MAJORITÉ ET MONARCHIE
16 marà 1848.
A il/, le rédacteur de la presse.
« Monsieur, » Vous dites :
« Les rédacteurs de la Démocratie pacifijue ti-ancbent une question dont 0 nous doutons qu'ils aier.t bien mesuré toute la portée.
» Ils disent :
» La MAJORITÉ même ne saurait imposer une monarchie.
B S'il arrivait cependant, la rareté du travail étant devenue si grande, » la miîère si générale, la faiblesse du pouvoir si manifeste, — que l'As- » semblée nationale constituante, élue en vertu du décret promulgué par e le gouvernement provisoire, ne vît d'autre terme à mettre à l'auarcbie » que de rétablir la royauté en proclamant la régence, jetterait-on à l'eau « la MAJORITÉ ou la raitraillerait-on ?
» La question est bonne à poser.
» Nous la posons.
» Nous enregistrerons les réponses. »
» Nous répondons : 'Son., cette question n''est pas bonne à poser.
» Poser cette question, c'est laisser croire qu'elle peut se présenter. Laisser croire qu'elle peut se présenter, c'est irriter la défiance, aigrir et armer les esprits et les disposer à la lutte.
» Nous disons • Proposer la monarchie, ce sei'ait donner Iç signal de la guerre civile ; nous disons encore : Le con-
MAJORITE ET MONARCHIE. Ito
trat républicain est lu.iversel, sou! il ne confisque rien du droit reconquis, seul il ne prend rien ni sur le principe du droit national, ni sur celui du droit individuel; il est donc de droit; et comme il est aussi de fait, il ne peut plus, il ne doit plus êlre mis en question par personne. Voilà ce que nous disons.
» A qui adressons-nous ces paroles? — Au bon sens et à la conscience de nos concitoyens.
» Et quel est notre but en parlant ainsi ? — Il est bien visible. Notre but est de montrer que l'amour de l'ordre et de la paix, aussi bien que l'amour de la liberté et le respect du droit de tous, s'accordent, dans les circonstances actuelles, pour faire repousser toute idée de remettre la monarchie en question.
» Il ne faut donc pas, suivant nous, admettre la possibilité d'une majorité, dans l'Assemblée nationale, capable de voter une confiscation du droit de la majorité et un signal de guerre civile. Cette hypothèse seule est dangereuse le lendemain d'une révolution.
» Agréez Tassurance de notre bonne et loyale confraternité.
» Les rédacteurs de li Démocratie pacifique. »
A MM. les rédacteurs de la Démocratie pacifique .
« Messieurs,
» J'ai posé la question; mais cette question, qui l'avait provoquée?
» Qui, par ces paroles : « l\ majorité même ne saurait » imposer une monarchie, « a admis la possibilité, l'hypothèse de l'existence de cette majorité dans l'Assemblée nationale ?
» N'est-ce pas vous ?
» Pourquoi donc consulte-t-on la nation, si ce n'est pas pour avoir son avis ?
» Pourquoi donc proclame-t-on une Liberté plus étendue, si ce n'est pas pour en avoir une moins restreinte?
» Qui donc a le droit de substituer l'intolérance et l'infaillibilité d'une opinion individuelle à l'épreuve et au vote de la souveraineté nationale?
» La nouvelle loi électorale, œuvre du Gouvernement provisoire, pouvait-elle être plus large, à moins qu'elle n'admît les mineurs et les forçats, les enfants et les femmes ?
» Soyez conséquents !
» Je crois l'être, lorsque je dis que ceux qui donnent le signal de la guerre civile sont ceux qui mettent la menace à la place de la discussion, l'intimidation à la place de la corruption, l'arbitraire, le mot dictature serait trop noble, à la place de la Liberté.
« Ce n'est pas ainsi que vous convaincrez.
» Ce n'est pas même ainsi que vous intimiderez.
» Vous ne réussirez qu'à révolter toutes les consciences, qu'à éveiller tous les courages.
» C'est par un défi imprudent que la royauté de 1830 est tombée.
» Que soq expérience vous serve !
» Point de défi.
» Et quand je parle ainsi, je ne suis pas suspect, car mes trois premiers articles, signés de mon nom en toutes lettres, ont été ceux-ci :
» confiance! confiance!
