partie de la route qu'ils devront faire à pied
» Il faudrait aussi faire avertir l'armée par le citoyen ministre de la guerre de considérer comme nulle et non avenue la liste des candidats qui lui a été envoyée par les commissaires de la Creuse.
» Les ouvriers de Paris nous donneraient deux ou trois mille voix et feraient une aclice propagande ; les militaires nous en donneraient seize cents, et cette masse de votants, qui déciderait, je crois, des succès des candidatures, ÉCRASERAIT les citoyens Sallandrouze et Girardin.
» Signé: CRAMOUZAUD (EUGÈNE). »
« Guéret, 3 avril 1848.
» Citoyen ministre, » Une agitation intempestive, désordonnée, de nos populations ignorantes, imbues d'idées égoïstes, habituées à subir l'influence des notabilités bourgeoises, encroûtées de préjugés vieux comme le temps, une pareille agitation ne produirait que de très regrettables résultats. Lecitoyen Cramouzaud n'a aucune notion de cet esprit de nos populations. Ses projets de propagande révolutionnaire, parfaitement appropriés aux ouvriers des
est donc toul simple qu'étant demeuré complètement passif et ayant itérativement refusé de me rendre dans la
grands centres, produiraient une réaction terrible chez nos cultivateurs, if/noranls et insouciants de leurs droits, sensibles seulement à leurs instincts de cupidité et d'egoïsme. Nous ne doutons pas qu'après les avoir soulevés, il ne fût lui-même obligé à quitter le pays, après y avoir détruit le peu de bien que nous croyons y avoir préparé.
» Les commissaires délégués pour le département de la Creuse,
» Signés : GDISARD, boissier. »
« Bourganeuf, 9 avril 1848.
y> Citoyen ministre, » L'élection m.unicipale de Bourganeuf se fait en ce moment. Si elle est mauvaise, il est possible que nous soyons forcés de la casser et de remettre la municipalité à des hommes de notre choix. A défaut du PRODUIT REGULIER de Vétection, nous sortirons de cette manière des mains de l'homme qui a corrompu ce pays depuis quatorze ans, et le ferons redevenir ce qu'il était avant.
1» Le commissaire général du gouvernement provisoire, » Signé ; TRÉLAT. »
'.11 avril 1848.
» Citoyen ministre, » Tout porte à croire qne nou."; aurons une liste exclusivement et franchement républicaine, en tête de laquelle figurera le commissaire-général citoyen Trélat.
» Je crois devoir vous répéter, citoyen ministre, pour la dixième fois, que toutes les dénonciations qui vous ont été faites contre les commissaires de la Creuse, y compris celle que vous me transmettez aujourd'hui sur le prétendu appui que nous donnerions à la candidature de Sallandrouze et de Girardin, sont un tissu de mensonges, de lâches calomnies, œuvre de quelques intrigants et ambitieux désappointés.
» J'espère, d'ailleurs, que le citoyen Trélat, qui est connu de vous, vous édifiera à ce sujet. Il pourra vous dire que nous combattons avec énergie ces deux candidatures, mais que nous avons dégoût et horrevr, spécialement, de celle de Giraïdin.
» Salut et fraternité.
» Le commissaire delà Creuse, )> Signé : guisakd. »
« 14 avril 184K.
» Citoyen ministre, » Le dernier état de mes observations me prouve que le citoyen Emile de Girardin aura la majorité dans l'arrondissement de Bourganeuf, c'est à dire non loin de 3,000 suffrages. Toutes les mesures de rigueur n'ont fait qu'exagérer les sentiments qui le soutiennent, et je suis convaincu qu'il fallait agir dès le 25 février sur le peuple proprement dit pour rendre Girardin impossible.
« On ne peut plus vaincre Girardin aujourd'hui qu'en jetant dans
« I,A CKKITSK TROIS OU QUATRE MILLE SUFFRAGES AU MOINS. Il faut en
» outre détacher de lui les populations, en prouvant immédiatement aux » pauvres qu'iVs ont beaucoup à attendre des ennemis de Girai'din. » A cet effet, vous ricevrez sous le plus bref délai une liste de bienfaits ]uBie^ à jeter dans le peuple de Bourganeuf.
» De plus, j'ai invité le citoyen sous-commissaire à faire entendre à trois
Creuse, de faire auprès des électeurs aucune démarche, je n'aie réuni que 13,500 voix, quand il m'»n eût fallu lo.oOO
ou (\uatre hommes, ienues et irréprochables du reste, qui se compromettent de plus en plus et par désespoir pour Girardin, qu'il dépend d'eux de se rouvrir les carrières publiques en ne persistant pas.
