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Sermon sur l'hypocrisie

2. Sermon sur Tinjustice du monde à l'égard des gens de bien.

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pas plus doux, on le voit, pour les hypocrites.

Fénelon semble avoir détesté encore plus les hypocrites que Bourdloue et Massillon.

Dans sa description des enfers, comme dans l'enfer de Dante, les hypocrites sont au premier rang parmi les plus coupables et les plus durement châtiés. « Télémaque y remarqua beaucoup d'impies hypocrites qui, faisant semblant d'aimer la religion, s'en étaient servis comme d'un beau prétexte pour contenter leur ambition et se jouer des hommes crédules. Ces hommes qui avaient abusé de la vertu même , quoiqu'elle soit le plus grand don des dieux, étaient punis comme les plus scélérats des hommes. »

Le nombre des hypocrites ou des faux dévots diminua sans nul doute à la mort du grand roi, la piété n'étant plus à la mode, et en si grand honneur et profit sous le Régent. Il y eut dès lors, et dans tout le cours du xvm° siècle, des fanfarons d'impiété et d'athéisme en regard des hypocrites de piété. Combien n'y en eut-il pas, par peur ou par ambition, pendant toute la Révolution? Au commencement de ce siècle, l'hypocrisie religieuse devait encore avoir quelques

i ' .^-TXÎTIONS DE MORALE PRATIQUE

U..1UX j*>iir« >ôu< la Restauration. comme à la fin •lu ivîTi»- •!•* L*»nis XIV. Fant-îl rappeler les an- D*V^ où fî'-ri'i'iaîl la ConCTésalîon. où les pralîqur-s r»-Iiirî^-UM*^. les billets de confession ouvnûent la voie des srrâoes et des honneurs? Les clio-^s ont cliangé s«:»us la monarchie de Juillet el sous TEmpire, à plus forte raison ont-elles changé aujourd'hui où, à feindre la piété, il nV aurait rien à gagner, et au contraire tout à perdre.

Mais si rhyp»ocrisie religieuse n'est plus de mise aujourd'hui, du moins à Tégard de TÉtat, elle a fait place à une autre hypocrisie en sens contraire, digne du même mépris et plus dangereuse peut-être.

La Bruyère avait bien dit : « Un dévot, c'est celui qui serait athée sous un roi athée ». Nous n'avons pas un roi athée, mais nous avons un gouvernement athée sous lequel il est très avantageux de faire profession d'impiété, ou mieux encore d'athéisme, pour être assuré de plaire, pour parvenir ou polir se maintenir. Combien aujourd'hui à la Chambre, au Sénat, dans les emplois publie^, depuis les plus grands jusqu'aux plus petits, qui ont des sentûnents reli*

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gieux et qui votent ou ont voté des lois irréligieuses ! Combien de fonctionnaires qui ont envie d'aller à la messe et qui n'y vont pas, qui croient à Dieu, car il n'est pas facile d'être sincèrement athée, et qui feignent de n'y pas croire I Tel percepteur fera des lieues le dimanche pour aller à la messe dans une autre commune, n'osant mettre les pieds dansTéglise qui est à sa porte. Nous vivons en effet sous un souverain aussi puissant que l'a jamais été Louis XIV, auquel il faut plaire sous peine de disgrâce et de révocation. Il y a des radicaux et des jacobins au pouvoir; il y a un conseil municipal de Paris, devenu un des grands pouvoirs de l'État, qui ne veulent pas entendre parler de Dieu, et qui biffent son nom partout où ils le trouvent, ni plus ni moins que celui d'un roi ou d'un empereur.

Si ceux qu'on appelle aujourd'hui des cléricaux, quelle qu'ait été leur bonne foi, ont pu être soupçonnés, sous certains régimes et certains ministres, de quelque arrière -pensée intéressée, du désir de plaire et de parvenir,

ils doivent se réjouir aujourd'hui d'être bien à

Tabri d'un pareil soupçon; ils peuvent porter la tête haute, car il est manifeste qu'ils sacrifient leur intérêt à leur foi. Pour eux, non seulement point de faveurs, mais point de justice.

