‹ Questions de morale et d'éducation: Conférences faites a l'école de FontenayChapitre 15 sur 31 · LA MORALE HELLÉNIQUE OU ESTUÉTIQUE · texte numérisé non relu

LA MORALE HELLÉNIQUE OU ESTUÉTIQUE

Je me propose de mettre sous vos yeux le tableau des grands systèmes de morale que nous offre la civilisation à laquelle nous appartenons. Je ne m'occupe ni de remonter aux origines ni d'être complet. Je considère eu eux-mêmes et je tâche de présenter avec leurs traits caractéristiques les principaux types de perfection d'après lesquels, consciemment ou à notre insu, nous réglons nos aîppréciations ou notre conduite morales. Ces types sont : la morale hellénique ou esthétique, la morale chrétienne ou religieuse, la morale moderne ou scientiQque. Quels sont les sources, les éléments essentiels, la valeur de ces conceptions, et quel rôle convient-il qu'elles jouent dans notre vie?

En quoi consiste, en premier lieu, la morale hellénique?

~ 1. Sources principales : Xénophon, Memorahilia; Platon, Gorgias, Phédon, la République, \ïvre\l ; Aristote, Morale à Nicomaqiie, livres I, V, VIII, X; CXéoxiiïiQ, Hymne à Jupiter ; Plutarque, Œuvres morales ; ■ Manuel d'Épictète; Marc-Aurèle, Pensées.

La morale naquit en Grèce au moment où la raison se saisit des rênes de la vie humaine, tenues jusqu'alors par la religion.

Cette religion, quia joué un si grand rôle dans l'organisation des sociétés antiques, était double dans son origine: il y avait d'une part la religion des morts, d'autre part la . religion de la nature. La religion des morts se fonde sur cette croyance, que les ancêtres disparus continuent à protéger la famille pourvu que son chef leur rende un certain culte. A cette croyance se rattachent des notions morales essentielles : celle de l'unité et de la continuité de la famille, celle de l'obligation et de la sainteté du mariage, celles de l'autorité paternelle, de la propriété et de la patrie. Mais elle eût enfermé l'homme dans un cercle très étroit, si la religion de la nature, le culte rendu aux forces naturelles divinisées, la croyance à des dieux qui protègent tous les hommes, et non plus seulement un groupe restreint, ne fût venue élargir l'àme humaine, et n'y eût fait naître un vague sentiment de la fraternité universelle. « Un étranger, un suppliant est pour toi ua frère, » lisons-nous dans Homère *. Les malheureux sont envoyés par Zeus; souvent même ce sont des dieux déguisés en hommes.

Sous sa double forme, la religion a cultivé la raison pratique^, éveillé la conscience morale. Celle-ci, bientôt, s'est retournée contre elle. Les sages se sont scandalisés des fables mythologiques. « Homère et Hésiode, dit Xénophane, attribuent aux dieux tout ce qui, parmi les hommes, est tenu pour vil et honteux. »

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