» Je vous demande de feire immédiatement accorder des fonds pour les ateliers de charité, de faire annoncer que la rouie de Bounjaneuf à Tulle va être montée en relais de poste; entin qu'une malle-poste d'essai parcoure immédiatement la route de Paris à Toulouse par Bourganeuf et Tulle,
» Salut et fraternité.
» Signé : éd. madier de montjau jeune, » Inspecteur-général de la République pour la Creuse , etc. »
« Bourganeuf, 15 avril 1848.
» Citoyen inspecteur général,
» Je me suis concerté, dans lajouniée d'hier, avec ceux de nos compatriotes que je crois le plus sincèrement dévoués au gouvernement républicain sur la marche qu'il conviendrait de suivre pour dominer l'influence dont jouit le sieur Girardin dans le paj s, et réduire autant que possible le nombre de ses partisans. Tous sont d'avis que le but proposé est dilBcile k atteindre dans le court espace de temps qui nous sépare des élections, mais qu'on ne doit rien négliger pour faire ressortir l'évidence du discrédit cil il est tombé à Paris, de la répulsion qu'il inspire aux membres du gouvernement provisoire et aux vrais républicains, et entin de l'impuissance absolue où il se trouve de faire le bien de l'arrondissement. Mais aussi tous pensent que ces résultats ne peuvent être obtenus que par les moyens analogues à ceux que Girardin a lui-même employés pour séduire les chefs du parti qu'il s'est fait et fasciner les masses.
» Ces moyens out été pour les premiers quelques places et beaucoup de promesses, et pour les autres de faibles secours en argent adroitement distribués.
» Il est probable qu'on eu ramènerait un grand nombre en distribuant des secours en argent mesurés, mais multipliés... en faisant à l'hospice de Bourganeuf, qui est très pauvre, u» don suffisant pour renouveler une partie de la literie qui est dans un état de délabrement complet... Il serait bon d'organiser des relais de posle sur la route nationale 140 de Moutargis à Figeac, entre Bourganeuf et TullS.
» Il serait k désirer que quelques-unes de ces mesures ou d'autres fussent prises av'ant les élections; elles seraient appréciées par les travailleurs et contribueraient puissamment à détruire une influence' funeste qui ne se soutient que par des souvenirs qui s'eff'aceront bientôt.
» Le sous-commissaire de l'arrondissement de Bourganeuf, » Signé : laumond. »
« 16 avril 1848.
» Citoyen ministre, » Les citoyens inspecteurs généraux Madier de Montjau et Cholet, passant à Bourganeuf dans la nuit du 13 au 14 avril, s'y sont arrêtés quelques instants pour se concerter avec moi sur les moyens de combattre la funeste influence que le sieur Emile de Girardin exerce depuis longtemps sur le pays, et de détruire, s'il e^t possible, ses chances d'arriver à la représentation nationale. Il a été convenu que je me hâterais de leur proposer dans ce but une série de mesures populaires, et notanunent une listed'ouvriers infirmes, d'anciens soldats sans pensions ni ressources, de veuves pauvres et chargées de famille, etc., etc., auxquels on accorderait de pe-
pour être élu. Je devais ce témoignage public à un département où je n'étais pas né et que j'ai représenté pendant quatorze ans.
N'est pas politique Thomme à qui la politique a le pouvoir de faire une blessure au cœur, d'y semer un dépit, une colère, une rancune ou une injustice.
Je suis averti que les mêmes efforts seront déployés à Paris pour y combattre une candidature à laquelle je suis convié par 24,000 voix, au devant desquelles nul ne pourra dire que je sois allé.
Il suffit que cette candidature ail pris le caractère d'une lutte h outrance pour que je considère comme un devoir de Taccepter.
Je l'accepte donc hautement, publiquement.
Je l'accepte sans illusions.
Ceux qui croient à l'utilité de ma présence dans les rangs de l'Assemblée nationale me flattent et s'abusent.
Je n'y pourrai rien. L'indépendance isole, la vérité contrarie, le courage effraie.
tits secours en leur faisant sentir que la Républi'iue est bonne mère, mais quelle compte sur le concours dévoué de tous ses enfants pour repousser ses ennemis de l'Assemblée qui va bientôt s'occuper de l'organisation du gouvernement populaire et des moyens d'améliorer sensiblement le sort de la classe ouvrière.
