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LE DÉCRET DES GILETS BLANCS

était le rapporteur avait conclu au rejet de la proposition. Dans la discussion qui eut lieu à la Chambre le 7 février 1838, le président mit aux voix la proposition ainsi conçue :

a Personne ne sera admis dans l'enceinte réservée aux B députés s'il n'a le costume officiel. «

Aucun membre ne se leva en faveur de la proposition. On rit, dit le Moniteur; la Chambre décida que l'habit ne faisait pas le député, que le caractère du représentant ne dépendait pas d'un costume, mais du mandat donné par les électeurs.

Dans la discussion, M. de Lamartine prit plusieurs fois la parole.

Il s'exprima ainsi :

« La question est futile en apparence ; si vous aviez nn costume antique, national, traditionnel, comme l'Angleterre a son sac de laine et sa malle, je vous dirais : Gardez les.... Mais 89 et 1830 ne vous ont laissé que le costume libre et individuel, le costume symbole du nivellement de \os institutions

» Pourquoi l'Assemblée constituante prit-elle le costume du tiers-état? C'est que c'était l'habit de cette niasse opprimée de la nation dont l'Assemblée constituante prenait en main la cause, et qu'elle voulait faire prévaloir, au nom de l'égalité devant la loi, sur les costumes qui caractérisaient alors la féodalité ou les inégalités de condition. Voilà la raison véritable.

« Cela dura pini, et quand l'égalité fut établie par la législation, l'Assemblée i-eprit le costume univer.-el, le costume national de tous les citoyens.

» On vous cite aujourd'hui la Convention ; mais quand la Convention l'evêtit ces insignes militaires et terribles, c'est qu'elle n'était plus un corps législatif, c'est qu'elle avait USURPÉ, concentré en elle tous les pouvoirs ; c'est qu'elle était le gouvernement et l'armée, la nation armée elle-même, et qu'un corps dont les membres pouvaient lancer d'un geste quatorze armées à la frontière, et dans des jours à jamais odieux envoyer d'un mot à la mort, étaient d'assez terribles fonctionnaires pour que leurs fonctions fussent écrites sur leurs habits ! Voilà pourquoi la Convention eut un coilume !

n .... Vous dites encore : Mais les Chambres de l'empire? Et moi je vous dis que la pensée de l'empire et de ses assemblées muettes, chamarrées de broderies, était une pensée anti-représentative ; c'était la pensée du despotisme, qui ne veut laisser que l'ombre des réalités représentatives.

» Non, je le répète, vous n'avez pas de prétexte pour adopter nn autre habit que celui de vos commettants.

» Ne prolongeons pas cette discussion, ne faisons pas dire à l'Europe qui vous regarde, à la France qui attend, que, tandis que les plus graves affaires du pays étaient en souffrance, la France oubliait une heure les grands intérêts du moment pour délibérer sur le choix d'un frac ou d'un habit ! »

A ces éloquentes paroles que pourrions-nous ajouter?

La nouvelle Convention se préparerait-elle, selon l'expressfon de M. de Lamartine, à nous « envoyer d'uti mot à la mort? » Dans le nouveau costume prescrit, faudrait-il voir un sinistre présage?

Non; pour l'honneur du gouvernement provisoire, qui depuis deux mois exerce la dictature dont il s'est emparé, nous préférons croire que ce décret n'est qu'une mystification dont le National a été la dupe.

3 mai 1848.

Le décret qui règle la constitution provisoire et définitive de l'Assemblée nationale porte, article 18 : « Le rcprésen- B tant du peuple qui aura obtenu le plus grand nombre de T> suffrages sera déclaré président. »

La présidence d'une Assemblée délibérante de 900 membres, dont quelques-uns seulement ayant fait partie déjà d'Assemblées législatives, ne sera pas un vain honneur; ce sera une laborieuse et difficile tâche !

Si la majorité de l'Assemblée nationale fait bien, elle ne donnera à cette élection aucun caractère, aucune couleur politique; elle se bornera à choisir celui de ses membres qu'elle saura le plus capable d'exercer une fonction aussi importante, qui exige une aptitude spéciale, une expérience acquise, une présence d'esprit soutenue, une autorité déjà éprouvée.

Élire pour président un membre n'ayant jamais présidé une Assemblée législative, ce serait évidemment choisir au hasard.

Par ce qui s'est passé à la Chambre des députés dans la séance du 24 février 1848, on a pu juger de l'importance, pour une Assemblée, d'avoir un président qui sût maintenir l'ordre de ses délibérations et faire respecter la dignité de la représentation nationale.

