‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856Chapitre 150 sur 199 · ILS S'ACCUSENT ET SE RESSEMBLENT · texte numérisé non relu

ILS S'ACCUSENT ET SE RESSEMBLENT

12 août 1849.

Le gouvernement de M. le général Cavaignac se décerne à lui-même, dans le Moniteur universel, les éloges qu"on va lire :

« A aucune époque de notre histoire, le gouvernement de la France ne se vit chargé d'une responsabilité plus grande que celle qui pèse sur l'administration présidée par le général Cavaiguac. Les destinées de la France, et, de l'aveu de l'Europe entière, celles du monde civilisé, sont pour ainsi dii'e entre ses mains. Cela est vrai, aujourd'hui surtout que le dénoûmeut des affaires d'Italie vient de nous créer une situation toute nouvelle que le gouvernement a été le premier à prévoir, et qu'il aurait peut- être réussi à empêcher, si l'Italie avait été moins confiante dans ses propres forces.

» En présence d'événements aussi graves, en présence de l'intérêt général qu'inspire eu France la cause de l'Italie, avant de s'engager dans une voie qui devait aboutir à la paix ou à la guerre, à une guerre européenne peut-être, le gouvernement dut tenir compte de ce qu'exigeaient tout à .la fois les nécessités traditionnelles de notre politique et la situation actuelle de la République.

» II comprit que, dans un temps où le développement et la sûreté des relations commerciales sont devenus la condition de la jirospérité et de l'influence des peuples, il importait de ne pas perdre de vue les intérêts industriels. Pénétré de la nécessité de rétablir le crédit public qui commence fi se raffermir, persuadé, en même temps, que la France, pour aucune considération, ne saurait jamais transiger avec les lois de l'honneur, le gouvernement s'efforça de concilier ce qu'il devait à la dignité du nom français avec les exigences légitimes des intérêts particuliers.

» En un mot, accepter la guerre, si notre honneur le demandait, l'ac- VI, \'i

cep ter, non pas au nom d'un souverain trop souvent dirigé par des préoccupations étrangères aux vœux et aux besoins du pays, mais au nom du pays lui-même, au nom de l'Assemblée nationale, seule arbitre de la paix et de la guerre ; l'éviter, au contraire, mais sans faiblir à aucun de nos devoirs, et sans descendre du rang que la France doit occuper dans le concert européen, si l'éviter était possible : telle fut la ligne de conduite que se traça tout d'abord le gouvernement', telle fut la seule politique qui lui parut digne de la République.

» Cette politique, le gouvernement l'a suivie loyalement, sans arrièrepensée. Il doit se trouver déjà assez récompensé de ses efforts, puisqu'il peut aujourd'hui faire partager à la France entière les espérances qu'il est fondé à concevoir du prompt rétablissement de la paix en Italie, par la médiation de la France et de l'Angleterre.

» L'action commune des deux puissances a déjà commencé à s'exercer Bur plusieurs points de la Péninsule. Et si on pouvait douter des résultats que doit amener l'accord des deux nations les plus influentes de l'Europe, réunies dans une seule et même pensée et pour un intérêt qui est celui du monde entier, nous ajouterions qu'on trouverait dans les rapports qui s'établissent entre la France et les autres puissances étrangères de nouveaux motifs de contiance et de sécurité. Ces rapports sont de la nature la plus bienveillante, et nous n'exceptons pas même les gouvernements que le nom seul de République semblerait devoir prévenir contre la France.

» Nous avons donc tout lieu d'espérer que cette médiation de la France et de l'Angleterre en Italie sera suivie d'un prompt et honorable résultat, et qu'elle servira de prélude à une pacitication générale.

» La lutte qui se poursuit dans les duchés pour des intérêts relativement secondaires doit être arrêtée. Le Parlement allemand voudra, nous n'en doutons pas, que son premier acte soit un acte de conciliation, et il s'unira à nos efforts pour faire conclure un accord déjà trop longtemps retardé. Il n'oubliera pas que l'efficacité de son action dépend de sa sagesse.

» Ainsi la République, à peine constituée, aura repris en Allemagne, en Italie, et partout en Europe, la place que la politique timide, irrésolue, complaisante de la royauté, lui avait fuit perdre, et la France donnera au inonde reconnaissant le spectacle d'une démocratie qui, après avoir régénéré l'Europe par ses principes, sait contenir tous les éléments de force qu'elle renferme, et n'ambitionne d'autre gloire que celle de pacifier le inonde. »

Nous ne ferons sur ces éternelles récrimina lions contre un passé, qu'il serait plus habile de ne pas rappeler (1), aucune réflexion. Les réflexions seraient trop amères, quel-

(1) On lit dans la Démocratie pacifique, dont le rédacteur en chef, assu-

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