NECESSITE D'UN CONGRES EUROPÉEN
miques, nynnt pour objet : le développement des travaux publics, ramélioration du sort des classes ouvrières, l'allégcmcnl des impôts, la stabilité du crédit, etc.; qu'il insiste; et si sa voix n"est pas écoulée des gouvernements, elle sera entendue de tous les peuples et recueillie par un écho sympathique!
Déjà en Prusse, à Cologne, ce cri a été poussé : Plus iVarmée permanente !
Ce cri, il ne faut pas le laisser tomber, il faut le porter aux quatre coins de l'Europe.
Réduction successive et générale de toutes les armées de terre ;
Réduction de la marine militaire, et foimalion d'une flotte commune destinée à la répression des délits maritimes ;
Telle est la pensée qui doit dicter à la République française toutes ses notes, toutes ses communications, tous ses discours.
Prompt désarmement ou conflagration terrible, telle est l'étroite alternative dans laquelle est placée aujourd'hui l'Europe.
Elle ne peut se le dissimuler à elle-même ; le moment est donc venu de sortir de l'ornière diplomatique ! Partout le salut de Tordre est à celte condition.
« l'as de guerre avec la France ! S''il faut opter entre les » Français et les Russes^ marchons avec la France contre la » Russie! » Ainsi s'expriment les étudiants de Munich dans une adresse au roi de Bavière. Ils sont l'écho de toute l'Allemagne; ils sont l'écho de tous les peuples. Que ce cri pacihque dissipe donc l'erreur qui a coûté à la France trois milliards depuis 1830! Le désarmement de la Paix est le salut de l'Ordre. Si l'on veut que tous nos grands travaux publics commencés ne soient pas suspendus , c'est à l'économie seule qu'il faut demander des ressources. Une éco-
nomie considérable ne peut s'obtenir que par la réduction de l'armée. Les armées les plus nombreuses ne sont pas les plus fortes : ayons une armée qui soit faible parle nombre, mais forte par le choix. Cela est possible ; il ne s'agit que de bien choisir les officiers généraux chargés de mettre en application le principe de Végèce, confirmé en ces termes par le maréchal de Saxe : a II vaut mieux avoir un petit nombre » de troupes bien cnlretenues et bien disciplinées, que d'en » avoir beaucoup et qui ne le soient pas ; ce ne sont pas » les grandes armées qui gagnent les batailles, ce sont les » bonnes. »
10 mars 1848.
Ce qui presse :
C'est d'empêcher que, dans toutes les fabriques, dans toutes les usines, dans tous les chantiers, dans tous les ateliers, le travail s'arrête, afin que Tordre ne soit point mis en pci'il, afin ([ue TEtat n'en soit pas réduit, par les nécessités les plus impérieuses, à la ruineuse et tardive extrémité de créer, à défaut de travail régulier et productif ayant forcémenl interrompu son cours, un travail factice et onéreux, tel que celui qui consisterait à faire exécuter des terrassements par des tailleurs, des tapissiers, des passementiers, n'ayant jamais manié que l'aiguille, des doreurs et des peintres n'ayant jamais tenu que le pinceau, c'est-àdire par les mains les moins rudes et les moins exercées.
Ce qui presse :
C'est de venir énergiqucmenl et sans retard, soit par une coptribulion extraordinaire perçue d'urgence, soit par une large émission de bons du Trésor, soit par un prêt important de la Banque de France, soit par l'ouverture d'une grande souscription nationale, soit par l'adoption de tout autre moyen de crédit de la nature de celui que nous avons indiqué sous ce nom : Bons de travail, au secours de l'industrie et du commerce, condamnés à l'impuissance par l'impossibilité d'escompter les meilleures valeurs, d'em-.
prunter sur consignation de marchandises, sur les gages les plus solides, les moins douteux.
Ce qui presse :
C'est de faire comprendre au crédit qui a disparu qu'il s'expose à plus de périls par la peur que par l'audace ; que ce n'est pas en allant changer furtivement l'argent en or et en le cachant qu'on le sauvera ; mais, au contraire, en le jetant bravement dans la circulation, et en ne le retirant pas des maisons de banque où il est en compte courant, des caisses d'épargne où il est en dépôt ; en gardant avec confiance ses actions déprimées, en ne vendant pas ses inscriptions de rentes, qui, pour valoir moins en capital, n'en produisent pas moins les mêmes arrérages, etc., etc.
