‹ Questions de philosophie précédées des règles de la dissertation philosophique et suivies des sujets donnés aux concours, à la licence et au baccalauréat es lettresChapitre 27 sur 192 · I. Analyses · texte numérisé non relu

I. Analyses

La dissertation peut avoir simplement pour objet de faire une analyse. II s’agit de décrire un fait de l’ordre intellectuel et moral, un acte de l’esprit, une faculté de l'âme humaine, etc.

Comment doivent se traiter ces sortes de sujets î II suffit de se rappeler les règles de la méthode psychologique. Puisque c’est une œuvre de simple analyse, il n’y a ici ni à raisonner ni à discuter. Ce n’est pas non plus le lieu de faire des hypothèses ou des suppositions, ni d’en appeler à des autorités, de répéter ce qu’a pensé et dit tel ou tel philosophe, ni de faire de longues phrases oratoires, ou bien encore de se livrer à des considérations soit morales, soit théoriques. La seule autorité à invoquer est celle de la conscience. Il faut, par la réflexion, se placer en face du fait, le considérer attentivement, le démêler, le décrire tel qu’il est sans y rien changer ni ajouter. Tâchez de le bien saisir et de faire ressortir ses caractères essentiels et distinctifs, ainsi que ses conditions et ses rapports, l’action des autres faits sur lui et son action sur eux, de déterminer ainsi son rôle. Cette analyse sera bien faite, 1° si elle est exacte et fidèle; 2° si elle est approfondie et non superficielle; 3’ si elle est complète. Elle doit mettre en parfaite lumière le fait en lui-même et dans ses rapports avec les autres faits qui l’accompagnent ou qui le suivent. Que le langage soit simple, clair, naturel, sans aucune prétention oratoire : soyez.sobre de comparaisons. Cellesqui sont tirées du monde extérieur font plutôt obstacle à la vraie clarté, et, loin d'expliquer les faits de l’ordre spirituel, les faussent en les matérialisant.

Il est rare qu’en décrivant un fait on n'ait pas à réfuter quelque théorie ou opinion célèbre qui l’altère ou le défigure.

La discussion se mêle ainsi à l’analyse, mais il ne faut pas qu’elle empiète trop sur elle ou la fasse oublier. Qu’en attaquant ces opinions on voie que votre but est de rétablir le fait lui-même et que l'analyse est la chose principale. Nulle part ne doit percer l’intention d’engager une polémi-

(1) On distinguera facilement parmi no» Qutstwru la catégorie k laquelle chacune d'elles appartient.

XL VI DE LA DISSERTATION PHILOSOPHIQUE

que et de soutenir une opinion personnelle. — Au fait à décrire se rattachent souvent des questions importantes et d’un haut intérêt. Elles ne doivent venir ni interrompre ni troubler votre travail. Vous pouvez les indiquer et montrer comment le fait décrit sert à les résoudre. Cela est bien placé au début et fournit un préambule naturel, mais doit être dit brièvement. En réalité, vous n’avez ni problème à résoudre, ni question à débattre; le travail doit conserver son caractère propre, celui d’une description impartiale et fidèle.

Les qualités qu'il faut s’efforcer d’avoir sont ; la vérité, l’exactitude, la clarté; le style doit être lui-même net et précis, calme, sans prétention ni recherche, mais d’autant plus soigné et non dépourvu d’élégance. La justesse et la propriété des termes en feront le principal mérite. — Les défauts sont par là même indiqués. Eviter d’être superficiel, vague, inexact, embarrassé, diffus. Se défendre de toute préoccupation étrangère à la tâche entreprise; se défier des analogies, des métaphores et des comparaisons, et ne s’en servir que comme d'accessoires, jamais pour combler une lacune de l’analyse; s’interdire les mouvements oratoires, les images et les tours poétiques, les interrogations trop fréquentes, les accumulations de mots ou de pensées, le style pressé, saccadé, trop vif ou véhément. La clarté précise et calme prévient ou éloigne tous ces défauts.

Ainsi se fait une bonne dissertation de ce genre. Par cet exercice répété et bien conduit, se développe le talent de l’observation intérieure. On prend l'habitude de démêler et de décrire les faits si délicats de la pensée, talent plus rare et plus précieux que celui de raisonner et d'argumenter sur des objets qu’on n’a pas soi-même observés, plus rare et non moins utile que celui de faire ou de répéter des expériences sur des faits de l'ordre matériel ou physique.

IL Définitions, principes.

Une dissertation peut avoir pour but d’établir ou de vérifier une définition, de discuter ou de légitimer un principe. Qu’est-ce que le vrai? qu’est-ce que le bien, le beau? Quel principe doit servir de base à la logique, à la morale, à l’art? etc. On sait qu'il n’en est pas en philosophie comme en mathématiques. Les notions premières de l’ordre moral ou métaphysique s’offrent rarement avec cette clarté précise

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