‹ Questions de philosophie précédées des règles de la dissertation philosophique et suivies des sujets donnés aux concours, à la licence et au baccalauréat es lettresChapitre 10 sur 192 · DE LA CONCEPTION DU SUJET · texte numérisé non relu

DE LA CONCEPTION DU SUJET

plir cette tâche avec succès et dans la mesure de perfection que l’on peut exiger des élèves. Il y a d'abord une méthode et des règles générales applicables à tous les sujets. Elles sont relatives: 1° à la conception. 2° au plan ou à la division, 3B à V invention, 4u à la disposition, 5° à ['expression ou à la diction et au style. Nous aurons ensuite à examiner les différentes parties de la dissertation.

ART. I. — DE LA CONCEPTION DU SUJET, DU P , AN, DE L’INVEN- TION, DE LA DISPOSITION, DU STYLE OU DE LA DICTION.

I. Conception nu sujet. — La première condition pour bien traiter un sujet, c’est de s’en former une juste idée. Cette observation est si simple, qu’elle pourrait paraître superflue ; cependant il n'y a pas de point sur lequel il importe plus d'insister, puisque tout le reste en dépend, et que cette règle de bon sens est si rarement observée. Le maître qui dirige la jeunesse est obligé d'y revenir sans cesse, tant à cause de la légèreté naturelle des esprits auxquels il s'adresse que de la difficulté de la chose en elle-même.

Méditez donc votre sujet, tâchez d’en bien pénétrer le sens. Le sujet mal compris, on manquera le but, et l’œuvre tout entière sera mauvaise ; on s'expose ainsi à sortir de la question, à se livrer à des digressions inutiles ou à traiter une autre question. Trop souvent on se contente d’un aperçu vague, on prend aussitôt la plume et on se laisse ailer au courant de ses idées. On croit avoir fait un chefd'œuvre, sans s'apercevoir à la fin que le sujet n’est pas traité. De là toutes ces dissertations qui, sous une forme plus ou moins brillante, ne sont que des divagations ou des lieux communs oratoires.

Peu de ces compositions offrent le mérite d’un sujet bien traité, celui-ci ayant été mal conçu dans son ensemble et dans toutes ses parties. Voilà pourquoi nous croyons devoir ajouter quelques conseils plus spéciaux et plus pratiques.

L’intelligence d’un sujet dépend surtout du degré d’attention que l’on aura donnée à ces trois choses : 1° le point ; précis de la question ; 2° son étendue et sa portée; 3° ses limites. Sans la première de ces trois conditions, vous n’avez qu’une notion vague de la question et tous vos raisonnements particuliers participent de cotte indétermination ; il vous est impossible de réunir et de grouper vosarguments, d’insister sur les points essentiels et de négliger les autres, de raisonner directement et de conclure. — Si vous n’avez

XII DE LA DISSERTATION PHILOSOPHIQUE

une juste idée de l’étendue de la question, vous ne pouvez lui donner les développements necessaires; votre vue est trop courte, tout se rétrécit, les objets se rapetissent à vos yeux, l’ensemble manque d’intérêt; vous ne saurez pas même vous faire un plan, ni chercher vos preuves. — Enfin si, frappé de cette étendue et du vaste horizon qui s'ouvre devant vous, vous n’en apercevez pas les limites et n’êtes pas capable de les poser vous-même, vous risquez de vous égarer, de vous former un plan trop vaste que vous ne pourrez remplir, d’entreprendre de faire un livre ou une thèse au lieu d’une dissertation, c’est-à-dire un travail disproportionné à vos forces et au temps qui vous est donné.

1" Il faut donc s’attacher d’abord à bien saisir le point précis de la question. En toute question il y a un point essentiel qui en contient le véritable esprit, et c’est à le comprendre que l’élève intelligent et réfléchi -doit avant tout s’appliquer. Pour cela, il doit peser le sens de chacun des termes, les définir dans sa pensée, sans subtilité ni raffinement ou fausse profondeur. Il doit les examiner séparément, puis les rapprocher afin d’avoir le sens total, voir s’il n’y a pas un mot principal qui contienne le nœud de la question, rechercher aussi l’intention qui a pu la dicter, se rappeler les questions analogues, remarquer la forme propre sous laquelle celle-ci est présentée, interroger son savoir philosophique, enfin faire preuve de sagacité et de bon sens; car, ici comme en tout, les règles sont insuffisantes sans le savoir préalable et le jugement, qui, nulle part et ici surtout, ne doivent faire défaut.

Je prendrai un exemple : Quelle est la part de l'expérience et celle de la raison dans l’acquisition de nos connaissances ? (Concoursgénéral 1831.) Danscesujet,ily aplusieurstermes dont vous devez vous faire une idée juste, nette et précise : 1° l’expérience, 2° la raison, 3° l’acquisition de nos connaissances. Sur chacun d’eux, n’allez pas facilement vous contenter d'un vague aperçu. L’expérience est tout ce qui tombe sous l’observation des sens et de la conscience; la raison ici n'est pas, au sens vulgaire, la faculté générale de connaître, mais, par opposition aux sens, la faculté des idées nécessaires et des vérités que l’esprit conçoit « priori. L’acquisition des connaissances, c’est la manière dont elles naissent dans notre esprit et aussi dont elles s’y forment et s’y développent. Tout cela entre dans le problème à résoudre. Mais ce qu’il faut surtout déterminer, c’esi la proportion

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