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Peuples et citoyens >os frères I Une révolution nouvelle vient de s'accomplir à Paris, la glorieuse capitale du monde intellectuel. Cette révolution s'est faite par le peuple et pour lepeu|)le. Celle-ci ne sera pas une déception.
En elle veulent se réhabiliter toutes les révolutions passées qui ont manqué à leurs engagements.
Toute (letlc, quelle qu'elle soit, contractée par l'État, est sacrée.
Quiconque a une idée utile nous la doit.
Tout avis salutaire sera accueilli.
Tout concours désintéressé sera accepté.
Toute réclamation légitime sera écoutée.
Toute prétention exagérée sera débattue.
Toute ambition méprisable sera flétrie.
Toute servilité intrigante sera écartée.
Toute noble action sera honorée.
Tout grand service rendu sera grandemerit récompensé.
Toute supériorité attestée par ses œuvres sera incrustée au diadème populaire posé sur le front de la nation.
Toute dépense exorbitante sera réduite ; toute dépense superflue sera supprimée.
Tout abus sera livré aux rigueurs de la publicité.
Tout parti politique se montrant ou se cachant sera sommé de déclarer ce qu'il veut. Proclamer la liberté, c'est accepter la concurrence. Le gouvernement de la République française l'accepte et la défie. N'aspirant qu'it être juste, il ne doute pas qu'il ne soit le plus fort.
Fort, il sera généreux. La magnanimité est la noblesse du peuple.
L'Ordre, c'est la Liberté fécondée par le Pouvoir, c'est la Répression tempérée par la Prévoyance , c'est la Fraieinité de l'Evangile convertie en loi et mise en action.
Ainsi compris, l'ordre moral et matériel sera assez puissant pour fpril n'y ait aucune imprudence h confier toutes les libertés à la seule tutelle de la raison publique, développée par l'instruction gratuite.
Droit à l'instruction, c'est le prenn'er de Idus: droit au travail n'est que le second.
Liberté individuelle. — Tout abus de la détention préventive est une atteinte que la justice se porte à elle-même.
Liberté d'association. —Vu gouvernement ne doit jamais
s'endormir dans l'optimisme ; la liberté d'association doit être comme la boule qu'Alcxandre-le-Grand gardait dans sa main pour se tenir éveillé.
Liberté d-enseignement.— Toutes, les écoles, tous les cours des lycées, tous les cours des facultés, tous les diplômes étant gratuits, si l'instruction qui se fait rétribuer est généralement préférée, c'est qu'elle sera meilleure. Toute infériorité doit s'expier.
Liberté des cultes.— Toulcullc public, après dix ans d'exercice, aura droit de réclamer sa part, sur la somme inscrite pour le service des cultes, au budget de l'Etat.
Liberté de la /^cnse*?.— C'est-à-dire liberté de la parole et de la presse, de l'imprimerie et des théâtres. Attentif à encourager tous les louables efforts, se proposant pour but de labourer, d'ensemencer, de herser le vaste champ de la pensée humaine, le gouvernement ne craint pas que le bon grain y soit étouffé par l'ivraie.
Liberté des professions. — Sous le régime de la liberté, il ne doit y avoir de privilèges que ceux du travail et du talent ; il ne doit y avoir de monopoles que ceux réservés à l'État dans l'intérêt général.
Liberté, enfin, sans exceptions comme sans limites.
Tout Français jouissant de ses droits civils et politiques, âgé de vingt-cinq ans et inscrit au rôle de l'une des quatre contributions directes, est électeur; mais tout électeur devra écrire lui-même son bulletin.
Tout électeur est éligible.
Il y a incompatibilité entre les fonctions de député et toute. fonction rétribuée, sauf des exceptions ne dérogeant pas à ce principe absolue : Toute fonction rétribuée doit être remplie.
La société a trois degrés : la famille, la commune, l'État.
De même la solidarité a trois degrés : le nom de ses parents que l'on porte, le lieu du département où l'on est né, le drapeau de la patrie, qui suit partout le Français pouri couvi'ir et le protéger.
Graduelle, cette solidarité est réciproque.
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Elle est limitée des ascendants aux descendants.
Dans toutes les condamnalions où il y a lieu au payement des amendes, le père, la mère, le grand-père la grand'-mère, l'aïeul, Taïeule, et, à leui' clé faut. i<\ commune dans laquelle est né l'individu condamné, en sont pécuniairement et civilement responsables vis-à-vis de l'État, comme l'État est responsable de la conduite de ses nationaux à l'égard de tout gouvernement étranger.
