‹ Questions de philosophie morale et sociale [microform]Chapitre 3 sur 13 · VIU · texte numérisé non relu

VIU

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à la génération qui eut vingt ans vers 1848, à celte génération qui s'était abandonnée à tous les rêves démocratiques et humanitaires que symbolise cette date critique de l'histoire duXIX^siècle, et que la désillusion amère et la lourde compression de l'Empire devaient jeter, par réaction, dans un positivisme étroit, découragé et désenchanté. Les circonstances de sa vie contribuèrent à sauver Durand (de Gros) de cette abdication intellectuelle et morale. Il garda jusqu'au bout la physionomie propre du temps de sa jeunesse ; il ne cessa pas de croire au progrès ; il eut foi dans l'émancipation progressive des peuples parla liberté, et rêva d'une sorte d'idéal socialiste ; il resta démocrate militant et libre penseur, irréductible jusqu'à la fin sur la question religieuse, hostile à tout dogme révélé. Surtout, il crut à la science, mettant en elle toutes ses espérances, non seulement de renouvellement économique et social, mais aussi de réforme morale ; sans que sa claire intelligence lui permît de se dissimuler tout ce qu'elle soulève de problèmes qu elle ne résout pas, il aimait mieux en attribuer l'obscurité à notre ignorance actuelle, ou même en attendre l'éclaircissement d'un stade plus avancé de l'évolution, plutôt que d'aller jusqu'à récuser la raison ; et je crois que jamais l'ombre même du scepticisme (j'entends du scepticisme total et métaphysique) n'effleura sa pensée. Il resta jusqu'à sa mort dans l'état de noble confiance et de bel enthousiasme que traduisait si bien, vers 1850, lorsqu'il écrivait VAvetw- de la science, un jeune sémil nariste à demi émancipé, qui n'avait pas fini encore de se déprendre de tous les cultes. Par là Durand (de Gros) semblait bien l'homme d'une autre époque, plus jeune, plus vaillante et plus forte. Et enfin, il me

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«emble que c'est encore un caractère de la génération de 1848 que de ne pas vouloir opposer l'indifférence au problème de la destinée humaine, ni l'abandonner à l'imagination pure ou aux vagues intuitions du sentiment : il attendait de l'expérience et de la raison des lumières positives sur le lendemain de la mort; et peut-être est-ce une dernière et lointaine influence des Pierre Leroux et des Jean Reynaud qui se fait sen ir, transformée et approfondie, dans les théories occultistes et « démonologiques » de Durand (de Gros , comme dans les c< hypothèses eschalologiques >> de M. Kenou-

vier

Mais la philosophie de 1848 est, en même temps, vague, confuse et oratoire ; elle croit à la science plus quelle n'en fait, voire qu'elle n'en sait. C'est le positivisme, il faut le reconnaître, qui, pendant le grand silence philosophique du second empire, initia les esprits à la pratique des méthodes exactes, àVamourdu fait.au dédain des phrases creuses : ce ne fut,il est vrai, auen leur inoculant du même coup je ne sa.s quelle sécheresse étroite et négative, quelle défiance à 1 égard de la raison et des idées, et tout ce qui devait s'épanouir plus tard en dilettantisme et en pessimisme. Telle ne fut pas l'attitude de Durand (de Gros) ; de même qu .1 n'avait jamais négligé l'étude du fait positif, il ne méconnut jamais le rôle de l'idée pure ; c est dans l'exercice le plus rigoureux et le plus exact des disciplines scientifiques qu'il sut garder la belle intrépidité rationaliste de sa jeunesse ; il conçut toujours ontologie comme un prolongement de la science, il resta indissolublement savant et philosophe, sans que chez lui l'un de ces caractères fît jamais tort à 1 autre, test là le trait original de sa physionomie intellectuelle.

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Des deux éternels problèmes de la métaphysique, le problème de la connaissance et le problème de l'être, il ne voulut guère aborder que le second ; s'il avait lu Kant, il n'en avait pas, en tout cas, reçu une influence profonde, et, par delà le criticisme, c'est à Leibnitz que se rattachent évidemment ses doctrines.

Sans doute, de cette attitude philosophique proviennent les lacunes ou les difficultés de son système ; mais c'est à elle aussi, peut-être, qu'il dut de" faire œuvre féconde, de ne pas craindre les hypothèses hardies, pourvu qu'elles fussent soutenues par des faits prouvés et décisifs, de prétendre pousser plus loin, non seulement la science, mais la métaphysique môme, dans ce domaine de l'inconnaissable, qui n'était rien de plus pour lui que l'inconnu ; c'est à elle qu'il dut enfin de ne pas s'user,comme plus d'un parmi les plus profonds penseurs de ce temps-ci, dans l'effort inévitable, je le veux bien, et qui est, peut-être, laphilosophie même, mais si rude aussi et si souvent stérile, de la pensée pour se justifier elle-même ou mesurer sa propre portée. Il fut un inventeur plutôt qu'un critique. Observer la nature, la connaître profondément dans ses données concrètes et exactes, être un savant d'abord, telle était, selon lui, la première et nécessaire condition pour philosopher. « On ne peut plus faire de la psychologie ni de la morale sans être un biologiste, me disait-il souvent, ni de la logique ou de la métaphysique sans savoir les mathématiques. » Mais la connaissance des faits ne devait être qu'un point de départ : rien ne dispense ensuite d'avoir des idées et de penser ; le positivisme,avec sa prétention, d'ailleurs illusoire, de se réduire aux seuls phénomènes, mutile la science comme l'esprit humain. C'est par deshypo-