Ce qui presse :
C'est de rétablir partout la confiance au-dedans comme au-,dehors ; le gouvernement provisoire la rétablira promptement s'il se conduit en gouvernement national, et non en gouvernement exclusif; en gouvernement du pays, et non en gouvernement de cotei"ie.; s'il sait s'affranchir des sympathies et des exigences'de parti ; s'il ne fait que des choix que l'opinion publique approuve ; s'il tire de l'obscurité, où il ne doit pas rester, le mérite, mais s'il y laisse l'incapacité qui n'en doit pas sortir ; s'il ne se prive pas inconsidérément et injustement de concours éprouvés, pour leur préférer des concours inexpérimentés ;s'il proscrit les abus et non les personnes ; s'il se hâte de réduire toutes les dépenses exagérées, de supprimer toutes les dépenses inutiles.
Ce qui presse :
C'est de se servir, sans hésiter, de la dictature temporaire du gouvernement provisoire pour résoudre toutes les grandes questions quune assemblée, composée de 900 membres, sera à peine en état de discuter, pour cueillir toutes les solutions qui sont mûres.
Ce qui presse :
C'est de profiter, dans l'intérêt de tous , de l'effroi de chacun.
Ce qui presse :
C'est de montrer qu'il n'y a pas de pouvoir plus fort que celui qui s'établit par-la liberté.
Go qui presse :
Cesl de désarmer l^us les souverains, en rassurant tous les peuples.
Ce qui presse :
C'est d'insister sur la nécessilé de la formation d'un Congi'ès européen appelé à délibérer sur les questions posées h tous les gou.vernements par l'essor industriel, et à jeter les bases d'un nouveau droit des gens.
Ce qui presse :
C'est de simplifier l'appareil compliqué de notre centralisation administrative ; c'est de centraliser la centralisation: c'est de lui donner, par l'unité, la force qui lui manque. Moyeii : — réduire à trois le nombre des ministres secrétaires d'Etat : I. ^linistre des recettes ; II. Ministre des dépenses ; ]\l. Ministre dirigeant. Lu comptabilité n'a que trois termes : Doit, Avoir, Balance. L'industrie et le commerce se bornent à trois opérations : Achat, Vente, Profits ou Pertes. Fractionnés tels qu'ils sont, les départements ministériels sont, au pouvoir, ce que seraient les cinq doigts de la main, détachés tle la paume d'où ils tirent la force et le mouvement. Les ministres ont des bureaux et des hôtels, mais le gouvernement n'a pas de siège. Ce qui est arrivé en 1830, le 29 juillet, et en 18i8, le 2i février, l'atteste assez. Le 24 février, quand le salut de la monarchie allait dépendre de l'emploi d'une heure, on ne savait à qui donner un ordre ; tous les ordres se croisaient ; on ne savait pas même où-faire imprimer une proclamation! Aujourd'hui encore, on fait jierdre aux intérêts les plus graves, les plus menacés, un temps précieux , un temps irréparable ! Du ministère du commerce, rue de Varennes, on les renvoie au ministère des linances, rue de Rivoli ; du ministère des finances, on les engage à retourner au ministère des travaux publics, rue Saint-Dominique, ou à l'IIôtel-de-Ville. Les ministres ont-ils à prendre une décision urgente? Ils
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ne savent où se retrouver; et, quand ils se retrouvent, de nouvelles préoccupations survenues leur fout oublier ce qu'ils avaient prémédité de se dire. C'est ainsi que nous avons vu, pendant quinze ans, le pouvoir fonctionner, ce pouvoir qui s'appelle orgueilleusement : la centralisation I Imaginez un vaisseau qui fait eau, une chaudière laissant échapper la vapeur par une fuite ; vous étonnerez-vous de l'explosion ou du naufrage?
Ce qui presse :
C'est d'abandonner toutes les idées fausses et exagérées qu'on s'est faites en matière de gouvernement; le gouvernement ne doit être que le premier et le j^lus vaste des ateliers. En conséquence : suppression de tous les états-majors inutiles, de tous les rouages superflus, de tous les frottements qui sont une déperdition de force ou un ralentissement d'activité ; adoption de tous les procédés économisant le temps, facilitant le travail ; division du travail par l'augmentation du nombre des directions générales, et la création d'un second degré dans la responsabilité ministérielle. Le ministre répond de ses choix ; les directeurs généraux répondent de leurs actes.
Ce qui presse :
C'est d'envoyer à Londres un homme capable, étudier comment la sûreté publique y est si parfaitement garantie, nuit eX jour, par l'admirable institution des policemen, afin d'alléger au plus tôt le service de la garde nationale. Il importe do ne pas abuser du patriotisme, car on s'exposerait au danger de l'épuiser, de le décourager.
