‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 5)Chapitre 66 sur 231 · LA RÉVOLUTION FRANÇAISE · texte numérisé non relu

LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

» Et nous, nous dont la prévoyance est éveillée, notre vigilance sera attentive ; les perspectives que vous avez voulu ouvrir à vos adhérents, elles sont ouvertes pour tout le monde, nos regards y pénètrent comme les leurs, ce qui peut être pour les uns objet d'espérance, et pour les autres objet de sollicitude. Vienne la nécessité de mesures plus graves, le gouvernement fera son devoir, comme la cliambre fait aujourd'hui le sien en marquant de tels préludes du sceau de la réprobation nationale. »

GuizoT, 15 janvier 1844.

Qu'on ne dise pas que ces paroles ont échappé à l'improvisation de l'orateur dans l'ardeur et l'irritation de la lutte !

Non; ces paroles ne sont que les variations du même thème que M. Guizot ne cessa de faire entendre pendant treize ans, ainsi que l'atteste la citation qu'on va lire :

« Messieurs, qu'on prenne, à l'égard du parti carliste comme des autres, toutes les mesures qu'on jugera nécessaires, dans les limites de la liberté et de la justice. Je sais que ce parti est à la fois impuissant et malfaisant ; je sais qu'il lui arrive ce qui arrive aussi aillcui's, que le venin demeure là où la vie n'est déjà plus. »

GUIZOT, 19 février 1831.

Si toutes les révolutions sont des fautes, ainsi que le déclare le Moniteur de la fusion, le joui'nal pseudonyme de M. Guizot, comment VAssemblée nationale parviendra-t-elle à concilier celte opinion avec les paroles de l'illustre flétrisseur de Belgrave-Square ?

Ces paroles méritent qu'on s'y arrête plus d'une fois :

« Une nation fait bien de se revendiquer elle-même, et de rétablir à ses risques et périls, par un acte héroïque et puissant, ses droits méconnus et son honneur offensé.

» C'est là ce que nous avons fait en 1830.»

Jamais le droit d'insurrection fut-il plus hautement proclamé, plus solennellement glorifié?

Je le demande à M. Guizot lui-même, qui aujourd'hui n'a qu'une pensée et qu'un but : Replacer la France sous le joug

« De ce parti à la fois impuissant et malfaisant^ en qui le venin est demeuré où la vie n'était plus. (Guizot, 19 février 1831.)

» De ce pouvoir qui n'accepte aucune limite, aucun contrôle complet et définitif; de qui les peuples, quoi qu'il fasse, doivent tout supporter ;

/' De ce droit supérieur à tous les droits qui ne peut pas se perdre luimême ; maximes absurdes, honteuses, dégradantes pour l'humanité ;

» De ces incapacités fatales dont aucun médecin ne peut relever ni une race ni un gouvernement. » (Guizot, 15 janvier 1844.)

Je le demande à celui qui marquait les pèlerins de Belgrave-Square du « sceau de la réprobation nationale, o

M. Guizot trouvait «GLORIEUSE, HÉROÏQUE,» la révolution de 1830, parce qu'elle l'avait élevé ; il trouve la révolution de 1848 « de la pire espèce^ » parce qu'elle l'a renversé.

Il lui adresse les reproches suivants :

« D'avoir commencé par une curée et par une orgie; * D'avoir sur son calendrier les journées de juin ; n D'avoir perverti les idées des masses ; » D'avoir été un immense carnaval ;

>) D'être arrivée gonflée de vent, de ne savoir où elle va, et d'être condamnée à rester nécessairement inféconde. »

Est-ce donc que la révolution que M. Guizot se vantait, en 1844, d'avoir fait en 1830, n'a pas, elle aussi, commencé par une curée et par une orgie ?

Est-ce que, elle aussi, n'a pas eu ses journées de juin, et môme ses journées d'avril ?

Est-ce que les quarante volumBs in-4° de la cour des pairs, où se trouvent consignés tous les détails relatifs à l'organisation des sociétés secrètes et à l'esprit qui les animait; ont attendu pour être imprimés à l'imprimerie royale que la Révolution du 24 février 1848 eût éclaté ?

Est-ce que, de tous les travestissemens de l'immense carnaval auquel assiste la France depuis trois ans, le moins grotesque serait celui dont M. Guizot lui donne le spectacle : l'éloquent et implacable flétrisseur de Belgrave-Square déguisé en ardent et preux paladin de Frohsdorf ?

Est-ce que jamais révolution tlonnaplus Tidée d'une bulle gonflée de vent que la révolution de 1830 aux mains de M. Guizot? De juillet 1830 à janvier 1848, par quels actes a-l-elle, passant successivement des mains de M. Guizot dans celles de M. Thiers, et des mains de M. Thiers dans celles de M. Guizot, attesté sa fécondité? La preuve qu'elle était véritablement gonflée de vent, c'est que la plus petite

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