‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856Chapitre 82 sur 199 · FAUSSE ACCUSATION DE PESSIMISME · texte numérisé non relu

FAUSSE ACCUSATION DE PESSIMISME

autrement le concours qu'on lui prête n'a pour résultat que de le pousser du côté où il penche.

L'appui du Journal des Débais, — qui le niera ? — n'a pas peu contribué à entretenir dans son optimisme le ministère du 29 octobre , et dans ses illusions la royauté de 1830.

Si le Journal des Débats, en mai 1847, au lieu de railler les conservateurs progressistes et leur « futur président, » comme cette feuille appelait ironiquement le rédacteur en chef de la Presse, se fût joint à leurs efforts, ou se fût seulement abstenu, le ministère du 29 octobre 1840 se retirait, la révolution du 24 février 1848 n'éclatait pas.

De même si, dans l'ivresse de sa victoire, le Xational, au lieu d'imiter servilement le Journal des Débats et de nous traiter dédaigneusement, dans son numéro du 5 mars 1848, àlmport'ints, parce que le 4 mars nous avions puiîlié un article intitulé : Orc/anisez-, ne désorganisez pas ; si le .Vational avait attiré tous les concours sincères, tous les concours désintéressés, au lieu de les exclure avec arrogance, la République du 24 février n'en serait pas aujourd'hui où elle en est.

L'esprit exclusif, dédaigneux et railleur, n'a jamais servi de base à rien de grand ni de durable.

C'est parce que Louis XIV et Napoléon ne furent pas exclusifs qu'ils surent être grands ; c'est parce (]ue la Restauration de 1813 et la Révolution de 1830 n'ont pas su se garder assez fermement de l'esprit de coterie, qu'elles sont tombées par leur propre poids, comme l'arbre dont toutes les racines ont été coupées.

Nous avons prédit le même sort à la République.

Avertir, est-ce donc nuire ? Lorsque des ennemis courent à leur perte, les prévient-on ?

11 faut qu'on choisisse :

Ou nous avons été dévoués, ou nous avons été magnanimes. L'un ou l'autre.

19 mai 1848.

Les représentants du peuple qui ont été élus dans plus

d'un département ayant fait connaître leur option , le

moment est venu pour moi de répondre publiquement aux

lettres que j'ai reçues de Paris (1), du Havre, de Bordeaux

(1) Parmi les nombreuses lettres qui ont été adressées à M. Emile du Girardin, nous nous bornerons â citer celle qui suit, de M. Ledagre, président du tribunal de commerce de la Seine :

A M. Emile de Girardin.

« Paris, 12 mai 1848.

» Monsieur,

» Quelle que soit la diversité de leurs doctrines politiques, c'est un fait des plus regrettables que tous les hommes qui possèdent à un degré éminent la science du gouvernement, de la politique et des affaires, tels que M. Thiers, par exemple, et vous, monsieur, n'aient pas leurs places dans la représentation nationale.

» Le département de la Seine-Inférieure s'est di^à emparé de la candidature de M. Thiers ; elle y est suivie des vœux et des espérances de tous ceux qui désirent voir jaillir la lumière dans la discussion.

» Reste vous, monsieur, que beaucoup d'électeurs, qui ne l'ont pas fait, auraient porté sur leurs listes lors des élections dernières, s'ils n'avaient pas cru votre nomination assurée dans la Ci'euse, et, il faut le dire aussi, si vous aviez manifesté quelque volonté de faire partie de la représentation de la Seine.

» Ce n'est pas tout que d'avoir le courage de ses opinions, il faut encore avoir celui de ses ambitions légitimes. Vous avez une valeur de cœur et de capacité qui vous permet de vous présenter à quelque corps électoral

et d'Alger, dans lesquelles on insiste pour queje ne reste pas en dehors de l'Assemblée nationale. Dans la plupart de ces lettres, les électeurs de la Creuse sont blâmés avec une sévérité contre laquelle je dois commencer par les défendre. Ils ne méritent pas le blâme injuste qui leur est infligé; car malgré l'attitude passive (1) et le silence absolu que j'avais cru devoir garder, ma réélectien n'eût pas été un seul instant douteuse si le Gouvernement provisoire n'avait employé, pour la combattre, tous les moyens d'intimidation et de captalion ; s'il ne m'avait pas fait l'honneur d'envoyer contre moi jusqu'à sept commissaires et le double environ d'émissaires, allant de commune en commune, ma démission du 14 février 1848 à la main, dire : « Vous voyez qu'il a » formellement déclaré que, s'il était réélu, il n'accepterait » pas ; lui donner votre voix, ce serait la perdre... »"