Ce qui presse :
C'est d'entrer sans hésitation et sans retard dans la voie des économies les plus larges, afin d"aller, par là, au-devant de la diminulion des produits indirects, à laquelle il faut s'attendre, et de trouver, dans des économies administratives, le moyen d'opérer les réformes financières que le changement de régime a i"cudues impérieusement nécessaires.
Ce qui presse :
C'est de préparer le l)udget des recettes et des dépenses, qui devra être soumis aux délibérations et au vote de l'Assemblée nationale.
Ce qui presse ■
C'est de supprimer l'amortissement, qui fonctionne onéreusement sans arrêter la baisse des o, 4 1/2 et 3 0/0.
Ce qui presse :
C'est de bien fixer ses idées sur le caractère des impôts, de le bien définir, afin de les asseoir désormais sur les bases les plus solides et les plus équitables , afin de ne pas s'exposer à supprimer un impôt qu'on devrait conserver, et^à conserver un impôt qu'on devrait supprimei'.
Ce qui presse :
C'est de mettre h l'étude toutes les questions économiques, attaquées ou repoussées par l'ignorance, la paresse et le dédain de la bureaucratie.
Ce qui presse :
C'est d'abaisser tout ce qui, à l'extérieur, fait obstacle à la consommation , et rend impossible la vie a box marché, selon l'expression de M. de Lamartine.
Ce qui presse :
C'est de mettre à profit la gravité de la situation, pour restituer à l'État l'exploitation des canaux et des chemins de fer, qu'il n'aurait jamais dû abandonner. L Etat le pourrait facilement, en oflrant purement et simplement à toutes les compagnies de canaux et de chemins de fer, achevés ou en cours d'exécution, de se dissoudre, et à tous les détenteurs d'actions de ces compagnies d'échanger leurs titres d'actions contre des inscriptions de rentes 3 0/0, cours pour cours, plus une bonification qui pourrait être débattue et accordée. Exemple : les actions d'Orléans étant cotées à 950 fr., celles du Havre à 250 fr., et le 5 0/0 valant 56 fr., le porteur de dix-huit actions d'Orléans serait admis à acheter pour 9,500 fr. de 3 0/0 au cours de 56 fr., payables en la remise de ses dix titres d'actions ; le porteur de dix actions du Havre serait admis à acheter pour 2,500 fr. de 3 0/0 au mémo cours, payables de la même manière.
Deux directions générales seraient immédiatement créées : 1. Une direction générale des canaux: II. Une direction générale des chemins de fer, lesquelles pourraient être confiées au président du conseil de celle des compagnies dont les actions se sont soutenues au cours le plus élevé.
Ce qui presse :
C'est d'étendre et d'appliquer ces mêmes principes à l'expropriation, non-seulement pour cause d'utilité publique, mais pour cause de salut public, aux exploitations qui ont pour objet Textraction des combustibles minéraux et la fabrication du sel ; car si on ne se hâte pas, l'antagonisme entre l'intérêt public et l'intérêt privé, compliqué, aggravé par la question des salaires, ne tardera pas à éclater et à revêtir des formes qui peuvent être terribles.
Ce qui presse :
C'est de ne pas trop se complaire dans des proclamations dont l'autorité va chaque jour s'aflfaiblissant par le nombre.
Ce qui presse, enfin :
C'est de ne pas se bercer dans l'optimisme.
L'optimisme a perdu la monarchie ; il ne faut pas que l'optimisme perde la République.
Une réunion de compositeurs tj'pographes a eu lieu pour demandevl'éiabWsssementdebibb'othéquea communales. Idée prématurée ! Avant de créer des bibliothèques communales, il faut deux choses :
Des bibliothèques;
Des lecteurs.
Ce qui presse, c'est une bonne loi sur l'instruction gratuite. Les bibliothèques communales viendront plus tard. Il faut planter l'arbre avant de songer à ses fruits. Ne discréditons pas les idées justes par l'alliage des idées fausses.
Il nous revient que le gouvernement provisoire aurait
l'intention de confier la garde du tombeau de l'empereur Napoléon à son frère Jérôme, qui serait nommé gouverneur des Invalide?. Ce serait une noble pensée , à laquelle on ajoute que le digne maréchal Molitor, présentement gouverneur des Invalides, aurait été le premier à applaudir et à se rallier.
12 mars 1848.
Le fruil greffé sur la tige choisie avec le plus de soin n'est pas à l'abri du ver.
Le grain de froment le plus sain est exposé à l'offense du charançon.
