ORGANISIEZ. NE DESORGANISEZ PAS
Attendez, au nioin.^, que la justice ait prononcé, avant de fournir à M. Guizot, pour sa défense, un magnifique plaidoyer contre vous-mêmes. Patience 1 ou craignez de transformer en accusateur l'accusé.
Vous avez la dictature, mais c'est pour en faire un noble usage.
Vous l'avez pour les grandes choses, vous l'avez pour les grandes mesures, ne vous en servez pas pour les petites.
La dictature qui ne se légitime pas par ses œuvres ne tarde pas à se faire condamner par ses actes.
Il est beau de faire des proclamations au peuple pour arrêter le pillage des maisons ; il serait plus beau de ne pas lui donner l'exemple du pillage de toutes les fonctions salariées, de toutes les riches sinécures.
Il est bien de Qétrir les malfaiteurs ; il serait mieux de ne pas les imiter, en dérobant toutes les places, sans tenir compte d'aucun service.
Savez-vous ce que font ceux qui vous conduisent ainsi? Ils recrutent des voix pour la régence, ils grossissent le nombre de ses partisans.
Nous avons, sans hésiter, déclaré çjue nous n'en voulions pas, qu'il ne fallait point que la France se partageât en deux camps ; ce que nous avons déclaré, nous le maintenons.
Républicains du lendemain. répul>Mcains du 2o février, nous le sommes sincèrement. C'est pourquoi nous vous disons âprement la vérité.
Les bonnes choses que vous avez faites, et auxquelles nous applaudissons cordialement, sont celles-ci :
Vous avez reconnu le droit d'association !
Vous avez aboli la peine de mort en matière politique !
Vous avez mis en liberté les détenus politiques !
Vous avez réservé aux ouvriers blessés le million à échoir de la liste civile !
Vous avez déclaré que la patrie adoptait les enfants des combattants morts le 24 février!
Vous avez rouvert tous les ateliers où s'exécutaient des travaux pour l'État !
62 iS4»«.
Vous avez institué une commission permanente pour l'examen de toutes les questions relatives aux travailleurs !
Vous avez aijoli le serment exigé des fonctionnaires publics de l'ordre administratif et judiciaire !
V^ous avez annoncé que le payement du semestre des renies échéant le 22 mars serait effectué dès le 6 mars 1848 !
Vous venez d'abolir le timbre sur les écrits périodiques !
Tout cela est bien.
Les mauvaises choses que vous avez faites sont celles-ci :
Vous avez perdu déjà un temps précieux.
Vous avez semé le désordre là où il fallait maintenir l'ordre ; jeté l'effroi là où il fallait ramener la confiance; chassé la tradition, non pour y faire succéder le progrès, mais l'inexpérience ; mis à la place de fonctionnaires irréprochables des hommes tarés, les premiers venus, les plus âpres à la curée. C'est de la réaction, ce n'est pas du pouvoir; c'est de l'autorité par effraction, ce n'est pas du gouverne- ,ment.
Vous avez donné au palais des Tuileries une destination fastueuse et mensongère qu'il ne pourra pas garder. Il faut aimer le peuple , il ne faut pas l'abuser ; il faut le servir , il ne faut pas le flatter.
i Vous êtes intervenus sans droit entre l'ouvrier et le maître pour réduire le nombre des heures de la journée de travail, et modifier des usages établis, bons ou mauvais. Ce n'est pas de la liberté, c'est de l'oppression. Vous avez protégé les forts contre les faibles ; il y avait , convenez-en, peu de mérite. Vous avez abrégé la durée de la journée de travail en déclarant : u Qu'un travail manuel » trop prolongé, non-seulement ruine la santé du travail- » leur, mais encore, en l'empêchant de cultiver son intelli- « gence, porte atteinte à la dignité de l'homme-. « Réduire le nombre des heures de la journée de travail était facile; mais si, par suite, la consommation se ralentit et si le travail manque, que ferez-vous pour en donner à qui vous de-