Quelque sévères que fussent les vérités que nous avons fait entendre, quand, au nom de l'avenir gravement menacé, nous insistions pour que la majorité ministérielle ne préférât pas aveuglément M. Sauzet à M. Dupin, ces vérités, l'expérience l'a cruellement prouvé, n'étaient pas assez sévères encore.

Il n'est pas inutile de faire remarquer que ce n'est qu'après que le président de l'Assemblée nationale aura été élu que les membres du gouvernement provisoire résigneront leurs pouvoirs.

Aucun d'eux ne saurait donc aspirer à la présidence de l'Assemblée, et ne pourrait être élu sans qu'il résultât la confusion de deux pouvoirs essentiellement distincts : le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif.

5 mai 1848.

Même exactitude h la nouvelle Assemblée nationale qu'à l'ancienne Chambre des députés. L'heure de la séance avait été fixée hier à midi : à une heure seulement le président d'âge prend possession du fauteuil, et c'est à peine si deux cents membres sont présents.

Comme à la Chambre des députés, on lit le procès-verbal ! Pourquoi un procès-verbal ? — A qui et à quoi cela sert-il, si ce n'est à perdre du temps au commencement de chaque séance, à payer des traitements inutiles et des frais d'impression ruineux ? Est-ce que le Moniteur universel n'est pas le plus complet et le plus exact des procès-verbaux? Ne sortirons-nous donc jamais d'aucune des ornières du passé ? Si l'on peut nous donner une seule bonne raison pour la conservation de l'usage d'écrire un procès-verbal fastidieux que personne n'écoute, que personne ne lit, que personne ne consulte, que personne ne conserve, nous consentons à passer condamnation. C'est de l'argent, beaucoup d'argent stujiidement dépensé ; employez-le donc utilement ; employez-le a avoir une imprimerie où 40 com-

positeurs auront converti en épreuves corrigées les feuillets des i'éuiseurs dix minutes après que les orateurs seront descendus de la tribune. Ces épreuves pourraient être remises d'heure en heure à tous les journaux qui les enverraient chercher; de la sorte les départements auraient un compte-rendu des séances qui leur en donnerait une idée un peu moins inexacte. S'il y a dans l'Assemblée nationale un représentant doué d'un peu de ce gros bon sens qui est si rare en France, nous l'engageons à demander deux choses : premièrement, la suppression du procès-verbal, et l'étabhssement d'une imprimerie dans l'une des cours du palais de l'Assemblée nationale.

La vérification des pouvoirs s'est continuée au milieu d'une confusion que nous renonçons à décrire.

Enfin, après un certain nombre de rapports, l'Assemblée a procédé à Félection de son bureau.

Bien que M. Trélat eût été très vivement appuyé par le National et par la Réfonne, c'est M. Bûchez qui a été nommé président, sous l'active influence, dit-on, de M. Marrast.

ffl.

6 mai 1848.

Les peuples changent de gouvernements , mais ils ne changent pas de caractère. Nous venons d'assister à la séance de l'Assemblée nationale, et si la nouvelle salle n'avait pas eu une autre forme que l'ancienne, en vérité, nous nous fussions cru encore à la Chambre des députés.

Même gaspillage de temps, même esprit de détails minutieux; et cependant quelles circonstances furent jamais plus grandes, plus solennelles, plus décisives !

Le gouvernement provisoire s'était fait annoncer à une heure précise; il était plus d'une heure et demie quand il est arrivé ; il était plus de deux heures quand M. le président du gouvernement provisoire est monté à la tribune pour y lire le discours dans lequel il annonce que le gouvernement provisoire a accompli sa tache.

Nous aurions beau jeu si nous voulions, en cette circonstance, imiter les journaux qui étaient hostiles au régime constitutionnel, et que le discours royal mettait si fort en verve d'ironie ; nous ne le ferons pas ; nous honorons le caractère de M. Dupont (de TEure), et nous croyons qu'il y a mieux à faire, en ce moment, que de se livrer à des récriminations et à des sarcasmes.

Inutile de commenter ce discours. Ce que nous croyons devoir dire, c'est qu'il a été accueilli par des cris répétés de: Vive la République ! partis de tous les bancs de l'Assemblée.

Cette manière de proclamer la République n'était pas la moins bonne ; de telles acclaniations valent bien un vote.

Ainsi, l'on peut dire dès aujourd'hui que la question de la République est pleinement tranchée. Aucune lutte n'est à craindre ; il n'y a plus à craindre que le suicide.

C'est à la République à éloigner d'elle ce danger en n'appelant à elle que les hommes les plus capables, en se légitimant par ses œuvres.