Les plus nobles productions du génie et du talent ont toutes passé par la critique la moins juste avant d'arriver à Tadmiration la plus durable.
Les plus légitimes succès sembleraient n'être pas complets, si, à la tète de leur cortège, ne chevauchaient pas l'Envie et la Calomnie, ces deux sœurs jumelles nées d'une marâtre qui s'appelle l'Impuissance.
Ne nous étonnons donc pas qu'à nos intentions les plus droites on prèle des mobiles qui n'ont jamais existé, à nos paroles les plus sincères une fausse arrière-pensée, à nos actes les plus simples un but imaginaire.
N'y voyons pas une injure, mais un hommage.
Les épreuves ne nous ont pas manqué, et le peu que nous sommes, nous le devons à nos détracteurs : ce sont eux qui nous ont exercé à la luKe.
Les 25, 26 et 27 février 1848, quels ont été les premiers cris sortis de ce journal ? Trois cris de ralliement :
coxfiaxce ! confiance !
La République!
Pas de régence!
Nous l'avouons, nous avons omis d'ajouter :
Pas Henri Y !
Pourquoi ?
Est-il donc nécessaire de le dire? — C'est qu'à la vue de ce trône brisé sous l'éclat d'un pavé, la pensée que le retour d'Henri V fût possible ne s'est pas même présentée au seuil de notre esprit.
Une seule idée nous dominait ; elle nous domine encore : Nécessité impérieuse de s'unir, danger de se diviser en présence de tant de questions redoutables à résoudre, de si grands travaux à accomplir, de si nombreux abus à chasser, de si difficiles épreuves à traverser, de tant d'exigences à modérer, de tant d'erreurs à combattre, de tant de défiances à vaincre !
Nous n'avions pas concouru à préparer le triomphe de la République, cela est vrai; nous étions sincèrement attaché au gouvernement représentatif, et toute notre conduite a toujours été dictée par cette conviction profonde que le progrès seul pouvait le sauver, que l'optimisme le conduisait à l'abîme.
Combien de fois ne l'avons-nous pas dit !
A combien de railleries et de calomnies noire sincérité ne nous a-t-elle pas exposés, sans qu'elles aient jamais réussi à faire fléchir notre indépendance et mentir notre langage!
Aujourd'hui encore, nous gardons cette conviction que, si un souffle du peuple a suffi pour renverser deux fois en trente-trois ans le gouvernement 'représentatif, et faire évanouir cette double fiction constitutionnelle de l'inviolabilité royale et de la responsabilité ministérielle, cela ne pruuve pas que le gouvernement représentatif ne fût pas bon ; cela prouve seulement qu'il a manqué d'hommes qui sussent le comprendre et le pratiquer.
Que ce soit par cette cause ou par une autre que le gouvernement représentatif ait succombé, nous ne pensons plus à lui et nous ne le regrettons pas. A l'activité de notre esprit, l'immensité de la tâche, Tim-
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mensité des difficullés, rimmensité des périls de la République vont mieux.
Nous avons plus vécu par la pensée, en ces quinze jours, que nous n'avions vécu en quinze ans.
Assurément, la République n'a pas été faite pour nous, mais nous sentions que nous avions été fait pour elle. Aussi n'avons-nous qu'une crainte, c'est qu'on ne la compromette ; qu'une préoccupation, c"est d'empêcher toute atteinte qui pourrait Taffaiblir, toute souillure qui la flétrirait.
Et cependant c'est nous que le besoin de créer des suspects, — car toute révolution comme toute invention a ses contrefacteurs. — transforme en conjurés d'Henri Y!
Cruelle dérision !
Serait-ce donc pour nous faire souvenir que nous sommes fils unique de nos œuvres, que nous n'avons pas hérité du nom que nous portons, mais que nous l'avons péniblement conquis; que la légitimité, enfin, manque à notre naissance, qu'on aurait trouvé plaisant de faire de nous un apôtre de la légitimité!
Qu'est-ce donc que nous aurions à gagner au rétablissement d'une cour ?
Si on le peut, si on le sait, qu'on le dise !
Des satisfactions de vanité '? — Nous n'avons jamais eu le temps d'être vain. Il faut à la vanité beaucoup de loisirs, et nous avons une activité inexorable qui ne nous en laisse pas.
De l'argent? — Mais il n'y a pas encore un mois qu'un million en un mandat sur la Banque de France nous était oiîert par quatre combinaisons qui se disputaient la direction du journal dont nous possédons la moitié de la propriété ! Nous n'avions qu'à choisir entre quatre propositions, nous les avons toutes refusées : on le sait : le fait a été de notoriété publique.
