‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856Chapitre 193 sur 199 · LE LUXE · texte numérisé non relu

LE LUXE

-M octobre 1848.

Pour lendre aux iniluï^lrios de luxe la salutaire impulsiuu qui leur manque depuis plusieui'S mois, est-il nécessaire, comme le Siècle paraît le croire, de donner à ceilains fonctiuiuiaires des traitements qui leur permettent de prodiguer les dîners, les bals et les concerts ?

D'accord avec Montesquieu, niius n'hésitons pas à répondre négativement. Ce n'est pas ainsi . par exception et par artifice, que l'on rendra de l'essor au conunerce. N\)n: c'est par la sécurité : or. c'est un assez mau\ais lUoNcn île la Taire renaître que d'exposer un gouNcrniMnent faible à des coups qui ne pi'uvcnt ipie l'alVaiblir encore.

Faites que le gouvernement ait en lui-même toutes les conditions île force et île durée, et ne vous occupez pas du surplus. Ce n'est point parce (piil sera simple et economi' (pi'il mettra obstacle ;» la reprise du travail, de la prospérité et du luxe; au contiaire. Plus il sera simple et économe, et plus la conliani'c en lui s'établira l'apiilement. La conliance établie, tout le reste ira tout seul. Les riches qui ne dépensaient plus ilépenseront de nouveau; les travailleurs qui avaient cessé de travailler travailleront ; lesétrnn-. gers (]ui s'étaient éloignés reviendront. M. Armand Marrast. avec de bonnes intentions sans d<tule. a fait aux branches de commeri'c (pril voulait encouragcf plus do mal (pie de

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bien, en déversant sur le gouvernement un ridicule et une impopularité dont la République aura grand'peine à se relever.

Chaque nature de gouvernement a des condilions qui lui sont propres, et il est tout aussi insensé à la démocratie de vouloir s'affubler en monarchie qu'à la monarchie de vouloir se travestir en démocratie. Les guenilles ne vont pas plus aux gentilshommes de la royauté, que les manchettes aux parvenus de la République. Si le régime démocratique n'est pas du goût de M. Armand Marrast, s'il aime tant la poudre, les mouches, les jabots, les fêles, les bals, les concerts, les petits soupers, les grands galas, les sérénades, le spectacle en grande loge, le faste et la magnificence, rien n'empêche M. Marrast de revenir à ses premières opinions; mais tant que la République vivra, et qu'il aura l'honneur d'être revêtu d'un caractère officiel, il fera sagement de renoncer à la prétention d'attirer dans ses salons une autre société que celle qu'il y reçoit.

Aux États-Unis, où la souveraineté du peuple n'est pas seulement un principe, mais un fait, le président de la République habite une petite ville déserte, et les fonctionnaires publics vivent sans représentation. Le luxe n'est pas dans le gouvernement, il est dans la société ; le gouvernement ne fait absolument rien, ni pour l'encourager ni pour le contenir.

Quand donc comprendrons-nous, en France, que la tâche du gouvernement, et surtout d'un gouvernement démocratique, doit se borner à bien administrer le pays, à l'administrer avec conscience , ordre , simplicité . vigilance et économie !

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