen au-dedans pour faire respecter ses lois et perfectionner ses institutions. »

DUPIN, 27 janvier 1831.

Nous n'ajouterons pas un seul mot à ces citations ; car, par le temps de persécution qui court, le ministère public se vengerait sur ce mot de l'impuissance de s'en prendre à des citations abritées sous les noms de MM. de Broglie, Duchâtel, Dupin, Guizot, Odilon Barrot et de Rémusat.

La proclamation du 31 juillet 1830, signée Valimesnil, et que nous avons rappelée, inspire à la Gazette de France les réflexions suivantes :

« Cette pièce, à jamais historique, porte, dit la Presse^ entre autres signatures, celle de M. DE Vati.mesnil, alors député!

» De M. de Vatimesnil, qui était e lore ministre de Charles X le 7 août 1829, moins d'une année avant le jour oii il s'associait ainsi à la proscription de la monarchie qui lui avait fait l'honneur de l'appeler, en 1828, dans ses conseils !

» On devait s'attendre à trouver aujourd'hui un démenti, ou tout au moins des explications, de M. de Vatimesnil, soit dans la Presse^ soit dans tout autre journal. Il n'en est rien cependant L'ex-ministre de Charles X accepte ainsi tacitement les paroles qu'il a signées en 1830. Il n'est plus recevable à faire dire qu'on l'a calomnié. »

La Gazette de France en parle bien à son aise : le Moniteur donne des démentis, mais il n'en reçoit pas! La Gazette de France voudrait-elle donc que M. de Vatimesnil fît brûler le Moniteur "f

LA VOLONTÉ DU PEUPLE

1" J'envisage l'avenir du pays sans crainte, car son salut viendra toujours de la volonté du peuple librement exprimée, religieusement acceptée. »

Page 1