Je ne veux pas dire cependant que l'hypocrisie religieuse n'ait sa place aujourd'hui nulle part. Si elle n'a plus rien à attendre des faveurs de l'État, il n'en est peut-être pas de même dans les relations privées et dans un certain nombre de familles. Elle est un piège tendu à la bonne foi des personnes sincèrement pieuses, qui ne se persuadent pas facilement qu'on peut se jouer des choses saintes. Plus d'un, par exemple, affectera une piété qu'il n'a pas, pour faire un bon mariage, pour gagner, ou pour ne pas perdre, tel ou tel héritage. C'est une hypocrisie par exemple, dont ne se font pas faute bon nombre de ceux qui demandent un appui quelconque ou des secours, au curé, à la paroisse, à telle ou telle société de charité chrétienne. Quant aux clients de l'assistance publique, s'ils sont hypocrites, c'est en un sens tout contraire.

Je passe à l'examen d'un cas plus grave d'hypocrisie dans l'ordre religieux et à l'égard

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des choses saintes. Il est mal sans doute, de la part d'un simple particulier, de se couvrir, dans un but intéressé, des dehors d'une croyance religieuse qu'il n'a pas. Mais combien le mal est plus grave, Thypocrisie plus profonde, la profanation plus grande de la part du ministre d'un culte qui enseigne, qui prêche, qui impose, en vertu d'un caractère réputé sacré, les dogmes, les pratiques de cette religion qu'il a abjurée dans le fond de son cœur; qui, non seulement feint de croire, mais qui commande à tous de croire, au nom de ce Dieu ou de cette Église auxquels il ne croit plus ! Je ne parle pas d'une hypocrisie de mœurs, mais d'une hypocrisie d'état et de croyance.

Telle est l'hypocrisie des prêtres, de tous les cultes et de tous les temps, qui ont gardé les fonctions, les honneurs et les avantages du sacerdoce, alors qu'ils ne croyaient plus au Dieu, aux dogmes, aux mystères dont ils étaient les ministres et les prétendus interprètes. Tels étaient, par exemple, ces augures de Rome qui, d'après Caton, ne pouvaient se regarder sans rire. Il est probable que ces prêtres païens

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Dans ie> cous*?îeni?es plus délicates de prêtres objéiîens- à toules les éfnjques sans doute, el n»:»n f»as seulement aujourd'hui, il s'est peutêtre livré bien des combats douloureux entre le doute et la foi! Combien ont été tentés, et plus ou moins séduits, sinon par le scepticisme et l'impiété, au moins par les hérésies, comme il y en a eu en si grand nombre dans Thisloire de l'Église: combien au temps de la Renaissance et de la Réforme, combien plus encore dans les

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temps modernes, et surtout de nos jours, parles progrès de la critique et de Tesprit d'examen ! Je suppose qu'un jour soit venu où le doute Tait emporté dans des consciences sacerdotales, et que le scepticisme, ou quelque foi nouvelle, y ait remplacé définitivement la foi ancienne dont ils sont les représentants consacrés. Alors s'impose à eux, s'ils sont honnêtes, l'obligation de se démettre. Mais qu'une pareille décision est pénible à prendre! En échange de cette considération dont le prêtre est environné, il faut se résigner à encourir le blâme de l'opinion publique, peu indulgente, même chez les moins dévots, pour ceux qui, comme on dit vulgairement, ont jeté le froc aux orties ; il faut avoir le courage de braver le reproche d'apostasie. Peut-être même devra-t-on sacrifier tout moyen d'existence.

A côté de ces motifs d'intérêt personnel, des motifs d'un autre ordre peuvent augmenter le trouble d'une conscience hésitante, tels que la crainte du scandale, la certitude de contrister les âmes simples et pieuses et d'ébranler chez plusieurs, par Téclatant exemple de cette défec-

lion, la morale en même temps que la foi, toutes deux liées ensemble chez le plus grand nombre.

