DÉMONSTRATIONS
immédiat et incontestable. S'il est contesté (ce qui n’est pas rare en philosophie), il faut le mettre hors de doute, non qu'il soit besoin pour cela d'une longue discussion, mais on insiste fortement sur les raisons qui doivent le faire admettre de tout esprit impartial et non prévenu. Est-ce un fait de la nature humaine T décrivez-le en quelques traits clair3 et frappants. Si c’est un axiome de la raison, un principe de sens commun, dites-le et faites-le remarquer. Si c’est une vérité que l’on suppose admise ou antérieurement prouvée, il est bon de le rappeler. En tout cas, le choix du principe et la manière de l’établir sont la première condition de toute vraie démonstration.
Occupez-vous donc d’abord de choisir et d’asseoir votre principe, de le dégager et de le mettre en lumière. Puis efforcez-vous de montrer sa liaison avec les conséquences, celle des conséquences entre elles et avec la conséquence finale, qui est la vérité que vous voulez prouver. Ne vous hâtez point, affermissez tous vos pas. Vous n’avez pas ici à accumuler des preuves et des arguments comme dans le raisonnement oratoire. Que tous les intermédiaires de votre démonstration soient bien marqués; que chaque partie se déduise facilement, clairement de celle qui précède, et prépare la suivante. Ayez soin de conclure sur chaque partie comme sur le tout. Observez une gradation constante et conduisez votre lecteurpar une marchelente, mais sûre, au terrn* qui sera votre conclusion. Ne vous amusez pas à soulever des difficultés et à combattre des objections, à moins qu’elles ne naissent d’elles-mêmes et que la réponse ne soit courte et facile, autrement réservez-les pour la fin; qu'on voie seulement que vous ne les éludez pas. Prévenez-les même, et qu’elles soient réfutées d’avance par la manière dont vous établirez vos preuves. Surtout, gardez-vous de vous faire des objections futiles et d’inventer des difficultés vaines pour avoir le plaisir de les combattre.
Les qualités à louer dans un pareil travail seront la clarté, la rigueur, la solidité, une marche régulière et méthodique, le calme dans les déductions, un langage net, ferme et précis. Un principe mal établi ou à peine indiqué, des raisons faibles, indirectes ou tirées de loin, des affirmations hasardées ou gratuites, une accumulation de preuves fafisses ou
des raisonnements bien nets, etc., qu’à lever toutes les petites difficultés, à résoudre les petites objections, k dissiper tous les doutes, s (De Digmt.j I, c. i.) — Cf. Locke, HigUx pour Vent, Asm., p.24 ■
L DE LA DISSERTATION PHILOSOPHIQUE
incertaines, des pétitions de principe, des équivoques, l’emploi de termes vaques, tout ce qu'un logicien relève dans un raisonnement fournira matièreà de justes critiques.
Ainsi doivent se traiter les questions relatives à l'existence de l'âme, à la liberté humaine, à la démonstration des vérités morales, métaphysiques, esthétiques, etc. Les modèles de plusieurs belles démonstrations se rencontrent dans les ouvrages des grands philosophes (1).