FRANC
Qu'il en soit ainsi de l'unité de mesure politique ! Vous tous qui en êtes sournoisement sortis par une fissure, rentrez loyalement dans l'esprit de l'article 25 de la Constitution, ainsi conçu : « Sont électeurs, sans condition de cens, tous les Français ègés de vingt-et-un ans et jouissant de leurs droits civils et politiques. »
Dès que vous y serez rentrés, la porte des révolutions se fermera d'elle-même, et d'elle-même s'ouvrira la porte des améliorations.
Si la volonté du peuple est que la Constitution soit révisée, elle sera révisée ; si Texpérience démontre que le scrutin de liste doit être suppi'imé, il sera supprimé ; si la précision exige qu'il n'y ait plus qu'un seul collège électoral pour toute la France, il n'y en aura plus qu'un, qui marquera l'opinion comme un cadran marque Theure, avec le même degré de certitude.
Alors ces mots : la volonté du peuple, auront un véritable sens.
Aujourd'hui, ils n'en ont aucun pour qui que ce soit en France, pas plus pour ceux qui louent le discours de M. L.-N. Bonaparte, à Poitiers, que pour ceux qui le blâment.
On s'étonne que la Presse n'en ait rien dit. Que voulait-on qu'elle en dît? Des lettres qui n'ont pas de sens ne sont pas un mot ; des mots qui n'ont pas de sens ne sont pas un discours.
Des applaudissements réitérés, si j'en crois le Constitutionnel, ont accueilli celte phrase :
« J'appelle de tous mes vœux le moment solennel où la voix puissante de la nation dominera toutes les oppositions et mettra d'accord toutes les rivalités. »
LA VOLOiNTE DU PEUPLE. 153
J'en suis fâché pour ceux qui ont applaudi cette phrase, mais ils l'ont applaudie aussi étourdîment que si, pour se désaltérer, ils eussent porlé à leurs lèvres des verres vides.
Est-ce que « la voix puissante de la nation » ne s'est pas fait entendre en avril 18i8, en décembre 1848, en mai 1849, forte de dix millions de voix? A-t-elle dominé les oppositions, a-t-elle mis d'accord les rivalités ?
La preuve manifeste qu'elle n'a pas mis d'accord les rivalités et qu'elle n'a pas dominé les oppositions, c'est que, de l'aveu même de l'auteur du toast, ces oppositions et ces rivalités subsistent encore.
Point d'illusions ! Plus de mensonges !
En mars 1848, on nous disait : — Attendez la Constituante.
La Constituante nommée, on nous disait: — Attendez la Constitution.
La Constitution votée, on nous disait : — Attendez l'élection du 10 décembre.
L'élection du 10 décembre accomplie, on nous disait: — Attendez la Législative.
La Législative, fonctionnant depuis deux ans, on nous dit : — Attendez les prochaines élections générales !
Eh bien! il en sera des élections futures comme il en a été des élections passées. A moins qu'elles ne soient une bataille livrée, elles seront un mécompte nouveau, si l'on persiste à ne vouloir rien faire de ce qu'il faudrait faire pour le prévenir.