Dans un des meilleurs romanciers anglais, mistress Gaskell, je trouve un émouvant tableau de ces luttes intérieures qui doivent agiter Tàme d'un prêtre à la conscience honnête, mais qui a cessé de croire *. Un de ses principaux personnages, M. Haie, ministre de l'Eglise anglicane, a conçu des doutes sur la vérité de quelques dogmes de son Église. Rien de plus noble et de plus touchant que la simplicité, la fermeté résignée, avec laquelle cet homme excellent, par scrupule de conscience, renonce à son ministère et aux avantages d'un riche bénéfice. Il accomplit courageusement le sacrifice final, malgré ses supérieurs eux-mêmes qui Testiment et voudraient le retenir , malgré les supplications d'une femme malade, d'une fille adorée, malgré la gêne, sinon la pauvreté, qui va succéder à l'aisance.

Telle est la conduite qu'impose la conscience à tout prêtre, catholique ou protestant, qui a

{. Nord et Sud.

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cessé de croire, ou même qui, comme M. Haie, a cessé d'être orthodoxe. Quant aux fidèles qui le voient se séparer de leur communion et abandonner le temple, non seulement ils ne doivent pas le honnir, mais plutôt devraient-ils louer la grandeur de son sacrifice, lui savoir gré du respect dont il témoigne si hautement pour un ministère que désormais il ne se croit plus digne de remplir. Ce prêtre, qui ne peut plus en conscience rester prêtre, se retirera silencieusement du sanctuaire, Tâme brisée, sans nul bruit, sans nul éclat, pour vivre dans la retraite. Nous ne parlons pas de ceux qui n'auraient d'autre but que de satisfaire leurs passions ou leur ambition, que de dresser autel contre autel, pour se faire, comme Mathan, le chef de quelque secte ou Église rivale.

Quant à celui qui demeure à l'autel n'ayant plus la foi, il est impossible de l'absoudre d'une sacrilège hypocrisie. J'ai dit sacrilège; telle surtout elle doit paraître à l'Église, aux théologiens et aux fidèles. La solution que je viens de donner en simple moraliste est d'accord avec la discipline de TÉglise, qui exclut de son sein,

qui interdit a divinis tout prêtre qui n'est pas en parfaite communion de croyance avec elle.

Ce prêtre d'ailleurs ne s'est-il pas en quelque sorte moralement excommunié lui-même?

La révolution qui peut se faire même dans l'esprit d'un prêtre, malgré tous les liens matériels et moraux qui le rattachent à son Eglise, arrive plus fréquemment chez des laïques, moins enchaînés à leurs premières croyances et plus ouverts à la libre pensée et à Texamen. La crise morale et religieuse décrite par JouflFroy, en des pages si profondément émues, s'est passée plus ou moins brusque et aiguë, plus tôt ou plus tard, dans plus d'une conscience sincère et réfléchie. Quelle devra être à l'égard du culte extérieur la conduite de ce fidèle qui a cessé de l'être? Il n'a pas, comme le prêtre, de démission à donner, sous peine d'encourir le double reproche d'hypocrisie et de sacrilège, il n'accomplit aucun rite, il n'officie pas, n'administre pas de sacrements, il n'a aucun caractère officiel. Je pense qu'il demeure libre de se mêler par sympathie à la foule des fidèles qui prient dans le temple, d'assister à des cérémonies qui,

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si elles ne parlent plus à sa raison, parlent encore à son cœur. Qui peut Taccuser d'hypocrisie, s'il salue une croix qui passe, s'il assiste recueilli à la première communion d'un enfant, au mariage religieux de sa fille? Restera-t-il, comme certains francs-maçons, à la porte de l'église pendant que le prêtre bénit le cercueil de son ami? Si la foi est éteinte, il a gardé au fond de son âme le respect pour la religion qui fut la sienne, qui est celle de sa femme et de ses enfants, celle des ancêtres et de la grande majorité de ses concitoyens. Comment d'ailleurs s'empêcher d'une sympathie profonde pour une religion qui fait du bien à un si grand nombre d'âmes, et en qui la morale trouve son plus solide appui? Un respect sincère est-il donc de l'hypocrisie ?