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plus mystérieux encore, q"« ^^ «^^^"^^^ „, donnait Voulait pas connaître e-xqu^ y »>;^^^ ,,,^.^,„,, pas môme de noms. " '«'"«^'^ ."'*:'. -/^^^ ,es écrits de

(1) Var. philos.^ p. !• (2)Ibid., p. 333.

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rieur de sa pensée. Déjà dans ses deux premiers livres^ publiés sous le pseudonyme de D' Philips, exubérants de jeunesse et d'idées, mais peu mûris encore, son Electrodynamisme vital (1855) et son Cours théorique et pratique de Braidisme (1860), la solution est trouvée. Dans une œuvre capitale, les Essais de physiologie philosophique, qui, cinq ans plus tard, en reprend, en coordonne et en approfondit les thèses principales, la science de l'hypnotisme est fixée, à la fois dans sa méthode opératoire et dans sa théorie psychologique, à peu près telle que nous la connaissons aujourd'hui, et sans que ni Charcot, ni M. Bernheim, ni M. Pierre Janet y aient rien ajouté d'essentiel (1).

En suivant hardiment et jusqu'au bout les idées que les faits suggèrent ou même imposent à qui veut comprendre, l'auteur est amené, en effet, à concevoir les fonctionsphysiologiques,ycompriscellesquisontréputées toutes végétatives et mécaniques,comme soumises, ou pouvant l'être, à l'influence du principe spirituel et conscient, de ce qu'on appelle l'àme. Des études anatomiques précises, interprétées par une logique serrée, viennent vérifier les conclusions déduites de cette hypothèse, et par là confirmer l'hypothèse même. Le rôle de l'organe, dans toute fonction, peut être en effet réduit à ceci : recevoir l'excitation d'un agent externe approprié, à l'exclusion de toute autre, et la transmettre jusqu'au centre nerveux, équivalent matériel de l'àme même. La réaction de celle-ci (c'est-à-

(1) Cf. le mémoire du D"" Auguste Forel, dans VAnnée Psy» chologique de 1895. — M. le \}^ Farez a professé durant toute Tannée dernière, à Tlnstitut psycho-physiologique, un cours sur Lœuvre de Durand {de Gros) et l'évolution psychologique de V hypnotisme au XIX* siècle.

INTKODUCTION

dire la sensation et la conscience) ne peut plus être considérée, à ce point de vue, que comme une virtualité qui lui était propre et sommeillait en elle, et que la sollicitation externe a fait seulement passer à l'acte. Mais, dès lors, que, pour une raison quelconque, l'âme, ou son symbole, le centre nerveux, vienne spontanément à se mettre en branle, et son action toute subjective équivaudra exactement à l'action provoquée d'ordinaire du dehors. Et puisque, d'autre part,le système nerveux apparaît comme construit tout entier sur un plan unique, puisque l'on peut établir que, directement ou indirectement, tous les centres nerveux, môme végétatifs, sont reliés aux centres cérébraux, l'action de rame semble pouvoir s'exercer sur toutes les fonctions de l'organisme, sans exception. Les miracles de l'imagination et de la suggestion deviennent par suite scientifiquement explicables, et les conclusions de l'auteur sont aussi nettes et logiques qu'elles paraissaient téméraires : ^t En l'àme, c'est-à-dire dans l'impression mentale, réside la puissance de réaliser tous les effets morbides ou curatifs réalisables par n'importe

quel spécifique physique, connu ou à connaître (1) ». Mais tout dans les phénomènes hypnotiques n'est pas expliqué par là : pourquoi échappent-ils à l'action de la volonté personnelle ? qu'est-ce que cette activité occulte et inconsciente qu'ils semblent développer? Son besoin impérieux d'idées claires et définies ne permetlait pas k Durand (de Gros) de voir autre chose qu'une contradiction in terminis dans la conception, obscure entre toutes, d'une intelligence inconsciente et de « sensations non senties ». Des faits de psychologie

{{) Cf. Essais de physiologie philosophique, passim.

