‹ Questions de philosophie précédées des règles de la dissertation philosophique et suivies des sujets donnés aux concours, à la licence et au baccalauréat es lettresChapitre 21 sur 192 · PRÉAMBULE; DU CORPS DE LA DISSERTATION; DE LA CONCLU- SION · texte numérisé non relu

PRÉAMBULE; DU CORPS DE LA DISSERTATION; DE LA CONCLU- SION

Comme toute œuvre de l’esprit, la dissertation forme un tout qui se compose de plusieurs parties; chacune demande à être traitée selon sa nature et ses règles propres. On ne trouve pas ici la division du discours en exorde, narration, confirmation, etc., mais il y a une entrée en matière qui répond à l’exorde, et à laquelle peuvent se joindre une exposition et une division. Puis viennent l'analyse ou la démonstration, la discussion, la réfutation, enfin la conclu-

XXXVI DE LA DISSERTATION PHILOSOPHIQUE

sion. Toutes ces parties ne sont pas nécessaires et varient selon les sujets; mais, quelque matière que l’on traite, il y a toujours un commencement, un milieu et une fin (1). Le commencement, c'est le préambule; le milieu, c'est le corps même de la dissertation, et la fin est la conclusion. C’est dans ce cadre que nous renfermerons nos avis.

Auparavant, il est une remarque à faire, c’est que la dissertation, en elle-même, est un tout complet, non un fragment d’un autre tout, comme une leçon ou une rédaction qui se rattachent à un cours. La dissertation se suffit à ellemême, elle ne suppose rien en deçà ni au delà. Elle prend le lecteur dans l’état d'esprit où doit être tout homme intelligent versé en ces matières. Mais elle ne doit exiger de lui rien d'accordé ni d’antérieurement démontré, si ce n’est les faits et les vérités que les hommes qui n’ont pas d’opinion systématique admettent et reconnaissent. C'est ce qu’oublient souvent les élèves; ils en appellent à des choses précédemment expliquées ou démontrées; ceci est permis dans une rédaction, jamais dans une dissertation. Partez des notions communes admises dans la science que vous traitez, ou des faits et des principes que le bon sens ne peut nier. Servez-vous de ces données, le reste est à établir ou à démontrer. Cette règle est vraie surtout pour le préambule.

I. Do préambule. — L’importance de l'exorde dans le discours est très-connue; celle du préambule, dans la dissertation, n’est pas assez remarquée. D’abord, comme dans le discours, c’est le premier point sur lequel l’attention se porte ; vous avez à l’exciter et à la captiver. Indépendamment de l’effet à produire sur l’esprit du lecteur, il y a pour vous un intérêt très-grand à bien commencer et à bien poser la question (2). Une question bien posée est, dit-on, à moitié résolue. Soignez donc votre début. Ce n’est pas chose facile à faire qu’un bon préambule. Ne prenez jamais la plume surle-champ, au hasard, sans avoir mûri le sujet dans votre esprit. Alors le préambule se présentera de lui-même, non

(1) « Tout discours doit Être composé comme un animal, avoir un corps qui lui soit propre, une tÊte et des pieds, un milieu et des extrÊmitÊs, dans une convenance parfaite entre eux et avec l’ensemble. > (Platon, Phèdre.)

(2) Vitiosum exordium est, quod in plures causas potest accommodari. — Item vitiosum est, quod nimium apparatis verbis compositum est aut nimis longum est, et quod non ex ipsa causa natum videatur. (Cic., Rhet. ad Her.y I, ni.)

Page 1