XI. VII
et cette simplicité qui forcent sur-le-champ à les admettre. Presque toujours ces principes sont contestés, il faut savoir les établir et les détendre. L'idée est mêlée à d’autres idées avec lesquelles on les confond; elle est obscurcie par des notions vulgaires ou par des préjugés; de faux systèmes la méconnaissent ou la défigurent. La discussion est nécessaire pour rétablir la vérité, l’analyse doit être employée pour dégager des notions superficielles ou erronées l’idée vraie, en montrer la légitimité. Tout un traité, souvent tout un livre ici serait à faire. Dans une simple dissertation la tâche est plus courte, mais elle impose les mêmes conditions. Celte tâche est 'double : 1° réfuter les fausses définitions, 2" établir la vraie ou démontrer le principe. La dialectique et l'analyse doivent être ici tour à tour employées.
1° Réfutation . — Les règles générales de la réfutation seront posées plus loin. (V. Réfutations.) Pour réfuter une déhnition, il suiJit de rappeler ce en quoi elle peut être fausse ou incomplète. On examine avec soin cette définition. On en moutie la fausseté, le caractère superficiel, inconsistant, on en relève les contradictions; on fait voir que non-seulement ce principe est opposé au sens commun et à la raison , mais qu’il ne rend pas compte de ce qu’il prétend expliquer , en un mot, qu’il n'a aucun des caractères d’un véritable principe. S’agit-il, par exemple, du principe qui doit servir de base à la morale; on montre que les idées qui ont été proposées pour remplacer la notion du bien ne remplissent aucune des conditions de la loi morale. On ferait de même pour toute autre idée, celle du beau, du juste, de l’utile , de l'art, etc. Sans s’attaquer à toutes les opinions qui les ont défigurées, on dévoile le vice des principales. Les modèles sont ici les grands philosophes dans la partie critique de leurs écrits : Platon, Aristote, Leibnitz, etc. (1).
2* Démonstration. — Déjà d’une discussion bien conduite ressort le caractère de l’idée ou du principe que l’on veut établir; mais il faut ensuite le dégager, le formuler et insister sur ses caractères. On doit montrer qu’il remplit réellement les conditions vainement demandées aux autres principes. Le moyen n’est autre que l'analyse. Si elle est bien laite, exacte et complète, la raison aperçoit la vérité du principe, elle le reconnaît et l’accepte. St le texte de la dissertation indique ce travail d’analyse comme étant l’objet
(I) Les Qiicitiom ou nom avons lâché d'imiter ces modèles sont faciles à reconnaître. Voy . do beau, de l ‘art, etc.
XLVIII DE LA DISSERTATION PHILOSOPHIQUE
principal, il faut le faire avec l’étendue convenable et resserrer la discussion. Les conditions sont les mêmes que quand il s'agit d’un simple fait, et nous n’avons rien à ajouter à l’article précédent. Faire ressortir l’idée, décrire ses vrais caractères, insister sur celui qui contient l'essence générale et propre et doit servir de base à la définition. Quelquefois l’idée étant simple, la définition n'est pas possible, il faut le faire remarquer; cela ne dispense pas d’énoncer les caractères distinctifs, ni de les analyser.
Quant à la légitimité du principe, je l’ai dit, elle ressort de l’analyse même et des caractères qu’elle a mis en évidence. Il est pourtant nécessaire de le vérifier en l'appliquant à quelques exemples. Ansi le principe de Vhonnête est le seul qui rende compte non-seulement de tous les devoirs de la vie humaine, mais des jugements que porte la conscience et des sentiments qui y sont attachés. Il en est de même de l’idée du beau comme règle des jugements en matière de goût, etc. Les exemples doivent être bien choisis, frappants et pris plutôt parmi les cas les plus éloignés qui semblent devoir s’expliquer le moins facilement.
On termine par l’examen des objections qui pourraient être faites et on y répond brièvement. Si elles ont été résolues dans le cours de la discussion, il est inutile d’y revenir.
Les qualités de ce travail doivent être la netteté, la précision, la rigueur dans la critique, la clarté et la lucidité dans l’exposition, le choix habile des exemples dans l’application, la facilité des explications et la manière nette et péremptoire de résoudre les objections.