LES PAROLES DUN ^'OYANT
pei'to de l;i plus belle couronne, de la couronne de Charleniagne, d'Henri IV, de Louis XIV et de Napoléon.
Mais ([u'importe que les événements donnent raison h toutes nos prévisions? Nos prévisions empêchent-elles les événements de s'accomplir? Nos prévisions vérifiées donnent-elles à nos avertissements précoces une autorité salutaire? Non; elles ne servent qu'à grossir la masse des inimitiés (|u"lunn'('useni('nt nos épaules portent fort légèrement ; elles ne ser\ eut qu'à épaissir la litière des absurdités que nous foulons sous nos pieds.
Ce ne sont plus maintenant la Royauté, le Ministère et la .Majorité qui nous mettent à leur ban; Royauté, Ministère, Majorité ont fait la cruelle épreuve de la valeur de ce mot mensonger: La din^ee.' dans la bouche de l'impuissance et de la servilité. Royauté, Ministère, Majorité, qui se croyaient inébranlables, ne sont plus que des ruines.
Sait-on aujourd'hui qui se fait l'écho des mêmes attaques, des mêmes défiances? — Ce sont tous les grands intérêts que nous voulons sauver, et qui, pour vouloir se sauver à leur guise, s'exposent à se perdre.
Il y a des habiles qui ne craignent pas de dire que nous donnons à TÉtat des conseils qui menacent des fortunes privées ; il y a des imbéciles pour le croire et pour le répéter.
Que les imbéciles se rassurent ! Il n'y a pas à craindre que nos conseils soient adoptés. Le jour où l'on reconnaît qu'ils étaient sages, il n'est plus temps de les suivre. Conseiller, c'est voir; or, rien n'est plus changeant (ju'un point de vue; un nuage l'obscurcit, un souffle le dérange.
Le 25 février 1848, la confiance ne demandait qu'à naître dans tous les esprits. On l'a laissée languir et s'éteindre.
Le 4 mars, le Trésor avançait l'époque de payement des arrérages du semestre échéant le 22 mars. Trois jours après avoir proclamé son abondance, il déclarait sa détresse.
Le 7 mars, à l'entrée de la Bourse, la rente 3 0/0 ouvrait à 97 fr. oO. Le 27 mars, elle était à 60 fr.
Chaque jour qui s'est écoulé depuis le 25 février est venu
aggraver la situation; de bonne elle est devenue mauvaise; de mauvaise elle est devenue pire; où s'arrètera-t-elle? A l'extrémité de la pente, à l'abîme. On y roulera d'autant plus vite qu'on se fera plus d'illusions. S'il est encore un moyen d'y échapper, c'est de s'arracher violemment des yeux le bandeau qui les couvre. Par la ruine on court à la banqueroute; par la misère on retournera à la barbarie! M. de Lamartine a la même confiance en sa parole qu'avait M. Guizot dans la sienne ; M.Ledru-Rollinne diffère de M. Duchâtel que par moins de retenue dans les instructions qu'il donne à ses agents, relativement à la manière de s'assurer une majorité ministérielle compacte et dévouée. Étrange aveuglement que celui qui place le sort de la France dans le chiffre et le vote d'une majorité ! Quand la majorité aura proclamé la République, fût-ce à l'unanimité, qu'aura-t-elle changé à ce qui est? N'avons-nous pas la République? Ne souhaitons-nous pas de la conserver? Un pays en danger ne se sauve pas par des votes, il se sauve par des idées ; il ne se sauve pas par une assemblée, il se sauve par un homme. Réunu' une majorité pour avoir des idées, c'est mettre le compas entre les doigts du maçon et la truelle dans les mains de l'architecte.
On croit ainsi gagner du temps, on en perd.
Perdre le temps, c'est nous perdre.
Presque toujours les victoires trop faciles sont les préfaces d'un revers.
Tout grand succès qui n'a pas coûté un grand effort se paye par un grand sacrifice.
Le 25 février, on a cru qu'une révolution qui s'était faite en trois heures, avec un seul mot : Réforme ! n'était qu'une révolution politique, on s'est trompé. La révolution était sociale.
Deux hommes l'ont tout de suite jugée ce qu'elle était. L'un, membre du Gouvernement provisoire, M. Louis Blanc ;
L'autre, rédacteur de la Presse., celui qui écrit ces lignes