Ce respect peut nous suivre jusque dans le sein de la mort. Il y a aujourd'hui plusieurs manières de mourir ou plutôt plusieurs sortes de funérailles, les funérailles religieuses et les funérailles civiles. On pourrait dire avec Virgile :

Nec via mortis erat simplex....

Quel parti prendra, à sa dernière heure, celui qui a vécu et qui va mourir en dehors de rÉglise? Exigera-t-il des siens de le faire porter droit au cimetière sans passer par l'église? Ou bien, sans inconséquence, et sans nulle hypocrisie posthume, pourra-t-il accepter ou même réclamer les dernières cérémonies de l'Église? C'est là en quelque sorte un cas suprême de conscience digne du plus sérieux et du plus impartial examen.

Je suis de ceux qui pensent qu'il faut respecter la volonté d'un mourant, quelle qu'elle soit. Aller contre son dernier vœu serait violer la liberté de conscience alors qu'elle n'est plus susceptible d'aucun changement, et que déjà en quelque sorte elle est consacrée par la mort. Aussi je trouve inconvenantes les plaisanteries et les grossièretés de quelquesuns à Tendroit des enterrements civils. Celui-là ne meurt pas comme une bête qui, en pleine connaissance de cause et librement, manifeste la volonté de finir comme il a vécu. Je compare les personnes pieuses qui, par scrupule, ne veulent pas accompagner son convoi à ces exaltés

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d'un autre genre qui attendent à la porte du temple la fin d'une cérémonie religieuse. Je me révolte contre un enterrement civil imposé et exploité par un parti, quand le mort est en quelque sorte confisqué, comme souvent il arrive, au profit d'une manifestation anticléricale, sans tenir compte de sa famille, ou même de ses dernières volontés.

D'un autre côté, je n'ai garde de blâmer, et d'accuser d'une feinte suprême, celui qui, bien que non croyant, a opté pour un enterrement religieux. Qui osera lui faire un reproche d'avoir voulu être enseveli selon la coutume de ses pères, more majorum^ comme l'ont été tous les siens, comme presque tous ses concitoyens autour de lui? Ne doit-on pas même lui savoir gré de n'avoir pas voulu se singulariser, au risque d'augmenter l'affliction des siens, de cette famille en pleurs qui entoure son lit de mort, au risque de scandaliser tout un quartier, tout un village, toute une population pieuse, par ces funérailles insolites, sans prières, sans croix et sans prêtre?

Les cérémonies funèbres en l'honneur de

parents et d*amis, les enlerreraents religieux auxquels il a assisté tant de fois profondément ému, ces belles prières, ces dernières paroles, novissima verba^ avec les sons de l'orgue et les chants du chœur, et jusqu'aux tristes tintements des cloches lui sont sans doute revenus à la mémoire, et il n'a pas voulu d'un froid et sec enterrement civil. Combien d'ailleurs prennent plus de force, à cette heure de la mort, toutes ces raisons morales qui, pendant sa vie, Tavaient engagé à conserver des témoignages extérieurs de déférence et de respect pour la foi de ses pères! combien est excusable ce mensonge, si tant est qu'il y en ait un! Le plus sincère respect, je le répète, seraitil donc de l'hypocrisie ?

Le seul obstacle à ce vœu suprême, alors qu'il n'est pas précédé ou accompagné de l'appel d'un prêtre, pourrait venir de l'Église elle-même. L'Église est bien sans doute maîtresse de refuser ses prières à qui ne les a pas demandées pendant sa vie, à qui n'est pas des siens. Mais l'Église d'aujourd'hui n'est pas ce qu'elle était autrefois; elle n'exige plus des

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mourants les mêmes formalités, les mêmes marques de soumission et de repentir; elle ne leur impose plus des professions de foi et des rétractations publiques. Plus tolérante, et peu soucieuse aussi de multiplier les enterrements civils, elle se contente d'un simple vœu du mourant, ou même d'un désir de la famille.

Si les hypocrites dans Tordre religieux deviennent de plus en plus rares, à cause du peu de profit que rapporte aujourd'hui ce genre d'hypocrisie, il n'en est pas de même dans l'ordre politique. Là les hypocrites sont plus nombreux, à ce qu'il semble, que jamais, et non moins nuisibles au bon ordre social que les hypocrites de piété à la religion. Je distingue deux grandes classes d'hypocrites politiques : les hypocrites par lâcheté, les hypocrites par ambition.