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pathologique, le phénomène du dédoublement du moi par exemple, et les observations anatomiques, physiologiques et embryologiques à la fois, le conduisirent à une théorie étrange et hardie entre toutes, sa théorie maîtresse. Pour lui, les vertébrés, pas plus que les invertébrés, ne sont des êtres simples: ce sont des collections, des associations, des hiérarchies de vivants. Chaque ganglion de la moelle , chaque centre nerveux, esta une âme ou moi secondaire ce que le cerveau est à Tàme ou moi principal ; il faut reconnaître l'identité organique de toutes les parties du système nerveux,etde Tidontité organique conclure l'identité psychologique; il est aussi absurde de refuser la conscience aux centres inférieurs, sous prétexte qu'elle n*est pas consciente pour nous, que de la refuser, comme Descartes, aux animaux, ou mémo, aux autres hommes. Ainsi apparaît l'unité de la naluro, des fonctions de la vie végétative aux fonction.** d« la vie de relation; ainsi s'éclairent et l'habitude et linslinctet l'acte réflexe; ainsi enfin .se dissipe délinilivement le mystère des phénomènes « hypnologiqucs 9 : la suggestion consiste à agir, dans raffaibliitfkîmcnl du moi principal, directement sur les moi secondaires, el à les amener en relations avec le dehoM »ns pasf^r par rintermédiaire ordinaire de la conscience el dt Ui volonté cérébrales. Polyzoïsme et polypsychisme, lois étaient les noms expressifs dont Durand (de Gros) haptisait sa doctrine. - Rien d'étonnant.cn sommt%dana les dédains ou les moqueries par lesquels raccueillit la science officielle du temps: mais Ton sait quelle fui cependant sa fortune (i), comment, reprise par Oaude

(i) Raraisson en avait aperçu toute la porUe. V<iir le Happort sur la philosophie en France au XIX' sitelt. p. IM.

INTBODVCTION *^

:Bernard, qui semble daiUeurs en ignorer l'origine, adoptée avec plus ou moins de netteté sous les noms I équivoques de su6co«îC.>nce ou de conscience suWimtnale par les savants de l'école de Paris comme de l e- ^cole de Nancy, confirmée, enfin, à un toulaulre po.n de vue, parles plus modernes études d'embryologie e d'analomie comparée, elle est passée presque à eta de théorie classique chez beaucoup de biologistes et de psychologues. Et pourtant on n'en connaît pas la source première, et il n'a fallu rien moins qu un acte de rare bonne foi scientifique de la part de M. Edmond Perrier pour que l'évidente paternité en fût reconnue officiellement à Durand (de Gros) (1).

Cependant l'enchaînement de ses recherches et de ses idées se poursuit avec la même logique, m 1 "ne, sflon qu'elU^ ,,hI diversement excitée par le» «RCntscxlornes est la source de toutes les fonctions organiques», la doctrine nouvelle va s'accorder ft mertcill^ avec le transformisme de Lamarck, qui voitdan» refforlpour s'«dapler au milieu l'origine de tout*» le» variations HprrifiquM Ci vcul quc la fonclion cré« Torganc. Ihinnd (de Om») coosidèr*, en effet, le Iraoâforinwmc comme une vérité «qui»*, qu'il ^efforce setilemeol de préciser et de confirmer eocorc : et il entreprend la série de ses belle» élude» «nlhropologiquc» (i). malbcureusemcnl entravées par l'oppo*iUûa de Bro<a. — I-ludM «tatisliques et ethniques d'abord, faites 4ur les habiunt» el 1c* espèces animales de lAverron, el la dislribuUon des « brachycépbales » et des « m.««tioéphales » dan» les ville» el dan» U cami>agDe, cl dont

S >WU brochure Qu**ti^«, ««Mr.HWiî«» ♦' *<^">9i'

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Jes conclusions ont été mises à profit par l'anthroposociologie contemporaine (1). - Etudes linguistiques ensuite, d'où il ressortait que les diversités de prononciation pour un môme mot ou un môme son ne coïncident pas toujours avec les limites respectives des anciennes langues d'oc et d'oïl, et qu'il faut renoncer à la théorie selon laquelle on pourrait inférer de l'identité de langue l'identité de race, pour reconnaître, ici encore, l'action diversifiante du milieu et son importance primordiale. —Enfin, son lumineux mémoire sur La torsion de l'humérus et la filiation des espèces (1868), réimprimé dans ses Origines animales de l'homme, faisait voir avec la dernière clarté, par la comparaison des diverses espèces de tortues, actuelles ou fossiles, comment un changement de milieu, le passage par exemple du milieu aquatique au milieu terrestre, produit dans le type primitif des déviations, des déformations dont « le système osseux conserve les vestiges révélateurs », et comment on trouverait là peut-être « une pierre de touche » pour reconnaître à peu près sûrement et démontrer les liens de filiation d'une espèce à l'autre. Et il aboutissait, avec sa logique toujours intransigeante, à une nouvelle affirmation paradoxale et féconde : dans la plupart des espèces vivantes, « l'harmonie de l'organisme n'est qu'un ensemble d'irrégularités régularisées ».