De plus lettrés que d'excellents paysans ne sachant pas lire se fussent laissé prendre à cette indigne manœuvre,

que ce soit. Vous devez, monsieur, aux iioiiibreux électeurs de la Seine qui ont, ainsi que moi, récemment associé votre nom sur leurs listes à ceux de la très grande majorité des élus du département, iine déclaration nette, comme vous savez les faire, qui, en ralliant tous ceux qui peuvent songer à votre nomination, les empêcbc d'égarer leurs votes et en assure le succès aux élections complémentaires prochaines.

» LEDAGRE. J)

(1) Aux EUcteurs de la Creuse.

« Le 7 mars 1848.

» Aux lettres que je reçois, particulièrement de Farrondisscment do Bourganeuf, voici ma réponse :

». Les circonstances sont éminemment graves ; elles peuvent devenir périlleuses ; elles élèvent à la hauteur d'un devoir ce qui était un lionneur : la députation.

» Si je suis élu, j'accepterai; mais je ne ferai aucune démarche pour l'être.

» Je n'ai pas de profession de foi à publier, car je n'ai pas un seul mot à rétracter aux trois lettres qui portent les dates des 8, 14 et 15 février 1843, et que j'ai cru devoir réimprimer,, parce que, dans le rapide courant qui emporte trône, Tbarte, institutions, lois, fortunes, les minutes sont des heures, et les jours des mois.

» Je serai ce queje fus ; je n'aimerai pas plus la liberté, et je n'aimerai pas moins l'ordre.

» A qui me dira : Confiance,

» Je répondrai • Dévouement.

D EMILE DE GinAr.Drs. »

360 tS4$.

qui prouve qu'aucun système électoral n'est à l'abri de l'adultération du pouvoir et de l'abus des influences (1). Il

(1) La preuve de cet abus des influences se trouve dans les pièces suivantes, dont les originaux sont dans nos mains :

Lettre de M. Léopold Duras, rédacteur en c/ieftiu National, à M. Elias Regnaull, secrétaire de M, Ledru-Rollin, ministre de l'intérieur. « 15- mars 1848.

» Mon cher Elias, » Occupez-vous de la Creuse, et vite et énergiquement. Je reçois à l'instant une lettre de la Souterraine, que je vous transmets.

» Faites moi dire par Bérard ce que vous pensez de Cramouzaud ; je crois le clioix excellent.

» A vous, L. D. »

Au citoyen ministre de Vintérieur.

« 28 mars 1848.

V Citoyen ministre, » La candidature de M. de Girardin, combattue avec vigueur par les commissaires du gouvernement, trouve à Bourganeuf des défenseurs ardents et dévoués. Plusieurs fonctionnaires, qui avaient pris part aux luttes des partis d'une manière peu convenable, ont dû être révoqués. Il règne aujourd'hui à Bourganeuf une assez grande fermentation. Le conseil municipal de cette ville, composé en grande partjp des amis de M. de Girardin, devra probablement être dissous et reconstitué. M Salut et fraternité.

« Los commis'iaires du gouvernement pour le département de la Creuse,

» Signés : LECLERC , BOISSIEB. »

« Guéret, hôtel Basile, 2 avril 1848.

» Le C(mcours des ouvriers de Paris nous sera nécessaire ; il faut autoriser le C. Malpeyre à nous les envoyer aux frais de la KÉPTTBLiQnE ; ils prendront le chemin de fer jusqu'à Issoudun ou Châteauroux, et de là ils se rendront à pied dans la Creuse. Ils devront être dirisé.s en colonnes DE HTTiT CENTS, qui partiront à deux jours d'intervalle ; ils seront

NOURRIS ET LOGÉS CHEZ l'haBITANT, COMME LES MILITAIRES, dauS la

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