‹ Questions de philosophie précédées des règles de la dissertation philosophique et suivies des sujets donnés aux concours, à la licence et au baccalauréat es lettresChapitre 179 sur 192 · SOCRATE · texte numérisé non relu

SOCRATE

recèle (art d'accoucher les esprits'. — 3« Le caractère philosophique de cette méthode est la recherche de l 'universel : objet de la science ; ses procédés sont la définition et l’induction. Socrate, le premier, apprit à définir et institua les discours inductifs. (Aristote.) Par ces mêmes procédés, il fonde la morale sur une base scientifique.

L’utilité générale de cette méthode est visible. Elle est la forme première et nécessaire de tout enseignement véritable et fécond. Elle est une excitation de l’esprit à penser par lui-mêra», à réfléchir, à trouver lui-même la vérité : son opposé est la méthode qui le laisse passif et qui s'adresse à ia mémoire. Donc elle subsiste et doit subsister toujours. (V. Précis, p. hit 9.) Elle n'a de passé que sa forme originale et le talent inimitable de son auteur.

Question v. — l'ironie socratique. — En quoi ello consMe? Comment f.iit-elle partie de la méthode de Socrate et de son caractère?

Esquisse. — L’ironie de Socrate est-elle seulement une feinte, tipun <«, une tactique à l’égard des sophistes, un moyen de confondre leur vaine science et de rabattre leur orgueil? A-t-elle" un côté plus sérieux? Les uns y ont vu une forme du scepticisme, ce qui est faux, d'autres un procédé aualogue au doute méthodique de Descartes. N'est-ce pas aussi un moyen de déguiser sous une forme aimable de hautes vérités qu'il s'agit d’insinuer ou d’inculquer plutôt que d'enseigner dogmatiquement? un procédé indirect au lieu du procédé direct? Tout cela est vrai. Si elle fait partie de la méthode du maître, ne tient-elle pas aussi a son caractère? — On peut aussi se demander en quoi elle diffère d’autres genres d’ironie dans les écrivains anciens et modernes, de l'ironie d’Aristophane, de Timon, de Lucien, de l’ironie de Pascal. (Provinciales.) — Autant de points intéressants à examiner. Nous nous bornerons à marquer le principal.

Socrate prétendait ne rien savoir. •> Ce que je sais, disait-il, c'est que je ne sais rien, » ignorance savante, premier degré de la science (suprà), condition pour l'acquérir. Croire savoir quand on ne sait pas, c’est la piie ignorance. On ne cherche pas la vérité que l’on croit posséder. (V. Uénon.)

Socrate excellait à mettre en contradiction ses adversaires et à tirer de leur propre bouche l’aveu de leur ignorance. Il se moquait agréablement et finement de la prétention au savoir quand il n'était pas réel. Il forçait aussi à réfléchir. Mais il se gardait bien de mettre rien à la place. Presque tous les dialogues socratiques se terminent ainsi sans conclusion .

Etait-ce un simple aveu de l’impuissance de la raison humaine? une disposition sceptique? Ce serait mal juger Socrate. Il croyait, non pas qu'il fût impossible de trouver la vérité, mais qu’on la cherchait mal, et il indiquait les moyens de la trouver. C’est un procédé analogue au doute méthodique de Descartes.

Non-seulement Socrate croit à ia vérité, mais il a une doctrine et il l’enseigne, quoique sous une forme détournée. Sans paraître rien transmettre, il fait sortir la vérité de l’âme de sou auditeur. En conduisant son esprit, il lui fait trouver par lui-mème la réponse aux problèmes qu’il lui pose : art d'accoucher les esprits (suprà), induction socratique.

Cette méthode a aussi son côté personnel. L’ironie de .Socrate est étroitement liée A son esprit et à son caractère. Génie particulier de

Socrate; originalité de son esprit; forme de ses discours; conversation enjouée et animée, pleine de digressions, de remarques fines et piquantes où le comique se mêle sans cesse au sérieux ; charme de l'entretien socratique. Kien de mordant, d'amer ni de blessant dans cette ironie, bienveillance, grâce, sérénité, en opposition avec l'ironie d’Aristophane, de Lucien, de Pascal. Insister sur ce parallèle. (V. le portrait de Socrate à la fin du banquet de Platon.)

Question VI. — la doctrine de Socrate. — Marquer les poinls principaux de cette doctrine.

Ce problème difficile et délicat ne peut être résolu que par la comparaison attentive de Xénophon, de Platon et d’Aristote. Voici les points hors de doute et qui sont à développer : — I. Science. La science réside dans l’universel. I.a vérité a sa base fixe dans la raison (idées du vrai, du bien, du juste, etc.). Point de vue opposé à celui des sophistes. Méthode : la définition et l’induction. (V. suprh.) — H. Morale. 1° Identité du bien et du bonheur (le bonheur dans la vertu et par la vertu); 2° identité de la vertu et de la science :1a vertu inséparable de la science; o° unité de la vertu et des vertus. — Ht. Droit naturel. Le droit réside dans la loi conforme â la justice. Distinction des lois écrites et non écrites. — IV. Politique. La morale est le fondement de la politique. Pas de bon gouvernement sans bonnes mœurs. Souveraineté de la loi conforme à la raison. Pas de liberté sans moralité. — V. Religion. Dieu et la Providence démontrés par l’ordre de l'univers. Unité de Dieu. Commerce direct de l’âme avec la Divinité. Démon de Socrate. Sa manière de prier et d’honorer les dieux. (V. infra.) — VI. Art. tdenl té du beau et de l’utile, de l’utile et du bien. L’art, expression des qualités de l’âme. (V. Précis, p. 691.)

Côtés multiples de cette doctrine, entendue diversement par les disciples : sa fécoudité, sa portée. Disciples immédiats et fidèles (Xénophon, Phédon). Disciples dissidents (Antislhène, Arislippe, etc.). — Platon, vrai disciple et contiuualeur de Socrate, féconde et dépasse sa doctrine.

Question VII. — Platon et aristote. — Quelles sont les grandes écoles sorties du mouvement socratique (Académie, Lycée, Portique, etc.)? Caractériser les deux systèmes de Platon et d'Aristote.

Esquisse. — Toutes leg écoles qui suivirent se rattachent au mouvement imprimé par Socrate à la pensée philosophique. Les principales furent : i° I école de Platon ou VAcadimie; 2° le Lycée ou l’école d’Aristote, qui s'appelle aussi péripatéticienne; 3° l’école stoïcienne ou le Portique; 4° Epicure lui-même, qui emprunte à l’aloinisme de Démocrite son système du moude, reconnaît pour maître Socrate dont il prétend suivre la méthode en l’appliquant à la morale. Il en est de même du Pyrrhonisme et du Prolmbiùsme de la nouvelle Académie. — Les deux grands systèmes qui éclipsent tous les autres et dominent toute la philosophie ancienne sont ceux de Platon et d'Aristote.

Platon (l'Académie). La philosophie de Maton est i’t deulisme. Tout son système repose surin théorie des idées. L'idée platonicienne, c’esl le côté général , universel de la connaissance; c’est aussi IVssenre des êtres, le type qui constitue chaque genre et chaque espèce. L’individu n’est rien par lui-même; il u a de valeur que par sa purticipaAioH

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