» Mais comme le temps presse, qu'il est impossible de dresser, sans le concours des maires de l'aiTondissement, une liste de citoyens pauvres et estimables, que les secours que je réclame pour eux me paraissent uu des meilleurs moyens à employer pour détrôner une popularité qui ne se soutient que par des menées d'argent, je vous prie, citoyen ministre, de mettre à ma disposition une somme de deux mille cinq cents francs au moins, que je diviserai en dons de cinquante francs, et que je ferai distribuer avec h' plus de reteïitissement possible uu moment où le peuple sera réuni autour de l\irne électorale, en réclamant son concours pour en éloigner un homme qui devrait êti'e antipathique à tous les vrais républicains.
» Le sous-commissaire de Varrondissement de Bourganeuf, » Signé : latjmon'd. »
« 27 avril 1848.
» Citoj-en ministre, » Plus de doute: la candidature de Girardin est renversée ; cet insuccès de Girardin a produit un effet immense sur la population de notre départeiuent. N'oubliez pas, citoyen ministre, que c'est la candidature contre laipicUe se sont dirigés presque tous nos efforts.
)) Le commissaire du Qouvernement dans le département de la Creuse,
» Signé : GUISAKD. »
J"ai vu comment s'{*xécute ce qui se discute, comment agissent ceux qui délibèrent.
Les discours sont la fente par laquelle s'échappent, depuis trente ans, toutes les forces vives de notre pays, qui devrait être le premier du monde.
En France, où tant de régimes se sont succédé, les assemblées délibérantes n'en ont sauvé aucun.
Les constitutions qu'elles décrètent, par leur nombre même, prouvent leur impuissance.
Si je n'ai de confiance que dans la justesse des idées mûries par la fermeté du caractère, si je n'ai de confiance que dans le règne de la bonne foi et le gouvernement du bon sens, est-ce la faute de mon esprit? N'est-ce pas celle de l'histoire ?
Je le déclare à Tavance : je n'ai h présenter aucune addition, aucun retranchement à la nouvelle constitution qui s'élabore ; elle sera ce qu'elle sera, je n"en attends rien. Si j'accepte la candidature, c'est uniquement parce que je prévois telle grave conjoncture où, de n'être pas représentant du peuple, peut être une objection qui m'ôte le droit de me jeter dans le gouffre pour tenter de le fermer.
J'entends dire : « Les hommes manquent; » que signifient CCS mots? — Pour être un homme, que faut-il donc de plus que de la rectitude dans l'esprit et de la virilité dans le caractère? N'aurais-je donc ni fermeté dans la conduite, ni justesse dans les idées ? Ne serais-je donc pas un homme ?
Non, cette prétendue stérilité dont la France est accusée n'existe pas.
Être le dernier qu'on essaie, après qu'il sera constant qu'aucun n'a réussi, est la seule ambition que j'aie.
Cette ambition, je l'avoue.
Toute fausse modestie se tait quand parle un dévoùment sincère.
Je brave la raillerie ; si je n'avais pas le dédain de l'injure, je n'en aurais pas l'oubli.
Après tout, ne suis-je pas un passager à bord du navire
qui sombre? En parlant comme je viens de le faire, ne suis-je pas dans mon droit de légitime prévoyance?
Qui pourra le nier ?
Rien ne m'empêche tle m'exprimer librement, car je ne cours pas après un titre trop chèrement acheté au prix de tout le temps qu'il faut perdre à écouter d'oiseuses discussions.
Tout sentiment de vanité personnelle disparaît devant le sentiment d'un péril public.
S'il s'agit simplement de combler le vide d'un siège vacant de représentant du peuple à l'Assemblée nationale, inutile qu'on songe à moi ; je serais un laborieux ouvrier de gouvernement , jamais je ne serai un discoureur ; on peut compter sur moi pour la lutte et l'action, il n'y faudrait pas compter pour une dissertation.
J'ai exposé sans détours et sans arrière-pensée, sans modestie comme sans présomption, le motif de ma candidature ; c'est aux électeurs d'Alger, de Rordeaux, du Havre et de Paris qui m'ont écrit à apprécier ce motif et à peser la conduite qu'ils devront tenir en raison des efforts qui seront faits pour empêcher à tout "prix mon élection, particulièrement à Paris.
S'ils persistent à croire utile que je sois élu, où serait l'inconvénient que je le fusse plutôt deux fois qu'une?
Plus on me donnerait de force, et plus j'aurais le droit d'être ferme et de parler de toute la hauteur des voix que j'aurais recueillies.
Mais il m'importe qu'on le sache bien : si je représente la résistance énergique à toute intimidation arrogante, nul plus que moi n'est opposé à toute réaction occulte ou avouée.
J'étais fermement, sincèrement, logiquement constitutionnel.
Je suis fermement, sincèrement, logiquement républicain.