Mais, à analyser les problèmes biologiques avec un tel besoin d'idées claires et d'explications nettes, une telle haine de l'équivoque, Durand (de Gros) en était venu depuis longtemps à multiplier les distinctions et les néologismes avec une abondance qui rendait péni-

(1) Cf. G. de Lapouge, Les sélections sociales.

ble parfois la lecture de certaines de ses pages ; il était convaincu que bien des désaccords entre savants tiennent plus souvent qu'on ne pense à des confusions d'idées ou de mots, à l'absence de définitions précises, bref, à des fautes de logique : témoin certaines méprises, même des plus grands, de Bichat par exemple sur ce qu'il faut appeler Physiologie générale, par opposition aux parties spéciales de la science (1). Durand (de Gros) est ainsi amené à tenter dans la logique pure une incursion, qui fut une des rares tentatives fécondes faites de ce côté depuis le moyen âge. De ses Aperçus de taxinomie générale, où il a repris, en 1899, avec une extrême richesse de développements et une admirable sûreté de déduction, certaines indications de ses Essais de physiologie philosophique (2), un critique compétent, M. Boirac, a pu dire qu'ils constituaient comme « VOrganon de la classification (3) » ; et parmi ceux qui défrichent de nos jours le terrain abrupt et neuf, et peut-être si riche, de la logique algorithmique, il en est qui se sont aperçus de ce qu'il y avait de précieux et de définitif dans les distinctions de Durand (de Gros) (4). On sait qu'il arrive à séparer radicalement quatre ordres de classifications, tout à fait indépendants selon lui et de caractères souvent opposés, dont il étudie dans tous

(1) Cf. Essais de Physiologie philosophique in fine ; Aperçus de taxinomie ffénérale et L'Idée et le Fait en biologie.

(2) Fragment sur La Méthode, p. ooO, sqq. [Z)\nHevue scientifique, numéro du 11 février 1899. \oir

aussi l'étude très approfondie de B. Bosanquet, dans Ihe Mind, numéro d'octobre 1899. ,

(4) Cf Vailali, Des difficultés qui s'opposent a une classification rationnelle des sciences, mémoire au Congrès de philosophie (Bibliothèque du Congrès, vol. II, Logique et histoire des sciences).

WT^i*^r

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leurs rapports les propriétés essentielles : l'ordre de généralité ou de ressemblance, fonde sur la relation d'espèce à genre ; l'ordre de composition ou de collectivité, fondé sur la relation de partie à tout ; l'ordre de hiérarchie, qui considère les rapports d'inférieur à supérieur; et l'ordre enfin de généalogie ou d'évolution, fondé sur les rapports de père à fils ou de cause à effet. Jamais la pénétration de son génie analytique ne s'était révélée avec autant de fermeté et de lucidité que dans cette œuvre de sa forte vieillesse.

La métaphysique qui se dégageait de toutes ces recherches était une sorte de leibnizianisme renouvelé. C'est dans un idéalisme monadologique que Durand (de Gros) aimait à chercher la synthèse suprême où aboutit à la fois la science positive et la spéculation pure. L'àme individuelle lui semblait la réalité dernière, dans l'unité de sa substance, où ont pourtant leur source la multiplicité indéfinie des propriétés; et il en voyait le symbole lumineux dans la relation mathématique du centre à la circonférence, puisque le centre, sans cesser d'être un, doit être conçu comme contenant en soi l'origine de tous les rayons, en nombre infini, qui peuvent aboutir h la circonférence. Essentiellement spirituelle, une et active, l'àme lui semblait néanmoins absolument déterminée dans le déroulement de ses étals, à la fois par sa nature intime et par ses conditions de milieu ; et la notion du libre arbitre lui apparaissait comme une de ces notions confuses qui ne durent qu'à la condition de ne pas se définir, et dont il importe à la science de se débarrasser. L'unité de la monade aboutit d'ailleurs, dans cette doctrine, à tout autre chose qu'à un isolement individualiste : de même qu'un organisme vivant n'est pour

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lui aue l'association de plus en plus étroite d'une pl«ra i^éde vivants ou de moi secondaires, de même la m u ;Lte.le du progrès dans l'univer. et par ce se-

Sr que^re raerneUe et impersonnelle

^ir. il n'avait garde d'oublier ^^l^^^^^ «„'il avait de prime abord étudies en Angleterre et en îméH^ue :t dont l'hypnotisme ne constiU,a,t^ selon lui qu'une classe particulière et restreinte (1). H se croyaU contraint par sa sincérité dobservateur à ad- ZIL une foule de phénomènes mal elud.es et mal

Sués, de la ^-^-;^^:t:tZ^^^

;rrt STcf nr; tzL.,^^^ logique

:rentiè::| et, sans en «reconnaître aucune ^es difficultés (2), il ne reculait pas devant une doctrine ou U ouvai tune manière de résoudre expérimentalem une problème religieux. Par une analyse sedmar3).il distinguait dans l'idée de I^^- ^e- "lions indépendantes, confondues gf « ,^^ ' 7^^;„f;même mot cause, d'une part la n«l'«^'<^";^^ P'^^'^'^e phique et abstraite d'une substance un'<l«;^'J«';f;";^ aoffe des choses, et contradictoire a loute Jée de personnalité; d'autre part, la croya.cpr-t^^^^^^^

universelle à des esprits, à des volontés

supérieures à l'homme. Avec Spencer et "«^^l f

Coulanges, et même avant eux (4). il avait vu dans

(1) Cf. Le meiveilleux scientifique, passim.

(2) V. plus bas, p. 28.

