J. COMMERSON
» Rue NeuveRichelieu-Sorbonne, 3. »
De toutes les semences, l'arbitraire est la plus féconde ; semez-en un grain, il en poussera non pas un épi mais une gerbe ; de toutes les plantes, l'arbitraire est la plus vivace ; où elle a pris racine, un siècle suffit à peine pour l'arracher. Le National le reconnaîtra plus tard... trop tard.
KOPTIMISME REPUBLICAIN.
19 octobre 1848.
Le National accuse la Presse de pousser au renversement de la République. S"il est un journal qui mérite ce reproche, ce n'est pas la Presse, c'est le Xational ; oui, c'est le Nalional, et la Presse va le prouver.
Comment le Journal des Débats a-t-il contribué si puissamment au renversement de la monarcliie de 1830 ? En la précipitant dans une voie funeste au lieu de la retenir. Comment le Xational conduit-il la République à sa perle? En la faisant rouler sur la pente où il aurait dû Tarréter.
Jusqu'au 24 février, le Journal des Débats a joué le jeu du Xational ; depuis le 24 février, c'est le Xational qui joue le jeu du Journal des Débats.
C'est ce qui s'appelle être beau joueur et donner la revanche. Vraiment ! le National souhaiterait le retour de la monarchie qu'il ne s'y prendrait pas autrement.
Quel était le moyen de fonder la République, de la consolider, de la faire vivre et fleurir ? C'était de protéger la sécurité de tous et la liberté de chacun ; c'était de subordonner les faits aux principes, au lieu de sul)ordonner les principes aux faits; c'était d'effacer toutes les démarcations de partis ; c'était enfin de se souvenir, au pouvoir, de tous les engagements qu'on avait pris dans l'opposition.
Eh bien ! qu'ont fait les républicains?
Au lieu de rassurer, ils ont menacé.
Au lieu d'étendre les libertés, ils les ont restreintes.
Au lieu de respecter les lois, ils les ont violées.
Au lieu de défendre les principes, ils les ont désertés.
Au lieu de dissoudre les partis, ils ont resserré plus étroitement encore le cercle des coteries.
Au lieu de renouveler le pouvoir, ils ont ressuscité Tarbitraire.
Il n'est pas un scandale, un abus, un travers, un excès, une turpitude, une dilapidation, un anachronisme, un ridicule, une palinodie, qu'ils n'aient dépassés.
Ils ont donné le spectacle le plus dégoûtant de la plus dégoûtante curée, et le spectacle le plus risible des plus risibles vanités.
Qu'a fait le National pour empêcher son parti de verser ainsi dans l'ornière de tous les pouvoirs les plus compromis, les plus violents, les plus aveugles ?
Rien, rien, rien,
11 a tout justifié !
11 a justifié :
La suppression de la liberté de la presse ;
La suppression de la liberté indi\ iduelle ;
La suppression de toutes les garanties judiciaires instituées en faveur des prévenus ;
La suppression du droit de défense des accusés ;
La transportation, sans débats contradictoires, de citoyens arrêtés souvent sans examen et sans cause.
Il a trouvé tout simple que le régime de la légalité disparût complètement pour faire place au régime de l'arbitraire.
II a trouvé tout simple que ces mots : Ordre et Liberté fussent effacés pour y mettre Violence et Inconséquence.
Il a trouvé tout simple que l'Algérie n'ayant pas été assimilée à la France, la France fût assimilée à l'Algérie.
II a trouvé tout simple que le droit (h^ réuninn. au nom
LOPTIMISMF. RÉPUBLICAIN. 681
duquel s'étail faite la révolution de Février, rentrât sous les jiavés d'où il était soiti.
H a trouvé tout simple (jue l(\s Uépuhlieains n'eussent pas d'autre politique iiltérieure (pie la politi(|ue de Tétai de siège de 1832, et d'autre politiiiue extéi'ieurequela polit iquo du droit de visite et du traité de 1842.
