Rhétorique, liv. I, chap. xi
« il y a quelque douceur dans la tristesse », a dit Sénèque *. « Mes pleurs seuls m'étaient doux, nous dit saint Augustin, et avaient succédé à mon ami dans les délices de mon âme *. » Plus d'un poète a chanté, comme Homère, ce plaisir, ce doux rassasiement des larm^îs. Electre, dans Euripide, se plaint de ne pouvoir goûter, autant que son cœur le voudrait, la volupté de pleurer. De même Racine a fait dire à Phèdre :
Il fallait bien souvent me priver de mes larmes.
Philoctète ne quitte pas sans attendrissement cette caverne oii il a tant souffert. Les maux eux-mêmes nous laissent quelque regret, comme dit Œdipe dans Sophocle. On s'attache aussi à ses douleurs, selon Chateauhriand. Citons encore Rousseau en témoignage de cette vertu bienfaisante de l'habitude : « Dans toutes les misères de la vie, je me sentais constamment rempli de sentiments tendres, touchants, délicieux, qui, versant un baume salutaire sur toutes les blessures de mon cœur navré, semblaient en