(3) V. plos bas, p. H. , ,. ,.o„ye déjà dans 4 L'idée n'est d'ailleurs pas nouvelle et se trouve j

VHisloire naturelle de la Religion, de Home

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culte des morls et dans raffirmation de leur survivance occulte la forme primitive de toute reIigion,comme il n'était pas loin d y voir aussi sa forme définitive. Ainsi les oppositions classiques de doctrines, matérialisme et spiritualisme, athéisme et religion, lui semblaient à leur tour équivoques et illusoires ; sans admettre une personnalité suprême et directrice de Tunivers dans sa totalité, il croyait, pour sa part, à des dieux, et, comme M. Renouvier àun moment de sa vie, semblait réhabiliter une sorte de polythéisme ; en tout cas, il admettait qu'en dehors de toute spéculation sur Tessence intime des choses, matérialistes et spiritualistes pourraient un jour s'accorder, contraints par l'évidence expérimentale, pour affirmer la prolongation de la vie au delà de la mort apparente et laction possible sur nous d'êtres insaisissables à nos sens, soumis à

d'autres conditions vitales et organiques.

On avait reproché au système de Durand (de Gros) de ne pas aborder les questions morales, et peut-être de ne pas en comporter une solution. Ses deux derniers ouvrages, ses Nouvelles recherches sur VEsthétique et la Morale et le volume que nous présentons aujourd'hui au public, sont destinés à combler cette lacune ou à réfuter cette objection. Mais la morale, comme la politique, ne pouvait être pour lui qu'une application de la science, de la science intégrale de la nature et de la destinée humaine : c'est donc dans le même esprit d'analyse et d'explication objective qu'il devait aborder ces nouveaux problèmes.

Dans les Nouvelles recherches, Durand (de Gros) esquissait une théorie, malheureusement inachevée, de ce qu'il appelait V Esthétique, au sens intégral du mot,

INTRODL'CTION

plus large que celui que Kant même lui donne, et qui devait être la science complète de la sensation. Elle comportait une triple étude, l'étude de la sensation comme état subjectif, ou esthétique psychologique ; rétude de la sensation dans ses conditions organiques, ou esthétique physiologique ; l'étude enfin des condilions extérieures de la sensation, l'esthétique physique ou encore objective. Celle-ci, qui est la seule dont Durand (de Gros) ait traité, n'irait à rien moins, au sens plein du terme, qu'à embrasser toutes les sciences de la nature ; mais il convient de la restreindre a l'étude des agents spécifiques et des conditions normales de la sensation. Or, ces agents et ces conditions se révèlent à ce seul signe qu'ils provoquent des actes utiles à la conservation de l'individu ou de l'espèce ; qu'outre leur fonction sensuelle (provoquer un état de conscience), ils ont une fonction usuelle. La morale se définissait alors comme l'étude des fonctions utiles à l'individu et à l'espèce. D'un autre côté, son domaine s'élargissait étrangement (1), puisque, ayant posé l'existence de moi secondaires soumis au moi principal, Durand (de Gros) concevait toute une série nouvelle de rapports entre les multiples consciences d'un individu organisé, qu'il appartenait à la science de considérer. - Ces indications étaient neuves et précieuses : mais on pouvait toujours leur reprocher de ne pas résoudre le problème moral en lui-même, et même de ne pas l'aborder, si elles ne fournissent m une justification ni un équivalent à l'obligation moraie. Les présentes Questions de philosophie morale et sociale n'éclaircissent pas davantage ce point : aussi bien l'auteur a-t-il répété à maintes reprises que la

(1) Voir plus bas, appendice II.

J?»s"';js.T-^

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morale positive, laïque et scientifique, n*exisle pas, n^est pas prête encore. Si l'on ose pourtant interpréter ici sa pensée et rechercher à quelle théorie de la conduite il incline, on trouvera, je pense, que sa philosophie aboutit à une morale à la fois naturaliste ou évolutive sous un aspect, et rationaliste et logique sous un autre. L'homme, il aimait à le dire et à le redire, doit développer en lui les facultés qui le distinguent et non celles qui lui sont communes avec la béte. Sa supériorité ne réside ni dans la force physique, ni dans l'acuité sensorielle, par où tant d'espèces animales le dépassent ; ce n'est pas pour le plaisir sensuel qu'il est fait ni pour la luxure : comparez sa capacité de jouissance à cet égard et celle du coq par exemple ! Mais c'est par la pensée, et par conséquent pour la pensée, qu'il est vraiment homme. Et il concluait volontiers, retrouvant sans y songer l'idée et presque les termes de Pascal, que la morale se résume dans un effort pour bien penser. Ainsi il revenait à l'idée antique qu'il faut « suivre la nature », obéir à ses indications, et qu'aussi bien on n'y saurait manquer ; mais en ajoutant qu'il appartient à la science de définir cette nature, d'en orienter et d'en hâter la pleine réalisation. Le présent volume discute des questions moins abstraites. Le dessein général en est facile à dégager : en définissant la moralité, sans en examiner la légitimité ou l'origine, comme l'ensemble des règles pratiques selon lesquelles l'homme peut agir, s'améliorer, faire efl*ort vers un mieux ou une fin encore idéale, il s'agit de montrer qu'elle n'est ni ruinée, ni même ébranlée par les conclusions qu'autorise logiquement, dans son état actuel, la science positive ; de montrer, en un mot, que la science ne contredit pas

