D’UNE PENSÉE DE PLATON
Un savoir superficiel produit le môme effet : celui qui croit savoir et ne sait pas n’éprouve ni admiration ni surprise. L’orgueil et la présomption l’empêchent de rien admirer. Au contraire, celui qui ignore et qui a conscience de son ignorance rencontre partout des sujets d’étonnement. Pour chercher la vérité, il faut savoir qu’on l’ignore. C’est le sens principal de la maxime de Platon, et elle explique en partie sa méthode. La méthode socratique avait aussi pour premier effet de produire la surprise. Socrate se comparait à la torpille qui produit une secousse électrique. (V. M énon.)
La surprise est donc nécessaire pour provoquer la recherche, et elle est en ce sens le commencement de la philosophie (1). On peut dire aussi qu'elle est un sentiment propre au savant et au philosophe, parce que seuls ils sont capables de comprendre l’ordre et la beauté de l’univers. Elle devient alors l’admiration, qui peut aller jusqu’à l’enthousiasme. Le sentiment contraire ou l’indifférence est le signe d’une âme étroite et basse, d’un esprit peu intelligent ou frivole et superficiel.
Il en est de même des choses morales ou du mépris qui s’adresse aux personnes. Plutarque semble commenter Platon dans le passage suivant : * Le fruit que j’ai retiré de la philosophie, disait Pythagore, c’est de ne rien admirer. Il y a des gens qui, faute de bien prendre le sens de cette parole, ne veulent ni estimer ni louer personne, et deviennent méprisants. La philosophie, il est vrai, en nous faisant connaître les principes des choses, nous ôte l’admiration et la surprise qui naissent de l’ignorance et du doute, mais elle ne détruit pas la douceur, la grandeur d’âme et la bonté. » {De la Manière d'écouter .)
Tels sont les côtés principaux par lesquels est vraie la maxime du grand philosophe.
(1) « C'est lé bonnement qui ût naître parmi les hommes les recherches philosophiques. Douter, c’est s'étonner, c’est reconnaître son ignorance* Voilà pourquoi on peut dire en quelque façon de l’ami de la philosophie qu’il rest aussi des mythes ; car la matière du mythe, c’est l'étonnant, c’est le merveilleux. » (Aristote, Met., I, n.)
-l’HILOSOPHIK
OUESTIO.N XI
Quelle! études doivent servir de préparation à la Pblloaopbte?
PROGRAMME
Toute science, pour être étudiée avec fruit, doit trouver les esprits su llisamment préparés. S’il n’en est ainsi, comment s’intéresser aux questions qu’elle agite, comprendre et goûter les vérités qu’elle enseigne, suivre les procédés qu'elle emploie, en apprécier les résultats? Une culture préalable est donc nécessaire, qui serve d’initiation à la philosophie. Plus que toute autre étude, elle exige une préparation suffisante. Placée au sommet des autres études, elle suppose que celles-ci ont été faites et bien faites (1). Pour mettre cette vérité en lumière, on devra passer en revue les branches principales de l’éducation classique et faire voir comment chacune d’elles rend l'esprit capable de recevoir les enseignements de la philosophie.
1° On examinera d'abord les études littéraires (langues, poésie, histoire, éloquence). Sans s’arrêter longuement sur chacune d'elles, on montrera en quoi non-seulement elles prédisposent l'esprit à la réflexion, mais appelientson attention sur les laits ou les vérités de l'ordre moral, et l’invitent à réfléchir sur lui-même. On justifiera le sens du mot humanités, donné à ces études (2).
2° On fera voir ensuite ce que l’esprit philosophique doit à la culture des sciences ou à l 'enseignement scientifique, 1° quant aux habitudes intellectuelles qu’elles lui font contracter, rigueur, clarté, exactitude abstraite ; 2° quantà l’emploi des méthodes avec lesquelles elles le familiarisent avant que la logique, qui doit les généraliser, les étudie et en montre les racines dans l’esprit humain; 3° quant aux résultats eux-mêmes, dont plusieurs sont nécessaires pour comprendre et traiter les questions philosophiques. On insistera sur l’accompagnement nécessaire des études scientifiques et philosophiques.
(1) Omnium magnarum artium, aicut arborum, altitude) nos deiectat . radiées stirpesque non item ; sed esae ilia sino bis non poto&t, (Cio., Oral., XLIII.)
(2; V. Delà Philosophie dans V éducation classique, p. 100, 121.