» la république !
» pas de régence !
» Si j'avais voulu de la Régence, savez-vous ce que j'aurais fait? — J'aurais conseillé au gouvernement de la République française :
» De ne pas craindre de se montrer exclusif, intolérant ;
» De ne pas se laisser arrêter par les mots de coterie et de réaction;
» D'essayer de l'intimidation et de la terreur;
» D'accaparer toutes les places, d'en prendre chacun trois plutôt qu'une seule;
MAJORITE ET MOxNARCHIE. 117
» D'imposer à la garde nationale des chefs repoussés par elle;
» De ne pas perdre son temps à choisir ses commissaires et ses agents, d'accepter les premiers s'ofl'rant.
» De soulever des questions qu'il était impuissant à résoudre ;
» De ne s'occuper que des détails ;
» De négliger les grandes mesures ;
» De ne pas hâter le jour des élections générales et de la convocation de l'Assemblée nationale ;
» De faire, enfin, beaucoup de circulaires comme celles de M. Ledru-Rollin.
» Tout régime a ses ultra ; c'est par là qu'il péril ; c'est par ces derniers mots que je termine cette réponse, en vous priant d'agréer aussi l'assurance de ma bonne et loyale confraternité. »
ni.
Nous n'avons pas porté de défi.
Nous en avons relevé un.
Nous voulons être républicains par conviction.
Nous ne voulons pas être républicains par intimidation.
Quands ils parlent ainsi, les rédacteurs de la Presse n'expriment pas seulement leur opinion, ils sont l'écho de tous les hommes de cœur.
Us défendent la liberté.
Ils protestent contre la violence.
Leur indépendance est le gage de leur sincérité.
Nos lecteurs et le pays tout entier jugeront entre les sentiments que nous venons d'exprimer, et ceux consignés dans la lettre qui suit :
« Vous dites, monsieur, que vous enregistrerez les réponses à une lettre de la Démocratie pacifique oii il eit dii :
« La MAJORITÉ même ne saurait imposer une monarchie. »
» Je n'ai pas l'honneur d'appartenir à la rédaction de la Démocratie pacifique ; je n'ai même pas celui d'être de ses adhérents.
» Mais il m'est impossible de laisser passer, sans y répondre, un déti porté aus opinions anti-monarchiques.
» Moi, monsieur, vépublicaiTi pur depuis dix-sept ans, je vous déclare, au nom de tous mes co adhérents (et ils fOnt nombreux), que In royauté a fini son temps eu France, et que si une majorité malencoi.'treuse essayait de la re-susciter, elle verrait la nation en appeler de rAssemblée abusée à la nation éolairJe.
» PersonnelJemsnt, 77!'ji fii-«;i(, nul ne régnera en France.
» XAr. jiiNOT d'abka>;tès, »
Nous ne savons pas quels sont les rédacteurs do la Commune DE Paris, Moniteur des Clubs ; mais ils doivent être de nos amis, si nous en jugeans par la franchise de l'interpellation qu'ils nous adressent en ces termes :
« Avant de souffiir que régence ou monarchie s'implan- » tent de nouveau en France, on nous aura passé sur le » ventre h tous. Vous sentez-vous de force à le faire, à le y> tenter seulement?
» Nous sommes explicites, et M. de Girardin nous donne » le droit de lui en demander autant. Naus posons donc la » question à notre tour en nous adressant à lui-même :
» Êtes-vous au nombre de ceux qui conspirent sourde- >) ment pour avoir la régence ? la désirez-vous ?
» La réponse doit être faite, ce nous semble, par oui ou » par non, sans phrases.
» Nous demandons encore à M. de Girardin: «Êtes-vous » compris dans les conciliabules légitimistes, par l'ordre » desquels on fait une haute paye de douze francs par se- » maine aux ex-serge uts-de- ville et autres héros ejusdem » farinœ ? » Cette solde est donnée dans certain hôlel du » faubourg Saint-Germain.
» Njus enregistrerons les réponses. »
Interpellation catégorique; — Réponse catégorique:
« Cunspirez-vous sourdement pour la régence ? » — Non •
ni sourdement, ni même ouvertement, ni de fait, ni d"ia-
tenlion.
« La désirez-vous? » — Non;. ce que nous dcSTons uni-