les règles du bien et du devoir. — Dans le premier chapitre, c'est la question du matérialisme et de l'athéisme qu'il s'efforce d'éclaircir, en faisant voir comment la science elle-même laisse possible, en attendant peut-être qu'elle la confirme, Tespérance en une destinée supra-terrestre, suite naturelle de cette vie, et par la donne une raison d'être aux efforts désintéressés pour s'élever et se grandir soimême. — Le second essai, réfutant, sous les formes nouvelles où il renaît de nos jours, le fatalisme inactif, le vieux « sophisme paresseux », prétend établir que la croyance au déterminisme le plus rigoureux n'a rien de contradictoire avec l'action la plus énergique et le vouloir le plus résolu. — Dans un troisième chapitre, Durand (de Gros) passe au crible de son ferme bon sens et de sa dialectique serrée les étranges conséquences qu'il est à la mode de tirer aujourd'hui de la thèse transformiste pour justifier les doctrines aristocratiques et individualistes et sur lesquelles on veut fonder une sorte d apologie cynique de la guerre et du droit du plus fort ; ainsi il réconcilie avec la science les idées éternelles d'égalité, de fraternité et de justice, et encore les notions de courage moral et de vertu, si l'évolution promet la victoire, moins à ceux qui luttent contre autrui, qu'à ceux qui luttent contre eux-mêmes.— Enfin, la quatrième étude, consacrée au socialisme, tend sans doute à montrer la valeur théorique et les solides fondements scientifiques (1) d'une

(1) On y rencontrera, entre autres vues personnelles, raffirmation que le régime socialiste serait plus favorable à la production que le régime capitaliste, affirmation contraire à toutes les théories classiques, et qui a été reprise avec force dans un livre récent: VutUité sociale de la propriété individuelle, par M. Landry.

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doctrine qui lui avait été chère dès sa jeunesse et qu'il voyait soutenue encore avec tant de vaillance et de sincérité dans sa propre famille. Mais elle est destinée au moins autant à rappeler que la réforme sociale ne peut être qu'une œuvre de lente élaboration rationnelle et non l'œuvre improvisée de la force, que la société doit préférer, comme la nature, la méthode d'évolution à la méthode de révolution ; et ici les inquiétudes et les préoccupations de l'heure présente semblent venir au premier plan : on dirait que se sentant mourir et avant de déposer la plume pour jamais, Durand (de Gros) a voulu laisser ces pages comme une recommandation, une objurgation dernière à un parti auquel il tenait par de si fortes el multiples attaches, et qu'il ne traite si rudement que parce qu'il a toujours pour lui tendresse de cœur. Et dans les conseils qu'il lui donne tout l'esprit de cette saine et sincère doctrine, toute l'élévation et la noblesse du penseur se reflètent : il supplie que le socialisme sache subordonner les ambitions personnelles, les intérêts électoraux, l'empirisme politique, au développement du principe de libre association, à l'éducation intellectuelle et morale des masses, à l'étude scientifique des problèmes sociaux.

L'homme en M. Durand (de Gros) était digne de l'œuvre. Comme l'œuvre fut longtemps méconnue, l'homme fut ignoré. Puisque les circonstances m'ont procuré la rare fortune de le connaître el, pendant quatre ans, de vivre presque dans son intimité, qu'il me soit permis d'évoquer cette physionomie si originale et si haute, de dire quelle fut cette vie. Car si quel-

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qu'un jamais pratiqua sa doctrine et mérita les beaux noms de philosophe et de sage, au sens où l'antiquité les entendait, où ils impliquent l'intime conformité des actes et des spéculations, ce fut bien celui-ci. Fils d'un agronome du premier mérite, qui, après avoir été un adepte du fouriérisme, fut le chef du parti républicain dans l'Aveyron, et comme tel un des premiers exilés du 2 décembre, Joseph-Pierre Durand débuta dans la vie par l'action politique, parle plein, courageux et tenace exercice de ses droits de citoyen, de ces droits qui, en de tels moments, sont avant tout des devoirs. Il fil le coup de feu en 1848, il combattit vaillamment, dans les journaux d'alors, le Prince-Président. Exilé à son tour, compromis au point de ne pouvoir, pendant bien des années, reparaître ou même publier en France sinon sous le pseudonyme de D"" Philips, il séjourna en Angleterre (1852-1853), puis en Amérique (1856-1860), et commença aussitôt, par la conférence, par le livre, la propagande pour ses idées. Il professa à Bruxelles, à Genève, à Alger, à Marseille, à Paris même. Ce fut sa grande période d'activité extérieure, celle où il publia ses grands ouvrages : VElectro" dynamisme vital (1855), le Cours de Braidisme (1860), les Essais de physiologie philosophique (1866), V Ontologie et psychologie physiologique (1871), les Origines animales deVhomme (1871) ; mais c'est aussi le temps de sa lutte douloureuse contre la routine officielle, médicale, physiologique ou philosophique, le temps de ses démêlés avec presque tous les représentants attitrés de la science, Broca et Charles Robin, Littré et Claude Bernard, Claude Bernard surtout, qu'il soupçonna, peut-être à tort (1), d'avoir plagié, dans son Discours de

(1) Dans la séréaité de ses derniers jours, Durand (de Gros)

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réception à FAcadémie française, la théorie du polyzoïsme.