Toutes les prisons, ces écoles où la prévention se traduit en apprentissage funeste, où le délit s'ingénie au crime, où le crime s'exerce à se surpasser; toutes les prisons sont fermées.
La peine de mort est abolie.
Les seules peines qui sont conservées sont les suivantes :
Peines infamantes :
La transportalion ;
Le bannissement ;
La dégradation civique.
Peines correctionneUes
L'interdiction de certains droits civiques, civils ou de famille ;
L'amende ;
Le renvoi sous la surveillance de la l'amille ou de la commune.
Tous les enfants abandonnés {jar leur mère sont à la charge de ses ascendants ; à défaut d'ascendants demeurés inconnus ou dénués de toute ressource, à la charge de la commune ; à défaut delà commune trop pauvre, à la charge de l'Etat.
Solidarité définie et surveillance mutuelle; telle est la double loi de la police nouvelle, de la seule qu'une nation grande, fière et libre, puisse désormais avouer.
La solidarité, c'est la fraternité.
La fraternité des peuples, c'est la paix, c'est le respect de toutes les nationalités, c'est la force désarmée par le droit.
La France le comprend ainsi. Aussi, reléguant à l'histoire la prudence créée à l'usage du passé, et donnant des gages
à revenir, la France n'hosite-t-clle pas à réduire de moitié le chiiïre de sou effeclif militaire à Tintérieur.
Par celte mesure, sans exemple au lendemain d'une révolution, la France prouve deux choses : Qu'elle ne veut pas la guerre ; Qu'elle ne la craint pas !
Pourquoi la voudrait-elle? — Pour reprendre des frontières qui lui ont été enlevées? A quoi bon des frontières entre peuples qui se tendent la main? C'est s'éloigner au lieu de se rapprocher. C'est agir en sens contraire de l'œuvre pacifique qu'accomplissent les chemins de fer et la navigation à vapeur, ces deux agents de l'unité européenne, et, plus tard, de l'unité universelle.
Pourquoi la craindrait-elle? — La France, désarmant ainsi, se donne pour armées invincibles les ardentes sympathies de tous les peuples, se soulevant tous à l'envi contre les gouvernements qui seraient ou assez aveugles ou assez téméraires pour entreprendre de marcher contre elle, d'opposer le drapeau de la royauté qui tombe au drapeau de la civilisation qui se lève. , La civilisation, c'est le faisceau de toutes les libertés. Il faut que tous les peuples s'entendent ; car il est une grave question qui resterait insoluble sans un accord commun : la question du travail.
Un congrès européen peut seul donner à la déclaration des droits du travailleur l'efficacité sans laquelle cette déclaration n'aboutirait qu'à un leurre, à une déception, à un désastre, à une révolution terrible, qui engloutirait libertés et civilisation, et ferait rétrograder le monde de toute la distaiipe que l'intelligence humaine a mise entre elle et la force aveugle.
Isolément, la France et son gouvernement ne sauraient utilement, par un décret, réduire le nombre des heures de travail et augmenter le taux des salaires. Ce ne serait pas une solution définitive, ce serait une concession temporaire et funeste.
La question du travail a quatre termes inséparables :
Produire :
Consommer :
Acheter :
Ventire.
Dès que le prix des objets de consommalion s'élève audessus d"un niveau qui se règle de lui-même, comme celui de la mer, la consommation se retire comme aux heures du reflux ; les magasins s'encombrent, les prix s'avihssent, les épargnes s'épuisent, les bras se croisent, les estomacs s'affament, la perturbation s'aggrave par la misère, la misère par la perturbation.
Raccourcir empiriquement la journée de travail d'une ou de plusieurs heures, ce serait s'exposer à diminuer la quotité du travail, qu'il importe au contraire essentiellement d'accroître, afin que le travail, mieux réparti, ne manque à aucun bras valide.
La juste répartition du travail, c'est l'extinction de la mendicité, cette dartre invétérée que la main de Henri IV et la main de Napoléon se sont efforcées de panser, mais qu'elles n'ont pu sécher.
Comment la guérir? — Non par un spécifiijue, mais par un régime.
Quel régime?
Des actes publics sont dressés à })lusieurs époques de la vie civile : à l'époque de la naissance, de la célébration du mariage, du tirage prescrit par la loi du recrutement, et du décès.
Toutes les fois qu'on veut voyager, même à l'intérieur, un passeport est exigé par les autorités.
Toutes ces pièces isolées, sans lien entre elles, sont remplacées par une seule, intitulée: Inscription de vie.
Chaque enfant qui naîl ajoute une page au grand-livre