ORGANISEZ, NE DÉSORGANISEZ PAS
maiuleiadu travail ou du pain? Encore un coup pareil poilé à notre commerce extérieur, et l'Angleterre ne se bornera pas à reconnaître la République française ; elle lui élèvera des colonnes et des statues sur les squares de Londres et de Liverpool. La question du travail, nous ne saurions trop le répéter, ne peut se résouilre isolément ; vouloir la résoudre ainsi, ce serait imiter le sauvage dont parle Montesquieu, qui abat l'arbre pour en cueillir les fruits.
Vous avez aboli d'anciens litres qui ne conféraient plus aucun privilège ; pour effacer un anachronisme, vous en avez commis un plus grave encore. C'est de la réforme qu'il faut faire, et non de la contrefaçon. Vous avez repoussé cjui venait à vous, écarté un concours précieux, dans un moment où il était utile (jifon ne songeât qu"à rendre à toutes les branches de conmierce qui se dessèchent la sève qui s'est retirée d'elles. Il fallait rassurer^ vous avez terrifié; il fallait réveiller l'espérance, c'est le souvenir que vous avez fait lever en sursaut !
Vous avez ôté à des collèges de gloiieux noms, tels que le nom de Saint-Louis, pour y substituer celui de Chénier, moins illustre, etc. Vous avez ôté à la rue Rambuteau le nom qui lui appartenait à juste titre, etc. Ce sont de petites choses, mais ces petites choses paraissent de graves symptômes ; en tout cas, ce sont de grossiers contre-sens. La Restauration avait commis une faute en effaçani, de la croix de la Légion (riionneur, l'efligie de Napoléon pour y substituer celle de Henri I\'. La révolution de 1830 avait aggravé la faute en ne la réparant pas. Il ne fallait pas imiter celte double faute. Ce qu'il eût mieux valu faire , c'eût été de laisser au collège Saint-Louis son nom, et de réialjlir Napoléon dans ses droits usurpés par Henri W . N'imitez pas les mauvais exemples; n'imitez que les bons. Pas de plagiai ! pas de parodie ! pas de léaclion !
Vous avez congédié Louis-Napoléon, l'échappé du fort de Ham ! Est-ce que la République française avait à s'inquiéter d'un homme ? Agir ainsi, c'est encore amnistier le passé. Le même jour oii le gouvernement provisoire ouvrait aux
détenus pour délits politiques les portes de leurprison, s'il eût abrogé la loi du 10 avril 1832, relative à la famille de Charles X et à celle de Napoléon, le gouvernement provisoire eût attesté sa force et commandé la confiance. Il eût ébloui les yeux de l'Europe par un rayon lumineux de la liberté. Nous n'imaginons pas. sous la Répuliiiquo. la liberté contrefaite, boiteuse et borgne ; nous l'imaginons pure et belle comme les plus belles statues de l'antiquité.
Vous avez prorogé de dix jours les échéances des effets de commerce. Ceux qui se plaignent qu'un tel sursis n'est qu'un paUiatif insuffisant ont raison. Vous n'avez fait qu'ajourner la crise au moment de la reprise. Ce sera une crise en deux temps. En cherchant bien, on eût trouvé certainement mieux que cela à faire. C'était l'occasion ou jamais, pour les hommes de la liberté, de montrer qu'ils étaient des hommes de gouvernement, et que la fermeté des convictions n'exclut pas la fertilité des expédients. En tout cas, il ne fallait pas attendre que le délai de dix jours fût expiré pour songer a instituer le. comptoir d'escompte destiné au petit commerce. C'est attendre, pour panser la plaie, que la gangrène s'y soit mise.
Vous avez commencé par déclarer que le timbre sur les imprimés était maintenu, parce que vous ne vous reconnaissiez pas le droit de porter atteinte à un impôt ; puis, le lendemain, vous êtes revenu à demi sur le décret de la veille, déclarant que l'impôt du timbre sur les journaux et écrits périodiques serait suspendu dix jours avant la convocation des assemblées électorales. Première faute aggravée par une seconde, puis enfin par une troisième ! Voilà à quelles contradictions, à quelles tergiversations, à quelles concessions conduit l'absence d'esprit de décision ! 11 faut apprendre à savoir tout de suite ce qu'on veut et ce qu'on peut. Cela ressemble un peu trop à Louis -Philippe appelant M. Mole pour remplacer M. Guizot, puis M. Thiers, puis enfin abdiquant... tiop tard!
Combien de choses urgentes h faire et que vous n'avez pas faites encore !