DB LA CONCLUSION
leur dirons-nous, votre œuvre reste incomplète, tant que cet achèvement lui manque. L'esprit n’est pas satisfait et attend quelque chose; il n’est qu’à demi éclairé et convaincu. En supposant que le tout soit très-clair, il serait bon de condenser cette lumière diffuse. Il reste surtout à tirer la dernière conséquence, sans laquelle un raisonnement ne peut produire son effet. Combien n'y a-t-il pas de livres et de discours qui manquent de conclusion, ou dont la conclusion est peu en rapport avec l’ensemble, et qui, par là, sont défectueux!
Comment donc doit se terminer une dissertation? Les règles ici ne sont pas absolues; elles sont cependant plus fixes que dans l’art oratoire. Une conclusion est toujours une conclusion. Elle tient au sujet bien plus qu’à la disposition d’esprit du lecteur. La conclusion sera soit la conséquence générale en vue de laquelle le raisonnement tout entier a été entrepris, soit la récapitulation du raisonnement tout entier, et qui eu fait voir l’ensemble. Or, ni l’un ni l’autre de ces deux cas n’est facile. Cette proposition finale, qu’il fallait démontrer ou mettre en lumière, il suffit sans doute de l’affirmer comme prouvée, si elle a été établie d’une manière solide, mais sans la démontrer de nouveau. Il n’est pas mal de rappeler la route qui y a conduit, de dégager des raisonnements accessoires le raisonnement principal. Vous pouvez aussi indiquer les conséquences que cette conclusion elle-même renferme, et qui n’ont été qu’entrevues, ou même qu’on ne voit pas.
Il faut donc écarter les détails et les idées accessoires, ramasser vos preuves, condenser vos arguments dans un argument final, être à la fois concis, lumineux et complet, faire mesurer d’un coup d’œil toute la carrière que vous avec parcourue. En insistant fortement sur la conclusion, vous pouvez la développer, mais gardez-vous d’ajouter de nouvelles preuves, et de recommencer ainsi le travail que vous avez fait. Il y a des dissertations comme des discours où l'auteur, ayant omis des choses essentiel les, recommence un nouveau discours ou refait une seconde dissertation. C'est un grand défaut. La conclusion est également vicieuse, non-seulement quand elle est mal tirée, mais lorsqu’elle s’écarte de l'ordre suivi, si elle n’offre de la récapitulation aucun résultat fixe, précis, qui fasse voir d'un seul coup d’œil tout l’ensemble de l’argumentation. (V. Cic., ad Her,, II, xxx.)
XLIV DE LA DISSERTATION PHILOSOPHIQUE
Quelquefois la conclusion peut être omise, ou il suffît de conclure en quelques mots; l'effet n’en est que mieux produit. Certains sujets permettent d’y joindre quelque développement oratoire, mais il faut se défier de l’excès. Cet appendice oratoire souvent ne sert qu’à dissimuler la faiblesse ou la maigreur du corps de la dissertation. Soyez donc sobre de ces développements et évitez la déclamation; vous gâteriez l’effet de tout votre raisonnement. Les maîtres de l’art oratoire savent très-bien observer cette règle, surtout quand ils sont philosophes. Le Traité de la connaissance de Dieu de Bossuet ne se termine pas comme une oraison funèbre, ni le de Ojficiis comme une Catilinaire. La conclusion de chacun des cinq chapitres du Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même peut servir de modèle de récapitulation et de conclusion; on y trouve tous les mérites que nous recommandons.