LES SOPHISTES
caractère (les hommes et leurs intentions de l’effet produit par leurs actes et leurs discours. Ont-ils voulu ce. qu'on leur attribue ? L’eussent-ils voulu, cela détruit-il leur charlatanisme, leur mépris de la vérité, leur vanité, leur avidité? 3* Cette tardive apologie qui, dit-on, fait honneur au sens historique de notre siècle, n'est-elle pas due plutôt à une certaine facilité d'appréciation morale, de tolérance suspecte qui en atténue l’effet? A qui s’adresse en effet, cette sympathie rétrospective? A des hommes très-peu dignes d'estime et d'intérêt, qui méritent encore moins d'ètre admirés et imités. La race des sophistes, elle est de tous les temps et aussi du nôtre. C’est pour elle qu'on réclame l’indulgence, sinon l’estime générale. Cela diminue peut-être les mérites du sens historique. ?i* Ce qu’on est forcé, en soutenant cette cause, de dire de leurs adversaires, parmi lesquels figurent au premier rang Socrate et Platon (qui les aurait calomniés), n'est-il pas aussi quelque peu étrange? Quiconque pèsera ces raisons sera peutêtre moins empressé à donner les mains à celle réhabilitation.
L'enseignement des Sophistes. — Qu’enseignaient les Sophistes A la jeunesse athénienne? Platon le dit et pas un ancien ne l’a contredit: — 1° Un art nouveau, art universel, qui dispense de fart et du savoir réels, l’art de tout prouver et persuader, de démontrer les contraires en substituant l'apparence à ta vérité. C'est l’objet de la dialertique et delà rhétorique. (Gorgias.) En s’y rendant habile, on est sûr de faire en tout prévaloir son opinion, on sait faire d’une mauvaise cause une bonne. Par là on se rend maître de l’esprit de la multitude, on parvient au pouvoir, à la richesse et aux honneurs. Cet art c'est la Sophistique ede-même. (Ibid., Protag.) Le, Sophiste, à défaut de meilleures raisons, invente des arguments spécieux et captieux, il use de tous les prestiges d’une brillante et pompeuse éloquence, ce que Platon définit l’art de faire des prestiges à l’aide des discours. (Sophiste. ) — La Métaphysique des Sophistesest toute dans la thèse de Gorgias : L'être n'est pas (Supra ) et dans la maxime de Protagoras (v. p. 183). Le critérium de ia vérité est la sensation qni change avec chaque, individu (Théélète). Rien n’est, tout devient, car tout est en mouvement, selon Héraclite. —3° La morale s'accorde avec ces principes, il n’y a en soi ni bien, ni mal; le bien c’est la sensation agréable, le mal, la douleur ; la volupté, le plaisir des sens est te but et la règle des actions humaines (Gorgias). — U0 En Politique, la justice n’est qu’une convention, le droit c'est la force. Le droit du plus fort est la loi qui régit le monde. (Ibid, et Rep.) — Voilà ce qu’enseignaient les Gorgias, les Prodicus, les Thrasymaque etc. , quand au lieu de vanter la vertu dans de beaux discours, ils dévoilaient le sens de cette sagesse qu’Aristote appelle apparente et non réelle. — 5° En Religton, ce n’est pas seulement l’anthropomorphisme des Dieux payens qu ils attaquent, mais toute croyance religieuse, comme pure invention des Législateurs; ils professent l’athéisme. — Telle est au fond la Sophistique. Que le panthéisme (Hegel) et le positivisme (Grote) l’aient réhabilitée, on ne peut s’en étonner; mais c’est un des signes du temps et cela confirme notre critique. (V. p. kh'6. Voy. notre Élude sur le Gorgias de Platon et sur la Sophistique.)
Question III. — socriATE. — Quel est le caractère de h révolution philosophique dont Socrate est l'auteur?
Programmé. — 1* Renverser la sophistique : 2* ramener la pensée de l’homme du spectacle des choses extérieures sur lui-mème; 3* fonder la science et la morale sur une base certaine : tel est le caractère général de la révolution philosophique opérée par Socrate.
1° Le scepticisme des sophistes menaçait de dissoudre, avec toutes les croyances où s'était jusque-là reposée, la pensée grecque, la science elle-même et la moralité atteinte dans ses bases. De là, la nécessité d’une opposition : la polémique de Socrate contre les sophistes, sa dialectique, son ironie. (V. Platon, le Protagoras, le Gnrgias, etc.)
2° La science s’était égarée dans des spéculations vaines sur ta nature : elle avait, sans méthode et sans règle, agité des problèmes au-dessus de sa portée, sur l’univers, son origine, etc. ; Socrate ramène la pensée de l’homme sur lui-mème, mouvement déjà commencé par les sophistes. 11 place dans la raison le point d'appui que ceux-ci n'avaient pu trouver s’arrêtant à la sensibilité, la partie mobile de notre être. Sa maxims Connaistoi toi-méme, est analogue au Gogilo ergo sum de Descartes.
3° Sans élever de système, Socrate fonde la science en lui donnant pour objet runt'ccrse! (l’idée) et en montrant comment on doit le chercher et le trouver. Il apprend à définir et à induire. (V. Xénoph., IV, Arist., Mét.) Par sa méthode, il dégage les idées que la raison recèle et porte en elle-même : les idées du vrai, du 6ien, du juste, du beau, etc. Cette révolution qui s’accomplit sur le terrain de la morale a une portée universelle. Socrate est le vrai fondateur de la science comme de la morale dans l’antiquité, il lègue sa méthode à ses successeurs.
4° Ainsi s’expliquent avec celte méthode elle-même et les points
firincipaux de sa doctrine, sa mission, sa vie, les haines soulevées contre ui, son procès, sa condamnation et sa mort, jusqu’à la forme de ses discours et de ses entretiens. — Faire ressortir la portée de celte révolution, la grandeur du personnage et la place qu’il occupe duus l’histoire.
Question IV. — mï.thode socratiqoe. — Quelle était la méthode de Socrate? De quel usage pcut-cile être encore aujourd’hui dans l'enseignemcnl?
Programme. — Celte méthode se produit sous la forme d’une interrogation savante qui a pour but : 1" d’amener l’interlocuteur à se contredire et à avouer son ignorance; 2° de l'aider ensuite à trouver par lui-même la vérité, s’il eu est capable et le désire. Socrate l’employait d’abord à l’égard des sophistes (V . Protagoras, Gorgias), puis avec les jeunes gens. (V. 1<t Alcibiade, Ménon.) — De là son double caractère, négatif et positif. — I" Elle a pour effet de confondre la fausse sagesse des sophistes et de rabattre la présomption de quiconque croit savoir et ne sait pas. Elle donne la conscience de son ignorance à celui qui ne l’a pas, ce qui est la première condition du savoir réel et de la recherche de la vérité. — 2° Elle force l’esprit à rentrer en lui-même, a sonder la raison et à y trouver les premiers principes de toute connaissance (v>*6‘ dtaurov). Elle fait sortir de l'âme les vérités qu’elle
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