Les hypocrites par lâcheté sont ceux qui, par crainte des violences du parti qui domine, ou qui va dominer, affectent des opinions qu'ils n'ont pas, ou exagèrent leurs vrais sentiments; ce sont ceux qui approuvent de leurs votes des mesures violentes qu'ils blâment intérieure-

.„'!.:- ■!>-^i p: *: : La-, f î*^sra: aux prDscripUons :-* ii:r-:^. i- ;»rT^ ■iV.re ^-^ix-m^in^^ proscrils. y "'iLz .'-*:- i-rur «i^ <^ c^i-mprcaiiellre , ils *^ri:--: l::»^n;AX- m i-rivs el humains; ils oe <•::-: ri-rri m -L-is .:.:r des loups, mais ils hur- !-r.: \T^^ l»r> Iv'jjs. de pear d'être déTorés.

ijc-lle pirt de nr*f->n>abiiilê ne rerieni pasà c»^ hjT'jcriws pir lâcheté dans les excès el les crimes de toutes les révolutions!

Us eoeourairent, ils a^araTenl le mal. non seulement f»our ne j»as s'y opposer, mais pour s'en faire les complice^. Je parle surtout des hommes politiques, des membres d'une assemblée, de représentants du peuple qui sont par devoir tenus à plus de courag-e que de simples particuliers. Combien n'y en a-t-il pas eu de ces lâches et de ces hypocrites dans les assemblées, les municipalités et les clubs, ou comités de tous les degrés, même dans le comité de Salut public, aux plus mauvais jours de notre Révolution! Que de sang retombe sur leurs tètes ! Toutefois , quand on songe qu'en ce temps-là il y allait peut-être de la vie à ne pas se déguiser eu jacobin ou en monta-

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gnard, il y a lieu peut-être d'avoir pour eux quelque indulgence dans ces temps tragiques.

Il n'en est pas de même pour les hypocrites politiques d'aujourd'hui; ceux-là en effet n'ont pas pour excuse, du moins jusqu'à présent, d'être au risque de perdre leur tète ou leur liberté. Ils n'ont à craindre que de se compromettre .avec les puissants du jour, d'encourir quelque disgrâce électorale ou ministérielle ; ils sont d'autant plus coupables qu'ils n'avaient pas besoin d'être bien courageux pour n'être pas des lâches.

Les hypocrites par ambition sont encore plus criminels et plus dangereux que les hypocrites par lâcheté. Ceux-là sont hardis pour le mal, autant que les autres sont timides pour l'empêcher; ils dissimulent aussi leurs vrais sentiments, ils feignent des opinions radicales, révolutionnaires ou même anarchistes qu'ils n'ont pas, pour donner des gages aux meneurs de leur parti, pour monter d^un rang dans la démagogie, pour devenir à leur tour des chefs de file, ou bien pour garder ou pour prendre un portefeuille. Ce sont de faux fanatiques,

>- r*-^r :. .• z-r ^t^ *L«Bp».' : r.r.r- de froideur, : à-'?ï-rr— r-L-i^-. :-^ f-iç^Mneii-^e avec la police, t.rfLi»--; à rvn irrir sor les exâliês sincères i- T.krci H à sr -i^î^kl-^ [.ât la violence de

E s^ràî: ii.j^Ke «i»* nirtire' uniquement au <» in:::- i-- la ivrTibli-j:^^ d^mc*cratique tous !rs Lyr --^rxit-rs d'iiîir»:::«>n. Ils y sont peul-èlre î"j> n-.r-ibîvux que >->us d'autres eouvemement<: mils on en rencontre plus ou moins s-ju-i tous les régimes, et surtout dans les nuanir-s extrêmes de tous les |iartis. La monar* chie a eu sans doute plus d*un ultra sans bonne foi, comme nous voyons sous la répulilique de faux rouges, de faux jacobins et des laïcisateurs sans conviction, ou même contrairement à leur conscience, qui font élever leurs enfants en cachette cbez les jésuites.

