VI. a
Je suis réactionnaire contre toutes les vaines promesses prodiguées depuis trois mois, lesquelles ne doivent aboutir qu'à d'amères déceptions.
Je suis réactionnaire contre toutes les idées fausses, contre tous les anachronismes, contre tous les plagiats que je vois répandre, que je vois commettre.
Je suis réactionnaire contre l'impuissance de la présomption.
Je suis réactionnaire contre les téméraires sans conscience qui, devant savoir qu'ils étaient incapables de rien organiser, n'ont pas craint de tout désorganiser.
Je suis réactionnaire, enfin, contre les traîtres à la civilisation, qui, au lieu de faire avancer le siècle, le font reculer; qui, au lieu de sonner l'heure de la liberté des peuples, sonnent l'heure de la décadence de la France.
Si je n'étais pas réactionnaire, je serais aveugle ; si, voyant ce que je vois, je n'étais pas réactionnaire, je serais un mauvais citoyen.
Je n'accuse pas la République, je n'accuse que les républicains officiels de la veille ; je n'ai jamais rendu responsable de la faiblesse des hommes la forme d'aucun gouvernement.
Il y a quatre mois, nous gravissions avec lenteur la pente qui conduisait à la liberté ; aujourd'hui nous descendons avec rapidité la pente qui nous mènera au despotisme.
Est-ce que je n'entends pas tout ce qui se dit ? Est-ce que je n'entrevois pas déjà dans le lointain la pointe du sabre vers laquelle se tournent les yeux des Alexandre de la démocratie ? Ne sachant comment dénouer le nœud républicain qu'ils ont fait, ils n'ont plus qu'une pensée : — le trancher par le sabre.
C'est cette pensée que je combats.
Je suis « réactionnaire » en juin 1848, comme en novembre 1847 j'étais « traître, » lorsque, avertissant le gouvernement déchu des dangers auxquels l'exposait l'aveuglement de son optimisme, je m'exprimais ainsi : — « traître ! Ce sera
» un journotre gloire d'avoir reçu et mérité V injure de ce » nom. »
On peut donc, sans m'oOenser, continuer d'ajouter à mon nom le surnom de réactionnaire !