‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856Chapitre 184 sur 199 · L'ÉTAT DE SIEGE · texte numérisé non relu

L'ÉTAT DE SIEGE

» Nous avons émis notre opinion d'une manière bien )> flaire et I)ien précise.

» Si TAsscmblée levart Télat de siège, elle créerait un » véritable danger!... »

Ces citations appartiennent au fameux discours où M.Cavaignac inaugurait l'ouverture du débat de la Constitution par ces paroles ménurables :

« Je rappelle à l'Assemblée que mon père siégait à la » Convention, et que je suis heureux et fier d'être le fds » d'un tel homme.

» ... C'est h cette lutte (pie nous sonnnes décidé à livrer » tout ce que nous pouvons lui livrer, notre responsabilité, » notre repos, NOTRE iioN.NEun m^me »

Ce n'est pas tout :

Le 11 septembre 1848, la discussion sur l'étal de siège s'engage de nouveau à l'occasion de la proposition de M. Grespel de Latouche, et de la proposition modificative de M. Charamaule : que fait le gouvernement? Il persiste opiniâtrement à réclamer comme indispensable le maintien de l'état de siège.

A la rigueur, le maintien de l'état de siège pouvait se concevoir avant le vote des lois d'août 1848 contre les clubs el les journaux ; mais après le vote, comment Texpliquer, comment le justifier? Quel nom donner à la conduite et au langage tenus par le gouvernement dans la séance du 2 septembre, dans la séance du 4 septembre, dans la séance du 11 septembre, el enfin dans la séance du 11 octobre 1848?

Voyez jusqu'où va l'inconséquence de M. Cavaignac ! Elle va, le 11 septembre, jusqu'à faire rejeter comme insuffisante la proposition de M. Charamaule, laquelle investissait la magistrature du droit exorbitant de suspendre les journaux, et, le 19 octobre, un mois après, le gouvernement vient déclarer qu'il n'a pas besoin pour sa défense de cette arme terrible.

Ayez donc foi en ses aflirmations, en ses prévisions, en ses principes !

@74 fS4S.

A^'ez donc foi en un gouvernement qui, du 9 août au 19 octobre, en est déjà à sa troisième loi contre le droit de discussion, loi présentée la veille du jour où la Constitution va être votée, et où l'Assemblée va passer à la rédaction des lois organiques, parmi lesquelles une loi définitive sur la presse figure au premier rang!

Peut-on pousser plus loin Timprévoyance et l'incapacité? Peul-on faire descendre plus bas Tesprit d'expédients?

Cela dépasse assurément tout ce qu'on a vu aux époques les plus déplorables, sous les ministères les plus faibles ; ainsi s'explique comment chaque vote de confiance accordé à ce gouvernement n'est jamais que le prélude d'un échec pour le lendemain.

Le National croit-il maintenant qu'il ail bien fait de nous renvoyer au rapport de M. Aylies sur la levée de l'état de siège ?

l£ GOUVERNEMENT LE PLUS PARFAIT.

9 octobre 1848.

Voilà un mois que nous avons reçu les lettres suivantes, voilà un mois que nous hésitons à les insérer !

Le fait ne nous paraissait pas croyable.

Cependant il est vrai. Une nouvelle prière de les livrer à la publicité nous étant adressée, nous n'hésitons plus.

Un homme ainsi jeté à Bicêtre !

Qui peut aujourd'hui se dire et se croire à l'abri d'un pareil traitement, d'un tel excès de pouvoir?

Où nous mènera ce mépris des lois et de toutes les libertés?

Voilà donc ce que le National appelle « le gouvernement » le plus parfait qu'il connaisse ! »

Lisez, lisez, et ne demandez pas qui a signé la lettre, mais demandez-vous oii est la garantie qui vous protège, vous qui lisez, contre un pareil attentat :

A M. Emile de GiranUn,

« Hôpital de Bicêtre, 4 septembre 1848. » La liberté de la presse n'existe plus ! La liberté individuelle a été jadis violée indignement dans votre personne, et elle vient de même de l'être dans la chétive mienne d'une manière tout aussi illégale et peut-être plus ignoblement ; car nos fraternels gouvernants, ne voulant pas me traduire devant les tribunaux, dans la crainte d'un scandale imminent, ont osé renouveler pour moi le sui)plice de JNIézoince, en m'attachant, vivant, jouissant de toutes les facultés de l'intelligence, à des cadavre- gai-

676 tS48.

vaniséà. Aussi ai-je demandé secours à votre illustre ami, Victor Hugo, comme jadis Magalon et Fontan, accouplés aux forçats de Poissy, l'avaient demandé à Chateaubriand.

» J. COMMERSOK. »

.4 .')/. Victor Hugo.

« Bicêtre, 28 août 1848.

» Quand je vous priais, il y a quelque temps, de me pi-èter votre appui près de M. Lockroy pour mon drame des Trente, je ne m'attendais certainement pas à être traité un jour ou l'autre en Pourceaugnac, et à être envoyé, ce samedi 27 août (comme fou), non pas dans l'hôpital aristocratique de Charcnton, mais dans la grande cité de Bicêtre, au milieu de quatre mille pauvres malheureux, frappés de la plus triste des infirmités humaines.

» Quant à moi, qui n'avais fait pourtant que réclamer avec énergie, et après cinq ou six lettres suppliantes, chez M. Vavin, soi-disant liquidateur de l'ancienne liste civile, et où on m'avait appelé, le payement d'un mandat de 150 fr. que je tenais, le 11 février, de la bonté du roi, et que je n'avais pas touché alors, pour cause d'absence de Paris, en arrivant sur le préau du susdit hôtel, j'y ai confessé ma folie en crayonnant les vers ci-joints, dont je vous prie d'accepter l'hommage.

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