11 a trouvé tout simple que son ancien rédacteur en chef, M. Armand Marrast, après avoir accepté les fonctions de rapporteur du projet de Constitution, votât contre la nomination du président de la République par le suffrage uni- \crsel.
11 a trouvé tout simi)Ie. entii^. après le 2i fe\rier. tout ce qu'il avait trouvé l)làmable avant.
La Presse a-l-elle ti'ouvé l)lànial)te (•e(iu"ell(> avait trouvé simple ?
Non.
La Presse est restée sous la Réjiuljlique ce (ju'elle avait été sous la Monarchie : indépendante, modérée et sincère.
Sous la Monarchie, la Presse avait en toute occasion pris énergiquement la défen.se de toutes les libertés, liberté de la pensée, liberté de l'enseignement, liberté individuelle ; sous la Républicjue, la Presse n'a fait que continuer de les delondre.
Sous la Monarchie, la Presse avait toujours été opposée à tout arbitraire : sous la Réi)uljlique. la Presse ne Ta pas trouvé plus excusable.
Sous la Monarchie, la. Presse a\ail proteste en laveu!' d'" M. de Lamennais ; sous la République, la Presse a égali'nirp.! protesté en faveur tie M. de Gen.oude.
Sous la Monarchie, la Pirsse a\ait été le jouiMial de l'amnistie; sous la République, elle n'a pas changé de lùle : cWr a demandé, elle demande encore l'anmistie pour les insurgés de juin, pour les insensés de mai. pour les nn'nistres de février. Toute amnistie est une simplification. La force trempée dans la générosité accpn'erl la vertu du fer (|ui se cliange en acier. L'anmistie est le seul droit dont aucun jKiuvoir n'ait jamais abusé. Poui'ipioi ? Parce ({ue l'amnistie
est un droit d'essence divine. Le pouvoir qui fut magnanime peut être vaincu, mais jamais humilié. Qui l'injurie le relève, qui l'attaque le sert ! La majesté de la clémence est indélébile. A Claremont, si l'on a une consolation, ce doit être d'avoir signé l'amnistie du 13 mai 1836, et la grâce du condamné Barbes ; si l'on a un regret, au contraire, ce doit être d'avoir promulgue la loi du 10 avril 1832, bannissant à perpétuité deux familles tombées du trône.
Sous la Monarchie, la Presse avait appuyé l'abrogation des lois de proscription; sous la République, la Presse n'a pas démenti son passé, et, si elle avait eu une voix à THôtelde-Ville et à l'Assemblée nationale, c'eût été non seulement pour s'opposer à ce qu'aux anciennes lois de proscription on en ajoutât une nouvelle, mais encore pour qu'aucune ne survécût à la révolution du 24 février.
Sous la Monarchie . la Presse avait itérativement insisté pour que la liberté fût rendue au prisonnier de Ham, et qu'il fût fait droit à la pétition du frère de l'empereur Napoléon, demandant que la fa\ eur lui fût accordée de venir mourir en France; sous la République, la Presse n'apas trouvé qu'il fût plus juste de traiter le génie comme on ne traite pas le crime, car la loi ne punit pas dans le fils la faute du père, dans la sœur la faute du frère, dans le neveu la faute de l'oncle.
Sous la Monarchie, la Presse avait constamment professé que la politique, désormais, ne devait plus avoir d'autres bases que la justice et la raison; sous la République, la Presse n'a pas changé de convictions. Sa foi politique est restée la même.
La Presse^ il est vrai, et elle en convient, a attaqué les hommes, les faux républicains : mais a-t-elle attaqué un seul principe qui fût vrai ?
A l'occasion de la présidence de la République, avec quel journal la Presse a-t-elle marché d'accord ? Avec la Réforme. C'est qu'à moins d'erreur il n'y a pas de boime foi sans logique.
La logique voulait qu'il n'y eut pas de président de la