ÉLECTIONS DE PARIS DU 8 JUIN
Reeensement général des votes à VHôtel-de-Ville.
Les onze candidats qui ont obtenu le plus de suffrages, et qui ont été proclamés représentants du peuple pour le département de la Seine, sont :
MM. Caussidière 147,400
Moreau 126,889
Goudchaux 107,097
Changarnier 105,539
Thiers 97,394
Pierre Leroux 91,375
Victor Hugo 86,863
Louis Bonaparte . 84,420
Lagrange 78,682
Boissel 77,245
Proudhon 77,094
Les quatre candidats qui ont obtenu le plus de suffrages après les onze premiers, sont :
MM. Thoré 73,109
Kersausie 72,438
Raspail 71,977
E. de Girardin 70,508
20 mai 1848.
L'anarchie n*a jamais été plus proche, le danger n'a jamais été plus grave.
Il y a un mois, la confiance n'existait nulle part ; mais aujourd'hui nous sommes en progrès, la défiance est partout.
Elle est dans l'Assemblée nationale, qui se défie de la Commission du pouvoir exécutif.
Elle est dans la Commission du pouvoir exécutif, qui se défie de l'Assemblée nationale.
Elle est dans la garde nationale, qui assiste l'arme au bras à cette défiance égale et réciproque.
Elle est dans la population, qui n'aperçoit ni un œil qui veille, ni une main qui dirige, ni une voix qui commande, ni une idée qui éclaire.
On s'aborde en se demandant : Où allons-nous ?
A cette question on répond i Qui le sait ?
Tous les visages sont mornes.
Tous les esprits sont abattus.
Les moins inquiets ne sont pas ceux qui tiennent le timon.
Mais où est le mal le plus grave? Faut-il le dire? C'est que d'aucime part on n'a le courage de sa défiance.
On ne s'attaque pas, on manœuvre.
On ne se renverse pas, on se mine.
On invoque tous les noms du calendrier nouveau l'un après l'autre, et l'on finit par les repousser tous ensemble.
Il n'en est plus un seul qui soit un gage, un espoir, un port.
L'autorité est détruite, et la force est absente.
C'est l'anarchie.
Où est le pouvoir ? Nul ne le sait.
Où est le but? on le cherche.
La République aura-t-elle à son sommet, comme aux États-Unis, un président?
Qui?
Comment empêcher un président, ayant à sa disposition une armée de 500,000 hommes, de se proclamer à son gré dictateur, consul à vie, empereur, de choisir entre le rôle de Bonaparte et celui de Monk ?
Aura-t-elle trois consuls ou cinq directeurs ?
Qui? *
Comment empêcher les rivalités, les dissidences ; comment maintenir l'accord entre eux ? Est-ce que le Directoire et le Consulat n'ont pas servi de préface à l'Empire ?
Ou bien, enfin, le pouvoir exécutif sera-t-il confié à un comité ?
Qui?
Sera-t-il l'expression de la majorité, sera-t-il l'expression de la minorité de l'Assemblée? S'il représente la majorité, on dira c'est la Réaction ; s'il représente la minorité, on dira c'est la Terreur.
La situation est une impasse d'où l'on ne peut sortir qu'en revenant sur ses pas.
On ne voudrait pas reculer, et l'on ne sait comment avancer.
L'évidence frappe tous les regards.
Cette évidence va apparaître bien plus manifestement encore dès qu'il faudra discuter le projet de constitution, quel qu'il soit.
Les défiances les plus opposées se produiront pour s'exclure.
Toutes seront fondées. Laquelle l'emportera ?
La République, proclamée le 24 février, n'avait qu'un moyen, un seul, de triompher des épreuves qui la menacent, c'était de ne pas laisser aux difficultés le temps de se produire, c'était de ne pas laisser aux défiances le temps de se justifier, c'était de ne pas laisser aux prestiges le temps de s'évanouir !
La garde nationale pourra comprimer le désordre dans la rue, mais l'anarchie dans le pouvoir, qui l'arrêtera?
A M. Emile de Girardin.
« Paris, le 20 mai 1848.
» Monsieur,
» Après les événements du 24 février, vous vous êtes déclaré franchement républicain ; mais, après quelques jours de pratique, vous m'aviez semblé reconnaître que le gouvernement républicain était impossible en France. J'ai donc cru que, reconnaissant votre erreur, vous tourniez vos regards vers une monarchie constitutionnelle comme la seule forme de gouvernement qui puisse nous donner la paix, l'ordre et la sécurité, sans lesquels il n'y a ni crédit, ni travail, ni bien-être.
» Après votre article dans la Presse d'aujourd'hui, je ne sais plus que penser à votre égard. Vous vous déclarez encore franchement républicain, et cependant vous comparez la France à un navire qui sombre.
» Si c'est à un naufrage général que doit nous conduire le régime républicain, ne vaut-il pas mieux revenir à un système qui, en définitive, nous a donné dix- sept ans la tranquillité la plus grande ?