‹ Questions de morale et d'éducation: Conférences faites a l'école de FontenayChapitre 14 sur 31 · Rousseau, Emile, liv. W · texte numérisé non relu

Rousseau, Emile, liv. W

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dre à en manger, en le privant dti toute autre nourriture '.

Voilà CG qu'on appelle revenir à la nature. En réalité, entre l'enfant etlo but à atteindre, on interpose un ensemble d'artifices auxfjuels on tient parce qu'on y déploie de rhabilcté et qu'on y prend conscience de son rôle d'éducateur.

L'emploi de ces artifices est illégitime. On n'a pas le droit de tromper un enfant plus qu'un homme; il est mal do lui faire croire qu'il veut de lui-même ce qu'en réalité on lui suggère- Diit votre ruse n'être jamais découverte, vous auriez péché en faisant servir la vérité par le mensonge. Mais comme il y a mille chances pour qu'elle le soit, il arrive que, sous prétexte d'enseigner à Tenfant la grammaire ou la géographie, vous lui corrompez Tàme.

Ces savantes méthodes sont loin d'ailleurs d'être aussi efficaces ou nécessaires qu'où se l'imagine.

Si ingénieuses qu'on les suppose, elles arrêtent l'attention et l'intérêt de l'enfant à un objet intermédiaire, et l'empêclient de s'attacher à la fin qu'il doit poursuivre. Emu et justement inJigné par sa déconvenue, Emile est peu en étal de recevoir la leçon d'économie politique que lui ménage son précepteur* Habitué à ne voir dans le travail qu'un jeu ou une matière à satisfactions d'amour-propre, l'enfant restera étranger aux objets de ses études, et se hâtera de secouer, au sortir de T école, le peu de con-

î. Plûlochc, La Réformedercdncalîoncn Allemagne au dix'huitiù7ne Hèûle, Basedoieet le PhUanthropiïiisme^, p. 219 sqq.

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naissances qu'on aura logé à la surface de son esprit. *

Il faut mettre les enfants en face des réalités, non des fantômes pédagogiques. Seule la vérité est digne d'eux, seuleellealaforcedepénétrerleurintelligence. Quelle différence d'attrait et d'efficacité entre un enseignement où Ton traite les choses comme des mots, et un enseignement où sous les mots on cherche les choses ! Un distingué professeur allemand m'a conté qu'ayant achevé dans un lycée français, en 1867, des études faites jusqu'alors- dans un gymnase allemand, il fut émerveillé du caractère vivant et réel qu'avait chez nous l'enseignement de la philosophie, etqu^en comparaison les enseignements qu'il avait reçus en x\llemagne lui parurent scolastiques et froids.

C'est l'application de ces idées à quelques questions d'éducation qu'ont en vue nos deux dernières conférences. Elles tendent à montrer que la communication directe de l'esprit avec les grands objets de la littérature et de la science, est, à l'école même, possible et efficace, que la vérité est par elle-même intelligible et désirable, et que c'est à la faire voir telle qu'elle est en soi, non à la masquer par de prétendues adaptations, que doit s'appliquer l'éducateur.

Il en est de l'éducation comme de la morale. Etre homme et faire des hommes, par la communion de l'individu avec l'humanité : voilà la loi.

Mai 1895.

(Trois conférences.)

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