LA MISERE
circonférence aussi bien qu'au centre, dans les campagnes non moins que dans les villes.
Que faire, hélas ! que faire ?
S'il ne fallait que réduire les dépenses du budget domestique pour augmenter les ressources de la bienfaisance fraternelle, cela serait facile ; mais malheureusement la question n'est pas aussi simple qu'elle le paraît, lorsqu'on ne va pas au-delà de sa surface.
Tout ce qu'on épargne pour le donner à la pauvreté qui gémit, on le retire au travail qui languit. C'est le cas de dire que l'on découvre Paul pour couvrir Jean. Le domestique qu'on supprime est un pauvre que l'on crée ; le luxe dont on serait heureux de s'affranchir, qu'on serait glorieux de proscrire, serait un précipice que Ton creuserait pour combler un fossé.
Que faire? que faire? La raison veut qu'on dépense, le cœur veut qu'on donne. La raison veut qu'on dépense, parce que la charité n'a qu'une puissance limitée, tandis que la puissance du travail se multipliant par elle-même est infinie.
Vaines sont les souscriptions! Insuffisants sont tous les dons ! Ce sont des gouttes d'eau qui tombent dans l'Océan. Cela est douloureux à penser, mais mieux vaut encore le dire que le taire, car ce n'est point par des illusions qu'on échappe aux dangers.
En nous exprimant ainsi, loin de nous la froide pensée de vouloir ralentir la bienfaisance individuelle, la fraternité appliquée, non ; il faut donner et dépenser le plus qu'on peut, ne fût-ce que pour jouir sans troubles et sans remords ; mais i:l ne faut pas s'abuser sur la longueur et la puissance du levier; or, la charité ne sera jamais qu'un levier trop court et trop faible pour soulever efficacement le poids de la misère ; la misère ne peut être abolie que par le travail, cette force immense à laquelle il manque d'avoir des appareils moins imparfaits qui la condensent, et des conducteurs plus exercés qui la dirigent.
L'Assemblée nationale, assurément, est animée des in-
tentions les meilleures ; mais de même que les corps savants n'ont rien inventé, les corps politiques n'ont jamais rien résolu.
Tout le temps que l'Assemblée nationale croit utiliser en multipliant les comités, les décrets et les palliatifs, est du temps "qu'elle perd; elle accroît la confusion, elle entrelient l'aveuglement, elle aggrave le mal, elle perpétue le provisoire.
Sortir du provisoire, en sortir à tout prix, par quelque issue que ce soit, ce moyen est le seul de venir efficacement au secours de la misère.
Cela dit, nous souscrivons pour 1,000 francs.