Autant j'ai peu contribué à l'avènement de la République, autant je désire qu'elle réussisse à faire passer des
proclamations dans les actes, et des lois dans les mœurs, la liberté, l'égalité, la fraternité.
On sait Phistoire de l'œuf de Christophe Colomb.
La République est tout aussi facile à faire tenir debout ; si elle tombe, ce sera la faute des républicains de la veille, qui l'auront mal comprise, et qui auront été chercher leurs inspirations dans le Passé au lieu de les demander au Présent.
C'est par l'exagération, la terreur, la guerre, la banqueroute et la misère, que la République a péri déjà une fois en France; c'est par le bon sens, la liberté, la paix, le crédit et la richesse que la république s'est fondée aux Etats- Unis, où#elle croît chaque année en puissance.
26 mai 1848.
Le nombre des lettres dans lesquelles on félicite M. Emile de Giràrdin d'avoir accepté hautement et publiquement la candidature est tel que, dans l'impossibilité de répondre à chacune d'elles, l'ancien député de la Creuse est forcé de consigner ici l'expression des sentiments que lui font éprouver la multitude de ces encouragements et la vivacité de ces adhésions.
M. de Giràrdin ne s'abuse pas.
Il sait parfaitement que ce n'est pas h sa personne que s'adressent tant de témoignages, mais à ses idées, mais à la double tendance qu'il représente :
Résistance énergique à toute violence, à toute intimidalion du pouvoir, qu'il s'appelle républicain ou autrement ;
Accueil sympathique à toute pensée juste, à toute pensée efficace ayant pour objet et devant avoir pour résultat d'améliorer le sort des travailleurs, sans désorganiser le travail, sans détruire le crédit, sans substituer à l'expérience des siècles l'inexpérience d'écrivains que l'imagination égare et que l'orgueil aveugle.
Ce que personnifie avant tout M. de Giràrdin. c'est la li-
herté de la presse, c'est l'inviolabilité du droit de discussion !
Tant que ce droit n'aura pas été confisqué par la faiblesse des gouvernants, sous un prétexte quelconque de salut public, rien ne sera encore absolument désespéré : — le décret sur l'abolition de la peine de mort, en matière politique, ne sera pas rapporté; l'échafaud, cette préface de la confiscation, ne se dressera pas ; la guerre, ce prélude de la terreur, celte ressource dernière des hommes sans initiative et à bout d'expédients, rencontrera une salutaire résistance.
L'inviolabilité du droit de discussion, c'est le désarmement de la force, c'est la guerre des idées les unes contre les autres, substituée à la guerre les armes à la main ; c'est la guerre intellectuelle nous préservant de la guerre civile !
Non-seulement il ne faut pas s'effrayer des idées, mais, au contraire, il faut les exciter toutes à se produire, justes ou fausses, progressistes ou subversives, applicables ou non.
Comment guérit-on les maladies cutanées, les maladies de la peau ? Ce n"est pas en les répercutant, c'est en facilitant leur éruption. Ainsi doivent être traitées les maladies sociales, les maladies de l'esprit !
Le Français est brave sur le champ de bataille ; il ne doit pas être moins brave sur le champ des idées.
Le gouvernement et la société ne doivent être inexorables que pour réprimer et punir la conspiration occulte et Pagression armée, car agression et conspiration sont d'autant plus coupables que le droit de discussion est plus étendu.
Si le gouvernement de 1830 n'avait pas fermé l'oreille à ces vérités proclamées par Chateaubriand et Benjamin Constant sous la Restauration, le gouvernement de 1830 vivrait encore ! Si la République peut être sauv^ée, ce sera par la liberté de la presse; par le droit de chacun d'exprimer ses opinions, ses sympathies, ses idées, et par le droit de tous de les combattre.
Lorsque, le premier, M. de Girarclln, en mars 1848, n'a pas craint de rompre l'unanimité du silence et de dire aux membres du gouvernement provisoire ce qu'il croyait être la vérité, ce qu'il pensait d'actes qui lui paraissaient des fautes, loin d'en trahir aucun ressentiment, les membres du gouvernement provisoire auraient dû l'en féliciter, car ils n'auraient dû voir dans ce légitime exercice d'un droit qu'un hommage rendu à la République nouvelle.
Comment nous formerons-nous à la liberté, si ce n'est pas en la pratiquant vaillamment?
4 juin 1848.
Le rédacteur en chef du National publie ce matin sa profession de foi adressée aux électeurs du département de la Seine; le rédacteur de la Presse ne doit pas rester en arrière.
Voici la sienne, qui ne sera pas longue :