DK LA CONCEPTION DU SUJET
dans laquelle les sens el la raison concourent dans cette acquisition. C’est là le point difficile et précis sur lequel vous serez jugé comme ayant bien ou mal compris le sujet. Pourquoi ? C’est que, dans les systèmes philosophiques, cette part n'est pas gardée, les uns accordant tout aux sens et à l’expérience, rien on pas assez à la raison, les autres dépréciant la connaissance sensible et dédaignant l’expérience. Vous n’avez pas simplement à vous prononcer entre le sensualisme et l’idéalisme, mais à garder vous-même une sage mesure entre ces opinions extrêmes, et à montrer la conciliation possible dans certaines conditions. C’est là le vrai sons et l’esprit de la question. Vous ne le perdrez pas de vue dans toute votre dissertation; cette pensée en fera l’unité, l’intérêt et le mérite distingué, si l'exécution répond à la conception.
2° Nous avons dit qu’il fallait comprendre l 'étendue et la portée d’une question pour en avoir l’intelligence. Dans le sujet proposé, celui qui n’apercevrait pas que là sont engagés les problèmes les plus graves et les plus élevés de la métaphysique et de la philosophie, n’en verrait pas l’étendue et n’en soupçonnerait pas l’importance. Il s’agit des deux grands moyens de connaître qui s'appliquent à toute vérité spéculative ou pratique, scientifique, morale ou religieuse; les conséquences de la solution doivent rayonner dans toutes les directions du monde intellectuel et moral. Il n’y a pas une vérité, pas un principe, pas un dogme ou une croyance qui échappe à ce problème de pure métaphysique. Dans la part plus ou moins exagérée faite aux sens ou à la raison est le vice radical de tous les systèmes. Cette pensée, si elle n’est pas formellement énoncée, apparaîtra dans votre préambule, dans toute votre manière de traiter la question, dans vos exemples. Si vous comprenez le sujet d’une manière étroite, vous aurez la lettre, non l’esprit, et cette étroitesse de vues percera dans l’ensemble de votre travail ; en réalité, vous n’aurez pas compris.
3° Mais, par cela même que ce sujet est si vaste et d’une si haute portée, vous avez à le renfermer dans de justes limites. C’est le propre des questions philosophiques qui roulent sur des principes d’aller à tout et d’être, en quelque sorte, illimitées. Elles n’en doivent être que mieux circonscrites et c’est une raison de plus pour ne rien entreprendre au delà de ce qu’on doit faire. I! s’agit ici d’une analyse psychologique ou métaphysique. Ne le perdez pas de vue et n’allez pas entamer une longue réfutation des systèmes. Si vous dis-
XIV DE LA DISSERTATION PHILOSOPHIQUE
cutez les deux opinions contraires , que ce soit brièvement, pour faire mieux ressortir les résultats de votre analyse. Montrer par l’observation des faits et par des exemples la part de l’expérience et de la raison dans l'acquisition de nos connaissances, voilà votre tâche : vous ne devez pas la dépasser. Ainsi, en général, les limites d’un sujet sont déterminées par sa nature même et par la forme sous laquelle la question est posée. Il y a toujours dans cette forme une borne qu’il est facile de reconnaître et que vous devez respecter. Mais il faut la remarquer et s’en rendre compte, et c’est ce qui échappe souvent aux meilleurs esprits.
Nous aurions encore quelques recommandations à faire sur la manière de bien concevoir un sujet ; elles porteraient principalement sur certains défauts à éviter et qui sont trèscommuns chez les commençants : ne pas subtiliser sur le sens des mots, s’attacher plutôt à l’esprit qu’à la lettre, ne pas inventer des difficultés ou des obscurités là où le sens est clairet facile; ne pas recourir à des sens éloignés, voir l'ensemble de la question quand quelques-uns des termes peuvent prêter à une interprétation plus difficile.
II. I’laxoc division. — Di viser le su jet, en ordonner les parties, c’est une des premières règles de la méthode. Ce plan ne sera pas toujours énoncé, mais il doit être présent à votre esprit avant de rien entreprendre. Sans un cadre nettement tracé, vous ne pouvez vous orienter ni trouver vos preuves, en un moi, traiter le sujet le plus facile. Une bonne division répand la lumière sur tout l’ensemble. II semble qu'il suffit de rappeler ces principes et les règles de la division, telles que les donne la logique et avec elle la rhétorique ; 1* qu’elle soit claire, simple, naturelle; 2* que les membres en soient distincts; 3° qu’elle soit entière ou complète. Voilà les préceptes généraux, mais il est des observations particulières qui doivent s’y joindre et qui sont spéciales au genre de travail dont nous nous occupons.
Deux cas peuvent se présenter ; on la division est indiquée ou elle ne l’est pas; le plan vous est donné ou vous avez à le faire. Dans l'un et l'auire cas, il y a certaines conditions à observer et qu’il est bon d’indiquer.
1* La division générale estordinairement tonte tracée par la manière même dont la question est posée. Encore faut-il saisir le lien logique qui unit ses parties. I! faut aussi nonseulement n’omettre aucune partie, mais respecter l’ordre