Discours sur la méthode de la Certitudei
déjà pour l'avenir de Paris de ces progrès, ou de ce que j'appellerai le mal scientifique. « Les fléaux de la nature ne sont plus rien, dit-il, en comparaison de ceux que Thomme a créés pour sa ruine et pour la ruine des cités populeuses qu'il habite. » Ne semble-t-il pas qu'il ait entrevu la Commune, le pétrole et la dynamite?
Bientôt il sera au pouvoir de quelque misérable malandrin, anarchiste ou socialiste, de faire sauter tout un quartier de Londres ou de Paris. Cependant ne soyons pas, à notre tour, un prophète de malheur; ne crions pas sur les places publiques : Encore quarante jours et Ninive sera détruite! Mais soyons vigilants, et gardons-nous d'une foi absolue dans un avenir de paix et de félicité.
Il est bon d'être riche, pour les États et pour les individus, mais c'est à la condition de bien user de la richesse. Or le bon usage de la richesse a, pour principale sinon pour unique garantie, la moralité. Hors la moralité, quels instruments et quelles excitations dans les richesses, pour le mal et la corruption ! Tous les moralistes, anciens et modernes, ont" signalé
DE l'Élément moral 161
leurs pernicieux effets sur les sociétés où le ressort moral est affaibli. Par Tamour du plaisir, Toisivelé, la mollesse, le relâchement des mœurs, elles abattent les courages, elles accélèrent la ruine des empires. Les riches sont un fléau pour TÉtat s'ils n'accomplissent pas les devoirs que la richesse impose *. Au moins faudrait-il garder la force et le courage nécessaires pour défendre ses milliards contre des ravisseurs étrangers ou contre les pillards du dedans. Prenons garde qu'ils ne soient une tentation et comme une proie offerte à d'autres plus courageux qui, par de là nos frontières, toujours éveillés et de plus en plus avides, guettent le moment opportun pour s'en emparer. Ils en ont déjà goûté, ils veulent en goûter encore. Ce n'est pas le progrès intellectuel et scientifique, sans le concours de la force morale, qui nous sauvera. Il est bon d'avoir la bourse bien garnie, mais à quoi cela servira-t-il si nous n'avons pas la force de la
1. Sur les devoirs que la morale impose aux riches, voir un récent opuscule de M. Courcelle-Seneuil : la Morale et Vusage des richesses,
défendre contre le premier voleur qui se rencontrera au coin d'un bois? « De toutes les mauvaises choses, a dit un grand romancier anglais, il n'y en a pas de pires que les bonnes quand on en fait un mauvais usage *. » Nous venons d'en donner amplement les preuves.