Que de sous-espèces, que de variétés d'hypocrisie dans notre monde politique et par-

lementaire! Un amour affecté de la liberté, Tliypocrisie libérale, est en politique une des plus grandes hypocrisies de notre temps. Qui ne se dit ami de la liberté, qui n'invoque la liberté et toutes les libertés, à gauche et à droite, dans tous les partis, sauf peut-être certaines sectes socialistes? On les veut bien pour son parti, on les réclamer énergiquement pour soi et pour ses amis, mais, comme Texpérience s'en fait chaque jour, on n'en veut pas pour ses adversaires. Comment hésiter à traiter d'hypocrites tous ces faux libéraux de la Chambre et du journalisme?

Certains républicains veulent qu'on ait le droit de tout discuter, sauf ce qui leur tient au cœur, sauf la république elle-même; ils proclament que le peuple est souverain ; oui, mais à la condition qu'il ne touche pas à la république, et surtout à leur propre souveraineté. Que ne diraient pas les libres penseurs, les francs-maçons, les athées, si, par un retour de la fortune, ils étaient contraints d'aller à l'église et de faire apprendre à leurs enfants le catéchisme dans quelque école religieuse et

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obligatoire? Quant à la liberté et à la conscience des autres, ils s'en font un jeu; les protestations des pères de famille, les protestations de communes entières sont comme non avenues.

Là-dessus tout est dit ; il n'y a plus qu'à continuer, sans se lasser, nos protestations indignées contre ces hypocrites de libéralisme, jusqu*au jour où la vraie liberté sera rétablie parmi nous. En vain, pour se défendre, ajoutent-ils une autre hypocrisie; en vain se retranchentils derrière cet impudent mensonge de la neutralité, qui n'est qu'une hostilité, d'autant plus dangereuse peut-être qu'elle est plus perfide et plus déguisée.

Dans tout ce monde des hommes politiques et des politiciens, que d'hypocrites pour duper le pays et les électeurs! Combien dont le ton et le langage changent suivant les lieux et les auditeurs! Je ne suis pas le seul à connaître de ces députés à deux faces, qui, dans les clubs de la ville, font la guerre au clergé et au budget des cultes, qui demandent la suppression du traitement de quelques pauvres curés et qui, à la campagne, surtout à la veille des élections.

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se vantent de subventions qu'ils ont obtenues pour achever ou réparer un clocher, ou pour venir en aide à quelque prêtre malade.

S'il y a des hypocrites d'amour de la liberté, il y a aussi des hypocrites d'amour de la pa* trie. Je tiens pour tels ceux qui n'ont nul souci d'affaiblir et de désorganiser l'armée, pourvu qu'ils plaisent à quelques électeurs et fassent passer les séminaristes du séminaire à la caserne. Le Tartufe révolutionnaire, tel est le titre d'une pièce de Lemercier que je ne connais pas. Mais quel beau sujet à traiter aujourd'hui! Si Molière vivait, il prendrait assurément le type. de son Tartufe ailleurs que là où il l'a pris.

N'y a-t-il pas aussi de l'hypocrisie dans ces tardifs regrets de certains hommes politiques, qui ne commencent à se repentir que lorsqu'ils sont eux-mêmes menacés d'être atteints par le mal qu'ils ont déchaîné?

Je n'ai nul scrupule de ranger parmi les hypocrites tous ces empereurs ou rois, tous ces ministres, tous ces diplomates qui abusent les peuples par de fausses protestations d'amour de la paix. Ils n'ont à la bouche que des pa-

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role^ parifiqn<»î4, tandis qne tout est à la guerre danfî If^ars cœurs et dans leurs arsenaux. Ce sont des loups ipiî tâchent de se cacher sous une peau d'agneau. Jamais la paix n'aurait été mieux assurée ni plus fermement youlue, en aucun temps du monde, par les ehe& des nations, s'il élait vraiy suivant le vieil adage, que celui qui veut la paix prépare la guerre! Que d'alliances, sous prétexte de consolider la paix européenne, qui sont des coalitions formidables et des menaces prochaines de la plus grande et la plus terrible des guerres qui aura ensanglanté le monde! Il s'agit de tromper jusqu'au bout l'opinion européenne et d'entraîner à la guerre, malgré eux, des peuples qui préfèrent le bien de la paix; il s'agit surtout de surprendre des voisins qui ne seront pas dupes, nous l'espérons, de cette hypocrisie diplomatique.

