Dickens, Barnabe Rudge
DE l'irréligion DANS l'ëDUCATION
Comment faut-il juger de la valeur des maîtres et des écoles? — Comparaison des résultats moraux. — Du dernier des soucis de nos hommes d'État. — Danger de l'instruction sans la moralité. — Une page de Maudsley.
— Proscription de l'instruction religieuse. — Inefficacité de l'enseignement des devoirs dans l'école sans le nom de Dieu. — Témoignages de philosophes rationalistes et de libres penseurs. — Expérience dangereuse dans les lycées de filles. — Nulle amélioration possible du sort des classes populaires sans un progrès dans la moralité.
— Vanité des enseignements économiques. — Vanité de l'augmentation des salaires. — Le vice et la misère indissolublement unis. — Quelles sont les forces pour le bien à opposer à tant de forces pour le mal? — Des causes de la supériorité de nos vainqueurs. — Courte durée du Culturkampf en Allemagne. — Continuation en France d'une guerre impolitique et aveugle contre les prêtres. — Comment suppléer à leur concours pour les bonnes mœurs et la bonne éducation? — Réplique d'Origène à Celse. — Hors une recrudescence de force morale, point de salut.
Au premier rang de ces choses excellentes en elles-mêmes, mais qui, détournées de leur véritable but, peuvent devenir les plus grands
des maux, rien ne prend place avant Tinstruction en général et l'instruction du peuple en particulier. Quoi assurément de plus louable que de faire partout la guerre à Tignorance, non seulement dans les villes, mais dans les campagnes, et jusque dans le dernier des hameaux, au fond des vallées et sur le haut des montagnes? Il faut applaudir à la construction d'écoles partout où les écoles manquaient, partout où elles étaient insuffisantes ou insalubres, pourvu toutefois qu'on n'en fasse pas des monuments qui ruinent TÉtat et les communes, et qui donnent aux enfants le dégoût de la chaumière de leur père. Mais si je m'inquiète du bon état et du nombre des bâtiments scolaires, on ne trouvera peut-être pas étrange que je m'inquiète davantage de ce qu'on y enseigne ou de ce qu'on n'y enseigne pas. En sort-on meilleur, ou en sorton pire? Voilà la question qui domine tout et qui laisse toutes les autres bien loin derrière elle.
Si l'instruction officielle du peuple reste ce qu'elle est, c'est-à-dire sans nul enseignement religieux, si le fanatisme irréligieux continue
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à sévir, malgré les protestations des communes et des familles, quelles tristes générations vont sortir de nos palais scolaires ! Il semble qu'avant de rayer Dieu de Finstruction primaire, avant de s'appliquer à dessécher dans les jeunes cœurs tout sentiment religieux, des hommes d'État, même non croyants, pourvu qu'ils fussent doués de quelque sens politique et de quelque ombre de sagesse, auraient dû avoir souci de ce que l'éducation nationale en souffrirait. Avant de chasser des maîtres éprouvés qui enseignaient, non par intérêt, mais par vocation religieuse, et d'imposer partout à leur place des maîtres laïques, il y avait lieu de s'enquérir des résultats comparés des écoles tenues par ces deux classes de maîtres, non pas seulement au point de vue de l'instruction, mais à celui, qui importe encore plus, de l'éducation morale. Auraient-ils donc oublié ce grand axiome de la sagesse universelle, qu'on juge de l'arbre par ses fruits?
D'où sortent, en plus ou moins grand nombre, les bons ou les mauvais sujets, les plus laborieux, les plus tempérants, les plus braves et
les plus disciplinés sous les drapeaux, ou bien les débauchés, les ivrognes, les grévistes de profession, les émeutiers, les anarchistes? A qui surtout s'en prendre de cette redoutable augmentation du nombre des assassins, des voleurs, des récidivistes et des criminels de de toute espèce et de tous les degrés. Jetez les yeux sur les statistiques officielles de la justice criminelle, surtout des deux années de 1883 et de 1886. Quoi de plus sinistre que ce cri d'alarme de M. Yvernès, directeur de la statistique : « Nous sommes en présence d'un débordement de démoralisation !» « La grande criminalité, dit M. d'Haussonville, a doublé depuis soixante ans, et la petite a quadruplé *. » Quels sont les républicains béats qui oseraient encore nous dire aujourd'hui que l'instruction gratuite, laïque et obligatoire ferait fermer les prisons? Tout au contraire; jamais il n'a fallu tant en ouvrir que depuis qu'il n'y a plus de maîtres ni d'enseignement religieux, et que les manuels du Conseil municipal de Paris ont