‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856Chapitre 186 sur 199 · LE GOUVERNEMENT LE PLUS PARFAIT. 6T · texte numérisé non relu

LE GOUVERNEMENT LE PLUS PARFAIT. 6T

Puisque Philippe, aujourJ'liui sans prestige,

Demeure encore l'objet de mes re-pects.

Or, vous, amis, qui connaissez ma vie,

Dont plus d'un trait pourrait me faire honneur.

Gardez-vous bien de plaindre ma folie,

Car ma folie est pour moi le bonheur!

29 octobre 1848.

La publicité sort encore à quelque chose... Elle a servi à faire n)cltre en libeité, après cinquante-sept jours de la détention la plus arbitraire et la plus odieuse, un pensionnaire de l'ancienne liste civile, M. Commerson, que l'on avait jeté à Bicétre. en affirmant qu'il était fou parce qu'il avait soutenu qu'il avait faim.

De deux choses l'une : ou il était fou, et alors pourquoi Ta-t-ou relâché? ou il n'était pas fou, et alors pourquoi Ta-t-on conduit et retenu pendant deux mois à Bicètre ? Cest là un fait grave, éminemment grave ; il touche à la liberté de tous les citoyens , il intéresse la société tout entière: il ne doit donc pas rester impuni.

On lit dans le Moniteur :

IT novembre ISiH.

(I La Presse parle de l'arrestation prétendue arbitraire du sieur Commerson, lequel aurait été, en violation de la loi, déposé et retenu comme aliéné à l'hospice de Bicètre, sans que son état mental ait été l'objet d'un examen légal. Il résulte, au contraire, des informations prises, que le sieur Commerson a été soumis à une double visite médicale, et reconnu pas les hommes de l'art en proie à l'affection cérébrale comme sous le nom d'eraltalion maniaque. C'est cet état, judicieusement et judiciairement constaté, qui a motivé la mesure prise vis-à-vis du sieur Commerson. »

Alors, si le sieur Commerson était en proie h une exaltation qui ait motivé son arrestation, d'où vient qu'il ait été relAclié ? On ne dira pas que c'est le traitement qu'on lui a fait subir (jui l'a guéri, car il s'est formellement refusé à le suivre.

Au surplus, voici la plainte qu'il vient d'adresser à M. le ministre de la justice et à M. le procureur-général :

« Paris , 29 octobre 1848.

» Citoyen ministre,

» Le citoyen Joseph Jacques Commerson, membre de l'Université, homme de lettres, a l'honneur de vous exposer que, le 24 août 1848, aj'antété invité à se rendre, pour a^aires^ chez M. Vavin, liquidateur de l'ancienne liste civile, et ayant réclamé avec énergie le payement d'un mandat de 150 francs échu le 11 février 1848 , il a été conduit par la garde au poste de la place Vendôme, où il est resté six heures en état d'arrestation, sans intervention (contrairement à la loi) d'aucun commissaire de police; que, conduit ensuite, rue Godot-Mauroy, chez un fonctionnaire de cet ordre, il a été interrogé, trouvé sans armes, etc. (ainsi que le constate un procès-verbal tout en sa faveur); que néanmoins, ayant été amené, par mesure provisoire seulement, à la Préfecture de police, il a été interrogé de nouveau, et de là conduit à Bicêtre comme atteint d'aliénation mentale.

« Le soussigné, quoique n'ayant jamais eu la moindre atteinte de ce mal; quoique jouissant toujours et pleinement de son libre arbitre; quoique ne donnant, pendant sa détention à Bicêtre, aucune preuve de la maladie à lui imputée; quoique considéré par tout le personnel de l'hôpital, depuis M. le directeur jusqu'aux plus humbles garçons de salle, et même par les fous dont il était devenu, pour plusieurs, un ami bienfaisant, a été détenu, arbitrairement et sans cause légale, cinquante-sept jours par le sieur Delassiauve, médecin en chef de la susdite maison.

» En conséquence, comme il importe que sous la République un citoyen quelconque ne puisse pas être encore embastillé par caprice; comme il y a des lois contre la séquestration, comme la liberté est la vie de tout homme de cœur et d'intelligence, le soussigné, aujourd'hui libre, et voulant poursuivre le sieur Delassiauve par tous les moyens de droit, vous prie de recevoir sa plainte à laquelle il est déterminé, dans l'intéiêt public, à donner la suite la plus opiniâtre.

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