D'importantes fonctions qui nous seraient promises ! Mais nous croirait-on donc aveugle ! ne voyons-nous pas bien en ce moment que ce ne sont pas les fonctions qui manquent aux hommes, que ce sont les hommes qui manquent aux fonctions !
Imaginez donc des calomnies moins ingénieuses et plus vraisemblables !
La calomnie s'est fait entendre, c'est à la vérité maintenant à s'exprimer.
Nous allons maintenant vous la dire :
Nous ne croyons pas au retour d'Henri V ; mais savezvous ce qui pourrait jamais nous y faire croire ? ce serait vous!
Oui, ce serait vous!
Ce serait vous, si au lieu d'éclairer le peuple vous le flattiez; si au lieu de s'adresser à sa haute raison, vous ne vous adressiez qu'à ses passions ; si au lieu de veiller sur la liberté comme un frère sur sa sœur, pour qu'elle se conserve pure, vous la précipitiez dans l'ivresse d'elle-même ; si au lieu de vous souvenir que cinquante-cinq ans séparent ces deux époques : 1793-1848, vous oubliiez que l'humanité et la civilisation ont marché ; si au lieu de faire du progrès, vous faisiez du plagiat; si au lieu de semer l'union entre tous les peuples, vous semiez la guerre ; si au lieu de puiser la force dans la liberté de la plume et dans Texpansion de la pensée, vous puisiez la force dans le despotisme du canon et dans la persuasion de la mitraille !
Sachez-le : le monde dans ses combinaisons est moins varié qu'il ne le paraît : les mêmes fruits sept portés chaque année par les mêmes arbres ; les mêmes conséquences sont ramenées par les mêmes causes; les mêmes expiations rappellent les mêmes fautes.
L'aveuglement qui a égaré le g /uvernemcnt de 1830 est le même aveuglement qui avait perdu avant lui le gouvernement de 181o. Tous deux sont tombés sur une question contestée de légalité équivoque.
La Restauration, en 1814, n"a dû son retour qu'il la lassitude de vingt années de guerre, et qu"à la terreur gravée dans tous les souvenirs par des excès contre lesquels la République de 1848 ne saurait trop se prémunii-, dans l'intérêt de son avenir plus encore que dons rintérêt de son honneur.
Par les mêmes écarts seraient produites les mêmes réactions.
Le comte de Chamhord et le comte de Paris, la légitimité et la Régence, n'ont de chances que celles que vous leur créerez.
Le journal la Commune de Paris, qui paraît avoir pour la Presse une véritable prédilection, nous agace en ces termes :
« Depuis quelques jours, nous dit un des citoyens les plus » considérables et les plus considérés d'une commune voi- » sine de Paris, cette commune est envahie par une multi- » tude d'ouvriers, ou prétendus tels, qui se font inscrire à la » mairie à raison de 1 fr. oO c. par jour. Le soir venu, ils se » répandent dans les rues aux cris de : Vive Henri V ! et il » n'est pas rare de voir certains d'entre eux dépenser une » somme vingt fois plus forte que celle allouée par la mairie. » D'où leur vient cet argent? Évidemment de ceux qui, » dans l'ombre, les excitent à crier : Vive Henri V ! mais » sans se mettre jamais, selon leur bravoure ordinaire, à » la tête de ceux qu'ils soudoient. Les aristocrates craignent » les horions.
» Que les habitants de Paris soient donc prévenus de » ce qui se passe. Qu'ils n'oublient pas un instant que les » partisans de la régence et de la légitimité sont seuls ca- » pables et coupables de ces excès.
» Nous livrons à la Presse les réflexions qui précèdent. » Elle ne manquera pas, nous en avons l'assurance, de flé- » trir aussi énergiquement que nous d'aussi lâches menées, » et peut-être reconnaîtra-t-elle qu'il lui importe, dans l'in- » térêt de sa dignité, de ne pas donner, même le plus invo- » lontairement possible, un prétexte de trouble à ces che- » valiers de la nuit. »
La Commune de Paris est une ingrate ! Comment, dans un moment où l'argent est aussi rare, il y a des partisans
d'Henri V et du comte de Paris qui distribuent des pièces de 20 francs ! et on menace d'aussi braves gens qui rendent un si grand service à la circulation monétaire ! Mais, loin de les menacer, il faudrait les encourager à redoubler en leur délivrant pour chaque pièce d'or qu'ils distribuent une médaille de cuivre avec ces mots :