7 mai 1848.

On nous demande pourquoi, dans la fm du compte-rendu de la séance de vendredi, l'orateur est indiqué par ces mots LE CITOYEN , ct sculcmcnt par une m. dans le ccmpte-rendu de la séance d'hier samedi ? — Pourquoi, nous dit-on, cette disparate dans le même numéro?

Réponse : C'est que la fin du compte-rendu de la séance de vendredi a été puisée dans le Moniteur, attendu Timpérieuse nécessité où se trouve la Presse de ne plus pouvoir rien admettre dans ses colonnes après neuf heures du soir.

Maintenant, si l'on veut savoir pourquoi nous n'avons pas employé la désignation employée par le Moniteur, c'est que nous croyons qu'il y a quelque chose de plus pressé que de réformer les mots et d'imposer les modes, c'est de réformer les abus et de réduire les dépenses.

Il nous paraît puéril de créer à la République des résistances inutiles.

Elle a bien assez de difficultés à vaincre !

12 mai 1843.

Les peureux sont rassurés ; ils n'ont plus peur!

Pourquoi ?

Parce que l'Assemblée nationale a voté un article par lequel son président est investi du droit de requérir la foixe armée, et de s'adresser directement à tous officiers, commandants ou fonctionnaires, qui sont tenus d'y obtempérer immédiatement sous les peines portées par la loi.

Voilà donc l'Assemblée nationale bien gardée !— Oui, contre rinvasion de la rue et de l'émeute ; mais quelle est la barrière qui la protégera contre l'invasion de l'intrigue et de Tincapacité ?

L'Assemblée nationale a fait hier ce que ferait un propriétaire des bords de la Loire ou du Rhône, qui la veille de l'inondation assurerait sa maison contre lïncendie.

De tous les dangers qui menacent l'existence de la République, le plus grave n'est pas celui dont on s'effraie, c'est celui dont on ne s'effraie pas ; ce ne sera pas par la voûte qu'elle périra, ce sera par le toit ; ce ne sera pas par l'anarchie dans la rue, ce sera par l'impérilie dans le pouvoir.

13 mai 184^.

Il est un fait qui donne la mesure de ce que la France, la liberté, la civilisation doivent attendre de l'Assemblée nationale.

L'Assemblée nationale se compose de 900 membres, représentants du peuple.

Leur tâche consiste :

1° A doter le pays d'une conslitulion qui reconnaisse tous les droits et règle tous les devoirs du citoyen ;

2° A transformer rinipôt de telle sorte, qu'il agisse comme l'éperon et non plus comme le frein : qu'il active la production et la consommation au lieu de les retenir;

3° A fonder la République sur des bases solides ;

4° A creuser le lit du torrent démocratique, pour en utiliser la force et en empèclier les ravages.

A quoi songent les 900 représentants?

Est-ce h se munir chacun d'une idée juste ?

Non.

Us songent à se faire apporter 900 fusils.

Telle est la confiance qu'ils ont eux-mêmes dans leurs propres boules qu'ils les mettent sous la protection des balles.

Une seule idée juste cependant les eût plus efficacement protégés que 900 fusils.

La force ! la force ! toujours la force !

Les députés s'appellent représentants du peuple, la Monarchie s'appelle République !

Voilà tout.

Les noms ont changé, l'esprit est resté le même.

14 mai 1848.

Tous les journaux sont unanimes à s'élever contre le temps si précieux que perd l'Assemblée nationale en détails futiles.

Voilà neuf jours qu'elle siège!

Qu'a-t-ellc fait ?

Elle s'est livrée à une vérification des pouvoirs de ses membres, vérification complètement illusoire !

Elle a reru les démissions des membres du gouvernement provisoire, démissions qu'elle n'aurait dû accepter qu'après le vote du budget et qu'après leur avoir demandé de lui rendre un compte précis de soixante-douze jours de dictature et de tant de millions dilapidés !

Elle a converti en gouvernement intérimaire le gouvernement provisoire !

Elle a décrété des reniercîments avant d'avoir examiné les actes!

Elle a accepté ainsi la solidarité de tout ce qui s'est fait depuis le 24 février, lorsqu'elle aurait dû maintenir avec fermeté le principe de la responsabilité encourue !

Elle a permis que dans les circonstances les plus graves on abaissât la France jusqu'à la formation d'un ministère dérisoire !

Elle a consacré à l'accomplissement d'une telle œuvre plus de 60,000 heures!

Elle a déjà coûté aux contril)ual)les, du i au 13 mai, h raison de 22,300 francs par jour, la somme de 223,000 francs!

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