ORGANISATION DU CRÉDIT
Celui-là pressant TElal d'ouvrir des ateliers sociaux ;
Celui-ci pressant l'État de racheter tous les monopoles dont il n'aurait jamais dû se dessaisir;
Tous les deux comprenant que de même qu'il n'est qu'un moyen de se rendre maître du feu qui a allumé un vaste incendie, c'est de lui faire largement sa part, de même il n'est qu'un moyen d'empêcher une révolution de tomber dans les excès, c'est de ne pas lui marchander ses droits.
Notre première préoccupation, notre premier mot ont été ceux-ci : Quel travail donner à toutes ces mains qui agitent des drapeaux, brandissent des sabres, sont armées de fusils ?
Quel travail leur donner qui profite à l'État en raison de ce qu'il lui coûtera?
C'est alors que nous avons pensé tout de suite au rachat des chemins de fer par l'État, au moyen d'une conversion des actions, soit en inscriptions de rente 3 0/0, soit en billets à rente; conversion dont il n'y avait rien de j)Ius simple que d'arrêter équitablement les bases, puisque toutes les valeurs solidaires ayant subi la même dépréciation, il suffisait de prendre pour arbitre, soit le cours du jour, soit le cours du 2o février.
h Acquéreur des chemins de fer^, l'État inscrivait sur toutes les lignes ces mots magiques : Propriété nationale, et, bannière et musique en tète, dirigeait immédiatement sur les chemins en cours d'exécution tous les travailleurs sans travail, au lieu de les envoyer au Champ-de-Mars ; Paris n'était pas troublé dans sa sécurité; le crédit ne recevait que de légères atteintes et n'expirait pas sous des coups mortels.
Jamais idée fut-elle plus simple ?
Gomment néanmoins a-t-elie été accueillie?
Des actionnaires aveugles se sont mis à crier h la spolia-
tion ! Cl)mment, on vous achetait vos actions au cours, pour ce qu'elles valaient, et on vous les payait en 3 0/0 au cours, pour ce qu'il valait lui-même, et vous n'avez pas craint de dire qu'on vous dépouillait .'Non-seulement on ne vous dépouillait pas, mais on vous sauvait! Sachez-le bien, il n'y a plus de compagnies assez puissantes par elles-mêmes pour discipliner, en temps de révolution, une armée de travailleurs ! Ce n'est pas une vérité dangereuse que nous dévoilons, c'est un fait accompli que nous constatons; le fait s'est déjà produit hier sur une grande ligne de chemin de fer ; demain il se produira sur d'autres lignes ou dans l'intérieur des mines. Le respect du peuple pour ce qui porte ou ce qui prend le titre de Propriété nationale est la seule force assez imposante désormais pour protéger les grandes exploitations d'utilité publique, tels que les chemins de fer, les canaux, les mines, les sels, etc. Ce que vous niez aujourd'hui, vous serez forcé de le reconnaître demain; mais, pour que l'évi- . dence apparaisse à vos yeux, faudra-t-il donc que le désordre ail allumé ses torches ?
Comment, vous voyez le peuple , dans l'impétuosité de ses emportements, s'arrêter avec respect devant un seul mot qu'il épelle , car c'est à peine si on lui a appris h lire, Propriété nationale, et ce fait lumineux ne vous éclaire pas comme un fanal placé près de l'écueil! Et ce fait ne vous avertit pas que là est le salut de l'avenir !
Non-seulement il est à désirer que l'État soit le plus tôt possible en possession des cliemins de fer, des canaux, des mines, etc., mais il est encore a souhaiter qu'il ne tarde pas à se substituer à l'Hypothèque. C'est en se substituant à l'Hypothèque qu'il assurera la Propriété. Assurer! Tout est dans ce mot, qu'on ne saurait trop méditer. C'est en se substituant à l'Hypothèque que l'État parviendra à rendre à la Propriété, sous forme de dégrèvement d'intérêt, l'équivalent de ce qu'il va être forcé de lui demander à litre de surcroît d'impôt.
Il se peut que les idées que nous venons de rappeler déconcertent les idées en circulation , frappées au millésime