‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856Chapitre 146 sur 199 · L'ERREUR DE TOUS LES PARTIS · texte numérisé non relu

L'ERREUR DE TOUS LES PARTIS

10 août 1848.

C'est par l'indignation du Siècle que nous apprenons ce matin la résuiTection de la Vraie République, dont il cite le passage suivant :

« Supposez qu'en février le vainqueur d'une mona.rchie » odieuse eût proclamé l'état de siège, la dictature et l'ar- » bitraire. la suspension de toute loi civile et humaine, la » permission de violer les domiciles et les propriétés, d'ar- » réter tous les ennemis du peuple et les suspects ; suppo- » sez que la dictature républicaine eût supprimé les jour- « muix royalislcSyle Constitutionnel, le Siècle, \es Débats, " la Presse et tous ces anciens prédicateurs d'oppression, de » discorde et d'anarchie; qu'elle eût empêché de créer d'au- " très journaux aristocratiques ou réactionnaires, comme >j V Assemblée nationale, la Liberté cl autres ; supposez qu'on » eût déporté aux îles Marquises, sans jugement ou par la « vertu des conseils de guerre, M. Thiers,M. Barrot. M.Du- » pin, M. Biliault, M. Dufaure, M. Rémusat, M. Vivien, et » tous les anciens dynastiques, il est probable que nous » eussions évité les terribles désordres de juin, et que la » République, calme et grande, eût assuré le bonheur di' la » patrie. »

Ce n'est pas -pour relever l'accusation dirigée contre la Presse dans ces lignes que nous les reproduisons ; cette accusation ne nous atteint pas; mais c'est pour tirer de ces lignes un enseignement que nous croyons utile.

Elles prouvent que, dans un pays où règne la liberté de la presse, un gouvernement ne doit jamais, sous l'empire d'aucune circonstance, si grave qu'elle puisse être, violer les principes qui sont l'ame de son existence, sa raison d'être, le fond de sa conscience. Un gouvernement qui lutte contre l'anarchie par rarl)itraire, au lieu de se borner à opposer le droit à la violence, ne fait qu'aggraver l'anarchie et aflTaiblir le pouvoir. Le seul péril grave dont un gouvernement soit jamais menacé, c'est le danger d'une réaction justifiée d'avance par un excès. Rendre toute réaction impossible en se gardant de tout excès, voilà quelle doit être la règle absolue, la règle inflexible de tous les gouvernements formés à l'étude dos révolutions. Désormais, les seuls gouvernements durables sont ceux qui agiront toujours comme si un nouveau gouvernement devait le lendemain leur succéder.

L'erreur de tous les partis, sans en excepter un seul, vainqueurs ou vaincus, c'est de croire qu'on met fin à l'arbitraire par l'arbitraire. On ne met fin à l'iniquité que par l'équité.

15 août 1848.

On lit dans la Démocratie pacifique :

«. Pourquoi les journaux qui sont le plus attachés au » maintien de nos [il)erlés ont-ils gardé le silence quand le » pouvoir exécutif, approuvé par l'Assemblée, interdisait » la publication de certaines feuilles? Pourquoi nous- » mêmes n'avons-nous pas protesté? C'est qu'il y a des cir- » constances où le salut public prime tout; c'est que l'ave- » nir, l'existence même de la France sont inséparables de » la consolidation de la République, et que parmi les feuil-

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