TROP OU TROP PEU
3 mai 1848
Les douze premières colonnes ûu Moniteur universel sont occupées par des rapports et des décrets qui sont le complément du décret portant abolition de l'esclavage dans toutes les colonies et possessions françaises. En admettant qu'il n'y eût rien de mieux à faire dans l'intérêt des esclaves que ce que vient de décréter le gouvernement provisoire, pourquoi n'avoir pas soumis ces mesures au vote de l'Assemblée nationale? Pourquoi n'avoir pas différé d'un jour? Quelle idée le gouvernement provisoire se fait-il donc de ses pouvoirs et de ceux de l'Assemblée nationale? Où donc est la ligne de démarcation qui les sépare? Si le gouvernement provisoire a le droit de tout faire et de tout défaire, de tout désorganiser et de tout régler, même la forme des gilets, de tout abolir et de tout décréter, nous nous demandons pourquoi, pentiant qu'il était à l'œuvre, il n'a pas décrété la constitution nouvelle? Il en avait tout autant le droit, ni plus ni moins, que de faire tout ce qu'il a fait depuis neuf semaines! Nous nous demandons pourquoi à la fois tant et si peu de scrupules? Ce sont là des questions qui certes ne manqueront pas de lui être adressées à la tri.bune.
Comment y répondra-t-il ?
Pour la plupart des mesures deux prétextes lui manqueront : l'urgence et l'utilité.