Il s'était retiré, en i871, dans son domaine de TAveyron, à Arsac, à une heure de Rodez, en pleine campagne, en intime union avec la nature : et il ne cessa plus d'y vivre, pendant près de trente ans. Il y devenait agronome, appliquant les procédés scientifiques, encore si mal vus dans son pays, inaugurant la grande culture, sacrifiant à favenir les profits immédiats. Sa belle propriété se transforme en un vaste champ d'expériences, une sorte de prairie modèle, réputée aux environs ; il « fait la moisson » et « les foins », les sabots aux pieds, un foulard autour de la tête, doux et bon à ses rudes compagnons de labour, paysan comme eux... Entre temps, quand la pluie arrête le travail aux champs, ou pendant les longs mois d'hiver, il rentre auprès de ses livres et redevient phj^siologiste ou logicien... Cependant, on continuait à l'ignorera Paris, et comment l'eût-on connu? On recevait, de loin en loin, à l'Académie des sciences ou à la Société d'anthropologie, quelque communication signée de ce nom obscur, écrite en un style vivant, coloré, familier, parfois hérissée de néologismes, et pleine des plus déconcertants paradoxes. On haussait les épaules ou Ton faisait la sourde oreille. Seuls, quelques habiles savaient peut-être tirer profit de ces idées étranges,

l'a pensé lui-même : à la fin d'une sorte de notice biographique, retrouvée dans ses papiers, et où il parle de lui-même à la troisième personne, nous relevons ce passage : « Tout nous porte à croire, juqu'à la preuve contraire, que si l'illustre physiologiste a reproduit et présenté comme propres à lui-même certaines des idées appartenant à M. Durand,qu'il s'était abstenu de citer, il a péché par manque d'information et non par manque de probité scientifique. »

INTRODUCTION

puisque plus d'une reparaissait bientôt, autrement habillée, et signée d'un autre nom... Durand (de Gros) en ressentait une grande amertume ; sa plume devenait acerbe, et, certain, en toute conscience, qu'on ne lui rendait pas justice, il se montrait parfois agressif à son tour, ou cédait à la tentation de récriminer un peu, de parler un peu trop de lui-même... De guerre lasse, il cessa même, pour une longue période, de produire ; de 1870 à 1894, il semble vraiment qu'il ait oublié la philosophie pour l'agriculture ; il n'est plus qu'Aveyronnais, il écrit régulièrement dans le Cultivateur de VAveyron, il se présente, sans succès d'ailleurs, au Sénat. Mais son ardeur philosophique n'était qu'endormie, ou plutôt se recueillait pour un nouvel effort de production.

Je l'ai connu au début de cette phase dernière d'effervescence intellectuelle, qui coïncida avec les premiers témoignages d'une justice meilleure (prix Lallemand à l'Académie des sciences, séance du 4 mars 1895, présentation de ses communications à l'Institut par M. Marey) (1). Il vivait vraiment alors ses écrits. C'était l'année de son Merveilleux scientifique, l'année où il méditait sa Taxinomie. Jamais je n'oublierai nos conversations interminables, dans ce milieu unique, loin de toute ville, sur la hauteur d'Arsac, dans le complet isolement où il vivait, seul avec quelques domestiques, et sans autre convive que, parfois, quelque fermier opaque et retors des envi-

(1) Il faudrait sans doute ajouter d'autres hommages encore : « A la Société d'hypnologie et de psychologie, à la Revue de Vhypnotisme, on s'honore et on est fier d'avoir, les premiers en date, activement contribué à réparer cet incroyable déni de justice ». Revue de Ihypnotisme, numéro de décembre 1900.

INTRODUCTION

rons ou le curé de la paroisse voisine. Il avait perdu tous les siens, sauf une fille tendrement aimée, mais qu'une vie toute de combat et de propagande entraînait de longs mois loin du Rouergue; il avait abandonné l'ancienne maison des maîtres, le « château », pour vivre à la ferme, dans une grande pièce nue, toute tapissée de livres, avec les poutres au plafond et de vieux journaux aux fenêtres là où manquaient les vitres... Parfois, pour me faire honneur, on ouvrait le « château », désert depuis si longtemps, avec cette odeur spéciale des lieux inhabités et cette poussière fine et blanche des choses qu'on ne déplace jamais, qui est comme la poussière même du temps. Et là il m'exposait sa philosophie, ou me justifiait sa foi dans ce qu'on nomme l'occultisme ; il me disait ses vieilles expériences d'Amérique, ou les faits étranges qu'il recueillait encore autour de lui, à la campagne ; et son œil brillant, Vixé droit devant lui, semblait aigu et perçant comme une pointe ; sa parole, à la fois ardente et lente, laissait de longs intervalles d'un mot à l'autre, pénibles comme l'effort même de celte pensée toujours tendue pour s*éclaircir ou trouver son expression définitive ; et, par moments, comme des soubresauts de conviction, et un éclat de voix, et la main frappant la table, attestaient qu'il avait vu, et que c'était là des faits ; ou bien que telle théorie était démontrée, et que la raison ne pouvait avoir tort... Souvent, ces tête à tête, commencés avec le plein soleil de midi, ne se terminaient qu'au jour baissant ou à la nuit proche, et c'était comme le décor de quelque conte d'Hoffmann. Mais le décor seul était fantastique : car môme dans les récits les plus extraordinaires, même lorsqu'il s'agissait d'expériences personnelles, la pensée res-