Assurément on ne peut demander à des ministres des affaires étrangères et à des ambassadeurs de révéler des secrets d'État, si toutefois il en reste chez nous, en ce temps de reportage continu et de plus en plus osé, et de ce commérage quotidien de toutes les gazettes

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du monde. Toutefois il y a plus que de la discrétion, il y a une véritable hypocrisie dans tout cet échange des assurances pacifiques par lesquelles on cherche à se tromper les uns les autres. A ces rois, à ces ministres, à ces diplomates, j'applique les paroles dlsaïe : Dicentes : pax, et non erat pax.

Avant d'en finir, faisons encore une juste distinction entre l'hypocrisie volontaire et l'hypocrisie par contrainte, soit dans l'ordre religieux, soit dans Tordre politique. J'ose réclamer l'indulgence pour l'hypocrisie forcée, par où je n'entends pas celle qui n'a, pour se justifier, que la crainte d'une diminution de fortune, de crédit, d'une défaveur, d'une disgrâce, ou même la simple appréhension d'un danger quelconque, mais l'hypocrisie qui s'impose, pour ainsi dire, le couteau sur la gorge, et alors qu'il faut feindre sous peine de la persécution et même de la vie. Tels furent les chrétiens des premiers siècles qui, pour échapper au martyre, reniaient le Christ des lèvres et brûlaient de l'encens devant les autels des faux dieux. Toutes les persécutions ont eu pour effet de

faire de ces faux convertis que je n'ai pas le courage de qualifier d'hypocrites, mais que je plains de toute mon âme. Tels ont été ces malheureux protestants qui, sous Louis XIV, après la révocation de Tédit de Nantes, ont abjuré leur foi par crainte de Texil, de la confiscation et des galères. Tels ont été pendant la Révolution ces prêtres qui ont prêté serment sous la menace de la déportation ou de la guillotine; tels ceux encore qui, pour les mêmes raisons, ont dissimulé leur foi politique.

Qu'ils sont dignes d'admiration tous ceux qui, dans tous les temps, et pour toutes les causes, plutôt que de renoncer à leur foi, ont bravé la persécution, la mort, le martyre ! Mais peut-on exiger de tous un pareil degré d'héroïsme? Sans doute le courage de ces faux convertis a faibli, mais combien u'ont-ils pas droit à notre pitié et à notre indulgence? Nous sentons-nous donc de l'étoffe dont on fait les martyrs? Devant les tyrans et les bourreaux aurionsnous montré plus de courage? C'est sur les persécuteurs que retombe la faute des faux convertis.

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En résumé, il y a hypocrisie chez quiconque affecte par lâcheté, par intérêt ou par ambition des opinions et des croyances qui ne sont pas les siennes. Si le mensonge est contraire à ce que nous devons aux autres et à ce que nous nous devons à nous-mêmes, à plus forte raison rhypocrisie, qui est un mensonge prolongé. Les hypocrites de piété ont été suffisamment flétris dans la chaire, sur la scène, par les écrivains satiriques et par Topinion du monde, mais il en est d'autres, les hypocrites en politique, qui peutêtre n'ont pas encore encouru toute la flétrissure qu'ils méritent. J'ai été bien aise de signaler leur bassesse et les dangers qu'ils font courir à la chose publique. Encore une fois, ces tartufeslà sont aujourd'hui plus à craindre que le Tartufe de Molière ou l'Onuphre de La Bruyère!

Telle est l'extension qu'en saine morale il faut donner à ce mot et à ce vice d'hypocrisie; telles sont les principales distinctions à faire entre les cas où l'accusation d'hypocrisie est méritée et ceux où elle ne Test pas.

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