INTHODCCTION

tait maîtresse de soi, ferme et sûre dans sa méthode> prudente dans ses démarches, éprise de logique rigoureuse et d'entière certitude.

Telle resta, jusque sur le lit de mort, cette claire et forte intelligence. 11 vit venir sa fin de très loin ; il n*en éprouva d'autre émotion que la hâte de terminer à temps le livre qu'il écrivait. Les rancunes ou les colères de ses luttes scientifiques s'étaient éteintes, et dans le grand apaisement de la dernière heure il trouvait la force de ne pas être injuste pour ceux mêmes qui l'avaient été envers lui (1). A sa fille, qu'il chéris* sait d'une tendresse infinie et presque maternelle, et en qui il avait trouvé un si généreux dévouement à ses idées, il sut donner du courage jusqu'au bout ; et jusqu'au bout il lui affirma, il lui communiqua presque sa foi en un au-delà de la tombe, sans doute plus haut et meilleur; la science même et l'expérience le forçaient d'y croire, pensait-il, et il ne désespérait pas d'en apporter à son tour, peut-être, à ceux qu'il aimait un témoignage sensible. Il parlait sans cesse, avec une confiance croissante, de cette vie nouvelle, qui ne devait pas être comme un état miraculeux d'immobile et monotone jouissance ou d'éternel tourment, mais une suite et un progrès de l'existence d'ici-bas, sou-

(i) On a vu plus haut, p. XXV, note l,ce qu'il pensait alors de Claude Bernard. Nous voulons transcrire ici les nobles paroles qui terminent la même note manuscrite :

« Il en est des idées scientiGques comme des plantes : elles ont leur saison, et quand cette saison est arrivée, ce n'est plus seulement dans un cerveau à température exceptionnelle qu elles se mettent à germer, elles éclosent simultanément et spontanément dans tous les cerveaux qui leur oDrent un terrain favorable. C'est la réflexion que doivent se faire les précurseurs, ces anticipateurs de l'heure normale, pour ne pas être injustes à leur tour. » II.

INTRODUCTION

mise comme celle-ci à des lois intelligibles, où Thomme se retrouverait plus haut ou plus bas, selon les forces ou les mérites acquis déjà sur cette terre. Il restait ferme ainsi dans toutes ses croyances philosophiques et scientifiques, aussi éloigné que jamais de toute religion révélée, aussi sûr que jamais de la puissance de la raison. Et il mourut en évoquant les grandes images de ceux qui surent partir avec sérénité, sans regrets aux faux biens d'ici-bas, et seulement épris des choses éternelles ; ses derniers mots nommèrent Socrate, Jésus, le Bouddha... (1).

Nous avons, en publiant le manuscrit de M. Durand (de Gros), respecté son texte toutes les fois qu'il n'était pas absolument nécessaire soit d'en combler une lacune, soit de rendre intelligible un premier brouillon par trop embarrassé ou obscur. Seules les dernières pages se présentaient dans un état encore informe, qui nous a contraint à quelques additions ou modifications, ou à transposer certaines phrases. Enfin, c'est nous qui avons donné à l'ouvrage son titre actuel. Tout cela est heureusement assez peu de chose pour que la pensée de l'auteur puisse encore apparaître avec toute sa netteté et sa force, traduite par sa langue naturelle, si pleine de saveur dans son laisser-aller et sa négligence même.

Les appendices qui font suite au texte comprennent, d'abord (appendice III) des fragments qui se trouvaient dans la même liasse de papiers que le reste du manuscrit et qui devaient évidemment, dans la pensée de

(1) n novembre 1900.

INTRODUCTION

l'auteur, y être introduits, à une place ou à une autre; puis, deux morceaux étrangers au manuscrit (Appendices I et II). Ce sont ses deux récents mémoires aux Congrès de philosophie et de psychologie, en 1900. Il nous a semblé qu'ils pouvaient servir, sur quelques points importants, à éclaircir ou à compléter le texte même du livre ; et nous avons pensé en outre qu'ils méritaient d'être conservés et incorporés à ses œuvres. Enfin, on trouvera ci-dessous une ébauche de bibliographie, qui ne se donne pas pour complète, des écrits

de Durand (de Gros).

D. Parodi.

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